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Accueil Radio Année 2007 Emission de mai 2007

Emission de mai 2007

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Dialogue avec Francis Delord
Présentation de la Loge Anglaise 204

Invité : Francis Delord

Au micro : Marc Henry, Grande Loge de France.À mes côtés Guy Gentil. 

 

Marc Henry : Nous recevons aujourd’hui Francis Delord pour un événement un peu particulier puisqu’il s’agit du 275e anniversaire de la Respectable Loge Anglaise 204 à l’Orient de Bordeaux et le paradoxe c’est que la Grande Loge de France est née en 1894. C’est à cette remontée dans l’histoire que nous allons nous employer.

Bonjour Francis Delord, merci d’avoir répondu à notre invitation. Vous êtes chirurgien-dentiste à Bordeaux et avant que vous nous parliez de la Loge Anglaise, nous aimerions que vous nous expliquiez comment ce jeune homme, vous aviez une petite trentaine d’années, a été séduit par l’idée de devenir Franc-maçon ?

 

Francis Delord : Fraîchement émoulu de la Faculté depuis 7 à 8 ans j’exerçais à Dax et j’avais un ami qui était Franc-maçon lui-même à l’Orient de Bayonne. Et, après des discussions relativement longues, je me suis aperçu que la profession que j’exerçais qui était pour rendre service aux gens – et même s’ils n’aiment pas trop venir nous voir, nous sommes tout de même utiles – je me suis rendu compte qu’il y avait autre chose et qu’en moi-même il me manquait quelque chose. Je ne savais pas trop le définir mais j’avais déjà depuis un bon nombre d’années, 2 à 3 ans, suite à un décès dans ma famille, un vide en moi-même. Cet ami m’a fait découvrir que lorsqu’on est en recherche avec soi-même, il y a un bon endroit dans lequel on peut aller c’est la Franc-maçonnerie. Il m’a bien évidemment expliqué les différentes Obédiences qui existent, notamment en France et dans le monde et j’ai été initié à Bayonne en 1979. En 1983 ayant quitté la ville de Dax et me réinstallant à Bordeaux, j’ai rejoint, au cours d’une visite, la Loge Anglaise 204 et j’ai été réintégré en mars 1983.

 

M.H. : Donc vous êtes à l’Anglaise de Bordeaux, Loge qui a une histoire phénoménale puisqu’elle n’a jamais cessé ses activités depuis 1732 !

F.D. : Si vous le voulez bien, je vais faire un bref historique. Le 17 avril 1732, 3 marins anglais Martin Kelly, Jonathan Robinson et Nicolas Staimton créèrent cette Loge.

À l’époque il suffisait de trois Maçons réguliers pour créer une Loge.

Pourquoi Bordeaux ? Parce que Bordeaux était une ville de commerce, notamment avec les Îles et notamment avec les britanniques et donc au cours des différents voyages, ils avaient besoin de se rencontrer et ils ont donc créé cette Loge à trois.

 

M.H. : Ils ne s’arrêtent pas là, immédiatement on initie…

F.D. : Dès la première tenue, il y a une initiation et une exaltation à la maîtrise et également des votes pour d’éventuels postulants.

Cela, c’était le 17 avril, le 2 mai, Kelly qui était le premier Vénérable Maître, les 2 autres étant ses Surveillants pour des obligations professionnelles, a été obligé de quitter Bordeaux. C’est Nicolas Staimton, après des élections régulières qui est devenu Vénérable Maître alors qu’il avait été initié le 17 avril 1732.

 

M.H. : Il ne serait plus possible de faire cela aujourd’hui.

F.D. : Aujourd’hui, cela ne serait pas possible mais c’était une création donc il n’y avait que très peu de membres et il fallait aller vite si on ne voulait pas que la Loge disparaisse.

 

M.H. : C’était non seulement la création de la Loge Anglaise mais c’était aussi le tout début de la Franc-maçonnerie en France…

F.D. : C’était le tout début de la Maçonnerie en France et notamment les débuts de la Maçonnerie bordelaise. C’est la 1ère Loge maçonnique bordelaise.

 

Guy Gentil : Je note au passage, Francis Delord, qu’il y eut des élections pour constituer ceux qui présideraient et dirigeraient  cette Loge et nous sommes pourtant en 1732 !

Quelque part voilà un procédé qui est toujours d’actualité en Franc-maçonnerie ou tout le monde est toujours élu régulièrement et chaque année.  Je voulais le souligner, parce qu’on ne sait pas toujours qu’en Franc-maçonnerie, que, même à cette époque, on pratiquait l’élection pour nommer ses dirigeants.

