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Accueil Radio Année 1997 Emission du mois de Juillet 1997

Emission du mois de Juillet 1997

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Spécificité d’une spiritualité maçonnique

Bien qu’attribuée à André Malraux, qui l’a par ailleurs démentie, la question posée sur la persistance de la spiritualité ou de la religiosité au 21ème siècle continue de faire couler beaucoup d’encre et suscite des questionnements quant au sens à donner à cette proposition.

Car parler de spiritualité, de même que de foi, de religion, d’âme, d’être, etc. aboutit souvent à des malentendus qui sont dus aux risques de contresens de compréhension et qui donnent lieu à des discours de sourds ou à des discussions stériles.

Par leur ambiguïté, ces mots n’ont que le sens que chacun leur donne et n’ayant pas de sens bien défini ils ne peuvent servir de mots de communication à moins que l’on prenne la précaution de bien préciser le sens qu’on leur attribue et encore, très souvent, ce sens qui nous paraît évident semble imprécis pour être bien perçu par l’interlocuteur. C’est ce risque de malentendu que je voudrais prévenir.

Pour éviter de tomber dans ce travers, je me suis penché sur les dictionnaires. J’y ai cherché en vain une définition assez précise de la spiritualité. Je n’en ai retenue aucune qui me satisfasse. En effet, comment définir une notion dont l’étymologie même, "spiritus", peut prêter à confusion selon l’acception que chacun a du mot esprit. Pour l’un il s’agit d’une notion religieuse, l’esprit divin, pour l’autre, du principe de la pensée, de l’activité cérébrale de l’homme : l’esprit humain.

Faute de pouvoir définir la spiritualité, je vais donc me contenter de vous en exposer ma perception sous deux aspects différents et nous verrons comment et en quoi ces deux visions peuvent converger et se rejoindre en une conception spécifiquement maçonnique de la spiritualité.

Généralement, quand on parle de spiritualité, ce mot évoque une vague notion de tout ce qui est divin, de ce qui nous dépasse et qui vient d’un au-delà évident, bien que rationnellement inexplicable. C’est ainsi que cette notion de spiritualité la réduit généralement à la perception que nous en avons dans notre monde occidental de culture "judéo-chrétienne", bien que ce cliché laisse à désirer du fait qu’il ne prend pas en considération l’apport des sédiments d’anciennes civilisations et d’autres cultures qui l’ont formée.

C’est pourtant cette signification de la notion de spiritualité qui fait qu’elle est souvent confondue avec la foi et la religion, confusion qui peut s’expliquer par une interprétation superficielle de ces concepts alors que nous devrions considérer la spiritualité séparément de la religion et de la foi bien que ces notions puissent être compatibles.

Mais spiritualité, religion et foi ne sont pas synonymes parce que, ainsi que je l’entends, la Spiritualité procède d’un raisonnement alors que la Foi requiert, en plus, une conviction. Quant à la religion, je la perçois comme un lien qui unit, un lien qui relie des individus de même croyance ou qui partagent les mêmes valeurs.

La spiritualité doit donc être perçue comme un sentiment dynamique, en tant que fonction de notre intellect en action, alors que la Foi peut être interprétée comme une confiance inébranlable et une entité qui, si elle est admise comme un dogme ou comme une Vérité absolue, ne peut être remise en question et est en conséquence immuable.

Il s’agit donc de notions et de démarches différentes en leur compréhension et nous voyons que, contrairement à une idée largement répandue, la spiritualité n’est pas l’apanage des religions instituées.

Ainsi peut-on considérer une spiritualité religieuse qui, pour le croyant en un Dieu révélé, est fonction d’une réflexion théologique à partir de la lecture des textes sacrés.

Cette spiritualité le conforte dans le fondement de sa foi, une foi ressentie comme une vérité évidente, une vérité existante qui se situe en amont de l’être.

Pour la plupart des individus, cette croyance religieuse procède de l’éducation reçue, habituellement transmise dès la prime enfance par une tradition familiale que peu d’entre-eux, même à l’âge adulte, ne pensent à remettre en question tant elle leur paraît être naturelle et qu’elle semble aller de soi.

C’est pourtant cette éducation qui, inconsciemment ou non, va conditionner notre mode de penser et notre comportement. Nous devons en être conscients si nous voulons nous défaire d’une sensibilité qui limite notre perception du monde.

Cette prise de conscience est le premier pas d’une démarche qui va nous conduire à reconsidérer notre éducation d’un point de vue critique, critique dans le sens philosophique du terme, c’est-à-dire de passer notre éducation au crible de la raison.

Il ne s’agit pas pour autant de rejeter l’enrichissement que nous a apporté cette éducation mais de la repenser pour en exclure ce qu’on appelle communément les idées reçues, ces fausses clartés qui parfois nous aveuglent, afin de n’en retenir que les idées comprises, celles que nous pouvons faire nôtres parce que nous les partageons.

Abordons, maintenant un tout autre aspect de la spiritualité, une spiritualité ouverte, rationnelle, une réflexion ontologique qui réponde à notre besoin de compréhension de l’intériorité humaine, de l’unité de l’être, faute d’avoir la capacité d’appréhender le tout et les phénomènes qui régissent la nature.

Il s’agit là d’une spiritualité que nous pouvons considérer comme laïque du fait de son indépendance de toute croyance et de tout credo religieux. Et c’est parce qu’elle ne sera plus entravée par un absolu, par une orthodoxie au-delà de laquelle commence l’hérésie, que la quête de cette spiritualité nous ouvrira la voie de l’approche d’une vérité, mais d’une vérité qui, nous le savons, ne peut être que relative puisque fonction de connaissances en constante quête d’évolution et de dépassement de compréhension.

