Dialogue avec Maurice Levy
« Commission Conventuelle des Droits de l'Homme et du Citoyen de la GLDF »
Invité : Maurice Levy
Octobre 2008 :
Divers aspects de la pensée contemporaine
« La Commission Conventuelle des Droits de l'Homme et du Citoyen de la GLDF »
Au micro : Marc Henry, Grande Loge de France.
Nous retrouvons avec plaisir et bonheur Guy Gentil
Nous allons recevoir aujourd’hui Maurice Levy, Président de la Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Marc Henry : Bonjour Maurice. Depuis combien de temps existe cette Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen ?
Maurice Levy : Merci de m’accueillir. Cette Commission existe depuis 1953 mais elle n’a pas toujours porté le même nom. Elle a été créée juste après guerre, en 1953, pour rapprocher ce qui était épars à l’époque, une Europe complètement disloquée.
Et puis, avec le temps, elle a pris d’autres appellations, elle est devenue la Commission de la Paix et des droits de l’homme avec Henri Tort-Nouguès et puis Commission des Droits de l’Homme avec Jean Verdun et Guy Piau, lors de sa Grande Maîtrise, lui a donné le nom sous laquelle on la connaît aujourd’hui Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen.
M.H. : Alors bien sûr Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen cela laisse entendre que la Grande Loge de France qui est un ordre initiatique traditionnel, s’intéresse aussi aux questions du monde et de la société !
M.L. : Oui. Cela me donne l’occasion de répondre à beaucoup qui s’interrogent sur le bien fondé même de cette Commission.
La Commission c’est quelque chose qui normalement se situe à l’extérieur. Or quand on prend nos statuts par exemple et je vais rapidement les citer : « C’est d’abord un ordre traditionnel fondé sur la fraternité », ensuite il est écrit « La Franc-maçonnerie a pour but le perfectionnement de l’Humanité. À cet effet, les Francs-maçons travaillent à l’amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan matériel ».
Donc cette Commission pourrait se justifier ne serait-ce que par ce que je viens de vous dire.
M.H. : C’est un article de nos règlements généraux…
M.L. : Tout simplement.
G.G. : Maurice Levy, le plan matériel dans le texte que vous venez de nous lire, quelle dimension lui donnez-vous en Grande Loge de France ?
M.L. : Il est extrêmement important ce plan matériel puisqu’au fond il conditionne l’existence de chacun d’entre nous.
Le Franc-maçon se doit d’œuvrer justement pour que cette dimension matérielle puisse prendre les aspects les plus positifs. Je crois que c'est comme cela qu’il faut le voir, je dis bien le Franc-maçon et non pas la Franc-maçonnerie.
La Franc-maçonnerie en tant que telle est là pour former des hommes à acquérir une certaine qualité à la fois de pensée et de références sur le plan humain.
Je parle bien d’humanisme et non pas d’humanité. Je pense qu’à partir de ce moment-là, on justifie pleinement le fait d’être Franc-maçon à partir du moment où l’on va au-delà des colonnes et là encore je reprends un texte ponctuel : « pour apporter tout ce que nous avons acquis à l’intérieur de nos temples ».
M.H. : Dans cette commission, il faut le préciser pour nos auditeurs, vous n’accueillez pas que des Frères vous avez même bien souvent des intervenants qui ne sont pas des Frères !
Maurice Levy : Oui, parce que nous essayons de privilégier sinon le professionnalisme mais la qualité même de l’intervenant sur un sujet bien particulier. Ce n’est pas nécessairement un homme, cela peut être une femme, cela n’est pas nécessairement non plus un Franc-maçon.
Cette année, par exemple, nous avons invité Monsieur Léonetti, dont la Loi sur la fin de vie porte le nom ; nous avions invité pour une autre conférence Éric de Montgolfier.
L’un et l’autre débattaient d’un sujet qu’ils possèdent totalement.
Dans les invités que nous avons prévus pour l’année à venir, nous recevons le 20 novembre Maître Badinter, qui va débattre de : « Science, humanisme et spiritualité » qui est le thème de l’année.
Et puis, nous organisons comme chaque année la journée du Devoir de Mémoire.