 

M.H. : Ce n’était pas vrai partout mais c’était vrai au sein de la Loge Anglaise. Voilà encore un point qui est caractéristique de cette histoire. Il y en a un autre  - nous n’avons évidemment pas le temps de déployer les 275 ans – la Loge va changer de devise elle va abandonner le « Vivat, vivat, semper vivat ! »

F.D. : La devise va devenir : Liberté, Égalité, Fraternité, au moment de la Révolution en 1793. Elle parlait de citoyens vis-à-vis des profanes.

 

M.H. : Elle suit l’air du temps…

F.D. : Elle a traversé les révolutions aussi bien de 1789, de 1830, de 1848 et toujours un peu en se fondant dans le moule.

 

M.H. : Quand vous dîtes elle se fond dans le moule, ce n’est pas aussi vrai que cela parce qu’elle se fond dans le moule tant que cela va bien mais dès que quelqu’un lui cherche des difficultés alors, elle n’hésite pas à partir !

F.D. : Elle n’hésite pas d’autant plus si ces difficultés ont trait à la régularité de l’Ordre et notamment à l’application du Rituel. Quel que soit le rituel auquel elle a travaillé, elle a toujours respecté les rituels, elle a toujours été intransigeante à l’application de ces derniers.

 

M.H. : C’est assez extraordinaire car cette Loge ; qui vit maintenant depuis 275 ans, avec quelques interruptions au moment des guerres ; n’a jamais vraiment cessé ses travaux. Les Obédiences vont essayer de lui imprimer leur façon de voir le monde mais jamais elle ne va se laisser faire et elle va changer régulièrement de patronage, on va dire.

F.D. : De 1732 à 1781, elle travaille en Grande Loge Unie d’Angleterre.

En 1780 elle prend correspondance avec le Grand Orient.

En 1785, elle reçoit les nouvelles constitutions de la Grande Loge Unie d’Angleterre et le numéro 240. Ce n’est qu’en 1802, vu son ancienneté, travaillant toujours sous les auspices de la Grande Loge Unie d’Angleterre, qu’on lui donne le numéro 204, d’ailleurs à partir de 1802 et jusqu’à maintenant c’est toujours la Loge Anglaise 204.

Sur quoi, en 1803, après diverses péripéties elle reprit correspondance avec le Grand Orient de France et repassa au Grand Orient de France. Pendant un temps, de 1816 à 1876, elle travailla sous les auspices à la fois de la Grande Loge Unie d’Angleterre et du Grand Orient de France.

Mais cela va changer, en accord avec la Grande Loge Unie d’Angleterre et en abandonnant son statut de Loge mère, elle revient au Grand Orient de France.

 

M.H. : On va s’arrêter un petit instant parce que statut de Loge mère cela ne parle peut-être pas à tout le monde.

F.D. : Le statut de Loge mère, c’est-à-dire qu’elle avait notamment dans la région d’Aquitaine fait des petits ou des petites et chaque fois c’était des Loges filles aussi bien à Pons, à Cognac, à Périgueux mais rien ne se faisait sans que l’accord explicite de la Loge Anglaise 204 ne soit donné.

Donc là elle a abandonné son statut de Loge mère et elle est redevenue Loge non-Loge mère en 1877 au Grand Orient de France.

En 1913, elle ouvre ses travaux sous les auspices du Grand Orient de France, les ferme sous les auspices du Grand Orient de France et les ouvre aussitôt en Grande Loge indépendante et régulière sous le numéro 2.

 

M.H. : Sous le numéro 2, là aussi il faut expliquer que cela concerne uniquement les Maîtres maçons qui se réunissent entre eux.

F.D. : Il y a des Apprentis, des Compagnons et des Maîtres sauf sous le numéro 2, il n’y a que des Maîtres maçons. Elle a le numéro 2 et cela jusqu’en 1923. Pourquoi jusqu’en 1923 parce que cette Grande Loge indépendante et régulière délaissait les quelques Loges qu’elle avait en province. Or, les Frères de la Loge Anglaise étaient très à cheval là-dessus et, n’ayant pas de correspondance, ils ont commencé à gronder et cette Obédience a donc nommé le Frère Gendron, on pourra en reparler plus tard, Député et Grand Maître obédientiel pour essayer de calmer cette grogne. Malgré cela ne voyant rien changer, le Frère Gendron a démissionné de la Députation et de Grand Maître obédientiel et est parti de cette Obédience pour agréger l’Anglaise enfin à la Grande Loge de France en 1923. Obédience qu’elle n’a plus quittée depuis.

 

M.H. : Ce qui explique mon introduction à savoir que cette Loge était plus ancienne que l’Obédience à laquelle elle appartenait ce qui pouvait compliquer un peu le décor pour ceux qui nous écoutent.

 

G.G. : J’ai noté au passage, Francis Delord, qu’en 1793, la clôture des travaux étaient déjà sous l’invocation Liberté – Égalité – Fraternité. J’ai en tête de nombreux débats de nombreuses discussions pour savoir quand cette trilogie républicaine est intervenue, en 1793 et vous avez des écrits qui l’attestent. Et depuis malgré toutes les vicissitudes de l’Histoire et les épopées de cette Loge, elle est toujours restée : Liberté – Égalité – Fraternité.