C’est précisément cette forme de spiritualité que la franc-maçonnerie m’a permise de découvrir grâce à la méthode de réflexion symbolique pratiquée à la Grande Loge de France.

Car ce qui fait la spécificité du symbolisme maçonnique c’est qu’il s’agit d’un symbolisme ouvert. En effet, contrairement aux symboles profanes ou religieux, nos symboles n’ont pas de signification définie, ils ne font que suggérer, ils ne font que nous ouvrir une voie de réflexion à leur interprétation.

Ces symboles, considérés à tort comme secrets, sont, en fait, des métaphores qui nous incitent à les méditer pour en retrouver le sens profond afin de concevoir celui qui convient à une démarche spirituelle ouverte, à une éthique pouvant admettre la notion de Dieu ou de Grand Architecte de l’Univers, non plus comme une abstraction plus ou moins anthropomorphique, mais comme symbole principiel de notre Ordre, le symbole d’une spiritualité maçonnique.

Ainsi se construit une spiritualité qui est le fruit d’un travail que la démarche initiatique permet d’accomplir par une libération de la pensée des idées reçues pour laisser place à celle des idées comprises. Cette évolution de la pensée doit passer par une reformation, par un renouveau, de notre manière de voir qui privilégie la compréhension essentielle des écrits à leur lecture et même à celle de leur connaissance.

Aussi ne pouvons-nous pas nous enfermer dans l’absolu d’un concept réducteur ni nous plonger dans l’abstraction, dans un domaine incompréhensible à notre entendement. Il nous faut rester sur terre, dans le monde, avec l’intuition, le sentiment d’appartenance à la communauté des hommes.

Mais nous ne pouvons pas, pour autant, construire un système qui ne soit pas affecté par l’existence, par les prises de position théologiques ou autres de ceux qui n’ont pas la même conception de la spiritualité que nous.

A chacun sa vérité en ce qu’il croit et nul ne peut la nier du fait qu’il ne la voit pas ou qu’il la conçoit autrement. Ce n’est pas parce que nous ne percevons pas, ou ne voyons pas quelque chose que nous pouvons affirmer son inexistence ou sa fausseté.

C’est pourquoi la spiritualité, tout au moins telle que je la perçois, requiert une éthique qui ne rejette la prise en considération d’aucune forme de pensée. C’est bien en ce sens qu’elle se doit d’être laïque afin de s’ouvrir à la compréhension de ce qui motive le comportement d’autrui.

Je crois que ce qui diffère fondamentalement dans les deux conceptions de spiritualité que nous comparons est l’origine métaphysique que nous attribuons à chacune d’elle.

Soit, pour l’une, une transcendance révélée, celle qui requiert humilité et obéissance aux préceptes des églises, soit, pour 1’autre, une transcendance immanente issue de l’authenticité de l’homme, en tant qu’être lui-même, celle qui naît et se développe en l’homme en même temps que sa conscience.

A la Grande Loge de France, peu importe si chacun a sa propre conception de la spiritualité, pourvu qu’il accepte, sans condescendance, que celle d’autrui soit différente et qu’il reconnaisse que, dans la Loge et dans le monde, elle a sa place, au même titre que la sienne.

C’est cette acceptation provenant de l’osmose créée par l’interpénétration, par l’interférence des idées échangées en Loge, qui permet aux francs-maçons de cultiver cet "art de vivre ensemble" qui est à la base d’un humanisme de c ?ur et de raison dans lequel chacun peut se retrouver sans avoir à renier ses convictions et parfois même en les confortant, après en avoir mieux compris l’esprit.

Entre la spiritualité et l’humanisme, il y a donc une corrélation, et pour le franc-maçon l’une ne peut se concevoir sans l’autre, dans son aspiration à l’avènement d’une religion universelle fondée sur les seules aspirations du c ?ur et de la raison.

Une religion reliant tous les Individus ?uvrant à la propagation des valeurs qu’ils partagent et qui constituent les valeurs fondamentales de la franc-maçonnerie que sont celles qui ont pour fin la dignité de la personne humaine et son épanouissement.

Il ne s’agit pas pour autant de diviniser l’homme mais de le restituer dans son harmonie, c’est-à-dire dans l’environnement de la nature dont il procède.

Le clivage entre les notions de spiritualité ne se situe donc pas au sein des religions ou des idéologies mais passe par l’intelligence et l’ouverture d’esprit des individus qui les composent. En ce sens, la spiritualité immanente n’est pas pour autant athée ou agnostique, bien qu’ayant place dans ces philosophies. Certains déplorent la dégradation de la religion ; il me semble qu’une spiritualité immanente pourrait v remédier.

C’est cette notion de spiritualité qui permet aux francs-maçons de la Grande Loge de France de se retrouver dans une même démarche, en un même cheminement sur la Voie initiatique, dans une quête d’une lumière qui aide chacun d’eux, au fur et à mesure de sa progression, à éclairer sa vie et lui donner ce sens qui apaise cette angoisse existentielle, ce mal de vivre que tant d’êtres ressentent.

Telle est ma conception de la finalité d’une spiritualité spécifiquement maçonnique, parce qu’essentiellement humaniste. Elle représente, pour moi, l’expression la plus haute de la spiritualité, celle de l’humanisation de l’individu par lui-même.

 

 

Nos conférences publiques sont filmées.

Vous pouvez retrouver les interventions de Monique Castillo, André Combes, André Comte-Sponville, Roger Dachez, Régis Debray, Luc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Eric de Montgolfier, Pascal Picq, Gérard Rabinovitch, et bien d’autres…

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