Pour nous la mémoire est essentielle et là je parle en tant que Franc-maçon, quoique cette journée est ouverte à tous les Maçons mais également à tous les non Maçons, j’espère qu’ils seront nombreux.
Jacques Attali sera là, j’espère aussi que Daniel Mesguich y sera présent.
La mémoire, dans un ordre initiatique qui vit par la transmission, est quelque chose d’absolument essentiel. On ne peut rien construire si on n’a pas conscience de ses racines.
M.H. : La journée de la Mémoire fait très clairement référence aux événements qui se sont passés pendant la Seconde Guerre mondiale.
M.L. : Oui, lorsque j’ai commencé à organiser cette journée elle s’appelait à l’époque la journée du souvenir. Elle commémorait les disparus, parce qu’il y en a eu beaucoup dans nos ateliers, juifs ou Francs-maçons et tous ces Frères qui ont disparu, il nous fallait quand même parler d’eux car nous devons faire en sorte que ce phénomène ne se reproduise plus jamais.
Donc c’était d’abord la journée du souvenir qui est devenue par la suite journée du Devoir de mémoire, je le précise car il s’agit d’un devoir pour nous Francs-maçons.
M.H. : Envers ceux qui ont été exterminés dans les camps et qui n’en sont pas revenus.
G.G. : Maurice Levy, vous nous avez cité quelques prestigieux invités, vous avez parlé de Maître Badinter mais je crois qu’il y en a de nombreux autres pour les prochains mois !
M.L. : Oui. Maître Badinter sera là le 20 novembre, c’est un jeudi.
Jacques Attali viendra pour cette journée du Devoir de Mémoire, c’est à 14 h 30 le 29 novembre, à la Grande Loge de France dans le Grand Temple, métro Rome.
– Nous recevrons au mois de décembre Karine Camby.
– En Janvier, nous aurons une table ronde et là cela sera essentiellement maçonnique puisque nous aurons des représentants du Droit Humain, du Grand Orient de France, de la GLTSO et de la Grande Loge Féminine de France.
– En février, nous traiterons de l’homophobie et nous espérons avoir la présence de Jean-Luc Roméro,
– Au mois de mars nous aurons la journaliste Françoise Laborde qui nous a donné son accord,
– en avril nous recevrons le ministre Roger Karoutchi,
– et en mai nous recevrons soit l’UNICEF, soit la Fédération des maladies orphelines, la décision n’a pas encore été prise.
M.H. : Comment choisissez-vous les thèmes dans votre Commission, quelle est l’idée sous-jacente, il y en a une ?
M.L. : L’idée sous-jacente de ces thèmes a un fil conducteur qui est « l’humanisme » et cela depuis fort longtemps, je m’occupe de cette Commission depuis près de 20 ans. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle cette année le thème est : « Science, humanisme et spiritualité ».
L’humanisme, pour nous, est le fil conducteur de toute action maçonnique.
Donc, autour de ce mot-là, nous articulons des thèmes soit sur des problèmes d’actualité, mais cela est assez rare, soit une direction qui nous est donnée à l’intérieur même de notre Obédience.
G.G. : Marc Henry, nous sommes en rentrée maçonnique, nos travaux ont repris comme nous disons avec force et vigueur il y a quelques semaines et déjà s’annonce l’heureuse perspective des conférences Condorcet Brossolette.
M.H. : Une vieille institution également qui remonte à l’après guerre, 1946.
G.G. : Pourriez-vous nous en dire davantage concernant la prochaine actualité de Condorcet Brossolette ?
M.H. : Avec plaisir, mon cher Guy. Ces conférences ont commencé – elles ont eu lieu dans plusieurs endroits – à la Sorbonne et puis ensuite cela a été rue Cadet, et c’est maintenant dans notre Obédience qu’elles ont lieu.
Il y en aura cette année 5 et j’ai choisi de faire participer à ces conférences publiques, ouvertes à toutes et à tous, il convient de le préciser, des Frères qui viennent de différents orients de notre Grande Loge, avec des sujets qui comme d’habitude tournent autour de l’initiation mais qui dépassent un peu le cadre strict, je dirais, du rituel.