F.D. : Au niveau de la Loge oui, mais est-ce que cette décision a été dans l’air du temps de la Révolution d’abandonner les vivats maçonniques pour finir avec Liberté – Egalité – Fraternité, je ne sais pas si c’était une décision pure de la Loge Anglaise 204, pour 1793, oui, mais au niveau national je ne sais pas.

 

M.H. : J’aimerais que vous évoquiez avec nous Francis Delord, deux moments de la vie de cette Loge de Bordeaux, puisqu’elle est en avance sur son temps, elle crée, à un moment, des Ecoles maçonniques bien avant Jules Ferry !

F.D. : Oui, bien avant Jules Ferry, notamment par mesure de charité pour les enfants de familles profanes – qui ne sont pas des enfants de Frères – qui n’auraient pas les moyens d’aller à l’école et donc elle subventionne des Écoles maçonniques jusqu’en 1905.

 

M.H. : J’ai également noté qu’elle s’était beaucoup mobilisée pour l’entraide aux ouvriers bien avant les syndicats.

F.D. : Oui, bien avant les syndicats. Elle faisait des œuvres de charité pour les accidents du travail, pour les ouvriers qui avaient des accidents et qui étaient donc dans l’impossibilité de travailler suite à un handicap, elle votait, je dis bien …

 

M.H. : Toujours cette démocratie interne.

F.D. : Elle votait des subsides pour ces gens là.

 

G .G. : Alors, comment vivez-vous aujourd’hui en 2007 le fait d’appartenir à cette vieille maman qu’est l’anglaise de Bordeaux ?

C’est quelque part une grande fierté. C’est aussi la preuve de notre démarche maçonnique. Si l’on veut être efficace il faut agir dans la tradition. Je pense que l’égrégore qui se fait dans cette Loge au bout de 275 ans crée quelque chose de très exceptionnel. Aujourd’hui nous sommes une centaine, on devrait normalement essaimer, c’est-à-dire se partager, parlons clairement, mais cela ne se fait pas parce que les Frères se sentent bien dans la Loge, le poids des ans ne pèse pas au contraire.

 

M.H. : « Egrégore » : On pourrait peut-être expliquer cela Guy ?

G.G. : Une ambiance, une atmosphère, un lien humain qui unit tous les Frères de cette Loge.

 

MH. : A l’occasion de ce 275e anniversaire vous aller publier à compte d’auteur, il faut le noter, un petit opuscule qui s’intitule « L’histoire d’une Loge maçonnique bordelaise, la Loge Anglaise 204 », comment avez-vous travaillé sur cette écriture ?

F.D. : J’ai travaillé sur les archives qui avaient été utilisées en partie pour le 250e anniversaire. Et par ailleurs la Grande Loge de France a récupéré les archives  prises pendant la guerre 1939-1945 par les allemands sur le site bordelais, puis récupérées par les russes.

 

M.H. : Il faut rappeler que pendant l’occupation la Maçonnerie était interdite, tout le monde s’en souvient. Les allemands ont récupéré toutes les archives, ensuite ce sont les russes qui sont arrivés, car les archives étaient parties entre temps à Berlin. Les russes ont occupé Berlin et ont tout amené à Moscou. On a récupéré les archives il n’y a que quelques années. Cela permet à tous les historiens de retrouver leurs racines et vous avez pu en bénéficier pour ce petit ouvrage.

Le 275e anniversaire c’est le 9 juin, je le dis aux auditeurs mais cela ne les concerne pas puisque cela sera réservé aux Maçons mais par contre la veille le 8 juin, il y aura une conférence publique de notre Grand Maître qui aura lieu à Bordeaux, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

F.D. : Notre Grand Maître Alain Graesel nous a fait le plaisir d’accepter de venir faire une conférence publique qui traitera de « L’homme au XXIe siècle », vendredi 8 juin, à 20 h à l’Atrium du Musée d’Aquitaine à Bordeaux.

 

M.H. : Rue Duffour-Dubergier, qui fut Vénérable Maître et Maire de Bordeaux.

F.D. : Il ne fut par Vénérable, il fut initié et, par la suite, Maire de Bordeaux.

 

M.H. : Merci Francis Delord pour ce petit voyage à travers le temps, bien rapide et nous nous en excusons, mais je pense que nous lirons avec bonheur ce petit ouvrage consacré à la Loge l’Anglaise 204, de Bordeaux.

 

Nos conférences publiques sont filmées.

Vous pouvez retrouver les interventions de Monique Castillo, André Combes, André Comte-Sponville, Roger Dachez, Régis Debray, Luc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Eric de Montgolfier, Pascal Picq, Gérard Rabinovitch, et bien d’autres…

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