La première qui a eu lieu hier au demeurant avait pour thème : « Quels sont les futurs Francs-maçons ? », c’est-à-dire qu’elle s’adressait à ceux qui nous rejoindront peut-être un jour. Autrement dit : qu’est-ce que la Franc-maçonnerie peut apporter aux jeunes d’aujourd’hui ? Et peut-être que l’on rejoint là une préoccupation de la Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Ensuite, au mois de novembre, c’est notre Grand Maître, Alain Graesel, qui d’ailleurs sera le prochain invité de notre émission, qui fera dans le cadre du Salon Maçonnique du livre une conférence publique, qui s’inscrira dans le cadre de Condorcet Brossolette.
Nous avons comme devise : « Liberté, Égalité, Fraternité », eh bien, au mois de janvier, c’est la fraternité qui sera à l’honneur avec une question très ouverte : « Fraternité, vous avez dit fraternité ? » et je pense que le point d’interrogation est tout à fait intéressant en notre époque un peu troublée et parfois même violente.
Ensuite, nous aurons un thème qui sera : « Vivre l’initiation en Grande Loge de France ». Nous sommes tous d’accord sur le fait que l’initiation c’est, avant toute chose, un vécu, un vécu qui se passe dans une Loge symbolique en ce qui concerne la Grande Loge de France aux trois premiers degrés du Rite et qu’il est bon qu’un Frère puisse faire part de son vécu au travers de l’initiation.
G.G. : Donc, si j’entends bien, Marc Henry, en Grande Loge de France on ne se pose pas la question qu’est-ce que l’initiation, on le sait !
M.H. : Je l’espère ! Oui, on sait ce que c’est. On est mis sur le chemin dès le départ, pourquoi je suis là, qu’est-ce que je fais, d’où je viens, où je vais et surtout qu’est-ce que je fais de mon court passage sur cette terre. C’est fondamentalement la question que nous pose l’initiation et à laquelle nous essayons, chacun, pour soi, de répondre.
Et comme nous aurons commencé ce cycle avec « qui sont les futurs Francs-maçons », eh bien, nous terminerons avec « Rite de passage et modernité ».
Cela peut paraître un peu paradoxal car les rites de passage appartiennent à toutes les cultures et à toutes les traditions mais, dans notre culture, en tout cas chez nous nous, nous en avons perdu un bon nombre, les choses se font maintenant dans le gris, je pense notamment aux cérémonies d’enterrement, nous avons tous perdu des proches, des amis et nous voyons bien comment les choses ont, au fil du temps, évolué, au point qu’aujourd’hui cela se fait dans la plus grande discrétion.
Avant, il y avait des rites de passage, je me souviens dans ma petite enfance que lorsque quelqu’un décédait, il y avait des tentures sur la façade de l’immeuble et tout le quartier savait, il y avait un vrai rite de passage.
Je pense que les rites de passage ont bien des choses à nous apporter à nous tous en général et peut-être aux jeunes, aux très jeunes en particulier, car nous avons un vrai souci de transmission avec notre jeunesse qui est l’avenir de demain, comme chacun le sait.
G.G. : Ces conférences Condorcet Brossolette, il n’est peut-être pas inutile de le rappeler, se tiendront, elles aussi, en l’Hôtel de la Grande Loge de France, rue Puteaux, Paris 17e.
M.H. : J’aimerais bien qu’il y ait des conférences Condorcet Brossolette dans d’autres orients que celui de Paris. Peut-être que nous essaierons de mettre cela en place dans les mois qui viennent pour que tous les orients, tous les grands points de la Grande Loge, il y en a de nombreux en France, puissent bénéficier de ce genre de travail
G.G. : Je crois savoir qu’il y a également des projets bien avancés, il me semble que la Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen à des projets de s’ouvrir aussi bien au-delà de Paris !
M.L. : Oui, de la même façon qu’il serait bon d’exporter les Conférences Condorcet Brossolette, nous avons le projet de faire tenir au-delà de la région parisienne des réunions, notamment on commencerait par celle du Devoir de Mémoire, car il y a d’autres orients qui ont des Commissions des Droits de l’Homme, dans le Nord, en Bretagne qui sont à même elles aussi de pouvoir travailler et d’organiser une journée.
Il serait bon qu’une journée nationale du Devoir de Mémoire ait lieu tous les ans.
Elle existe maintenant à Paris depuis un grand nombre d’années, il est temps maintenant qu’elle puisse voyager aussi.
M.H. : Quand on parle de voyage, cela parle à tous les Francs-maçons que nous connaissons.
Pour mémoire, les Conférences Condorcet Brossolette sont aussi reprises dans notre revue Points de Vue Initiatiques, donc elles sont ouvertes à tout le monde, on peut s’abonner à la revue, si cela n’est déjà fait en allant sur notre site http://www.gldf.org/ et PVI.
Dans chaque parution, on reprend l’intégralité d’une des conférences de Condorcet Brossolette, c’est-à-dire qu’elles sont ouvertes à absolument tout le monde.
G.G. : Merci, Marc Henry d’avoir parlé de Points de Vue Initiatiques qui est la revue de la Grande Loge de France, les auteurs qui écrivent ne sont pas forcément des Francs-maçons, loin s’en faut mais ils donnent bien la sensibilité de notre Obédience.
M.H. : Nous rappelons, qu’il y aura une Journée PVI à Versailles.
G.G. : Oui, Marc Henry, le 15 novembre, je vois que vous êtes bien informé, l’après-midi et je crois que très prochainement sur le site de la Grande Loge de France, si ce n’est déjà le cas, il y aura le programme de cet après-midi, l’adresse, les horaires, tout le monde pourra s’informer pour y participer.
M.H. : Eh bien puisque nous sommes au 15 novembre, voilà qui nous amène tout directement au 6e Salon Maçonnique du Livre qui aura lieu lui aussi le 15 novembre, en l’hôtel de la Grande Loge de France et le dimanche 16, avec de nombreux conférenciers et conférencières, il est ouvert aussi à tous les publics et je vais commencer par présenter les tables rondes du samedi 15 novembre.
Comme entrée en matière, nous aurons :
– « Une certaine idée de la Franc-maçonnerie » avec des intervenants de renom Roger Dachez et Alain Bernheim qui sont tous les deux des grands spécialistes de l’histoire de la Franc-maçonnerie et des rituels maçonniques, ensuite :
– « Les sources de la Franc-maçonnerie », nous avons déjà évoqué cela au mois de juillet avec l’un de nos invités, quelles sont les sources, il y a des sources légendaires et puis des sources historiques, je pense que l’on en fera le tour dans cette table ronde, ensuite il y aura
– Distribution des prix littéraires 2008, je ne peux rien vous en dire parce que nous ne savons pas encore quels seront les heureux lauréats.
L’après midi cela sera
– « Du symbolisme dans la Franc-maçonnerie sens ou non sens », vous voyez que nous n’avons peur de rien, ensuite
– « Le XXIe siècle sera-t-il féminin ? », voilà une question qui va interpeller tous les Frères de la Grande Loge, puisque nous sommes une obédience strictement masculine, et puis la journée se terminera par
– « Être Franc-maçon au XXIe siècle »
Guy, je crois que vous avez le programme du dimanche.
G.G. : Le public, j’espère déjà nombreux le samedi, pourra également nous rejoindre le dimanche 16, dès 10 h le matin, pour une table ronde intitulée :
– « La Femme et l’initiation », la femme aura beaucoup de place très prochainement dans ces journées du livre maçonnique, nous aurons ensuite de 11 h à 12 h 30
– « La Franc-maçonnerie, valeurs et engagement », une conférence présentée par le Grand Maître du Grand Orient de France, nous aurons ensuite de 14 h à 15 h 30
– « Réforme et renouveau de la Franc-maçonnerie », une table ronde présentée par la Grande Loge de France et puis de 15 h 30 à 17 h
– « Tradition, symbolisme, éthique, spiritualité », une conférence présentée par le Grand Maître de la Grande Loge de France, Alain Graesel.
Je souligne qu’entre 12 h 30 et 14 h, le restaurant de la Grande Loge de France sera ouvert et que le public pourra rester sur place.
M.H. : Je rappelle que notre Grand Maître, sera notre invité le mois prochain.
Merci Maurice, merci Guy.










