Dialogue avec Baptiste et Olivier
« La Grande Loge de France »
Invités deux postulants : Baptiste et Olivier
Mai 2008 :
Divers aspects de la pensée contemporaine
« La Grande Loge de France »
Au micro : Marc Henry, Grande Loge de France.
À mes côtés, comme à l’accoutumée, Guy Gentil.
Guy, vous souvenez-vous que l’an dernier nous avions à ce micro, demandé à des Apprentis et à des Compagnons de venir évoquer leur cheminement ?
Guy Gentil : Je me souviens bien de ces tout jeunes Francs-maçons que nous avions réunis ici ce dimanche matin.
Marc Henry : Nous allons, aujourd’hui, passer à un exercice un peu plus périlleux puisque nous avons invité deux profanes, qui ne sont pas encore Maçon, mais qui envisagent de le devenir : Baptiste et Olivier.
Bonjour Baptiste, Bonjour Olivier.
Merci d’avoir accepté de répondre à cette invitation.
Qu’est-ce qui vous motive, quelle mouche vous a piqués de vouloir rejoindre la Maçonnerie, alors que vous avez l’un et l’autre une vie déjà bien engagée dans la société, qu’est-ce qui vous a donné envie soudainement, peut-être ou pas d’ailleurs, de nous rejoindre ? Baptiste.
Baptiste : Le propos est relativement simple, j’ai eu effectivement une carrière professionnelle assez riche, assez diversifiée, avec de nombreux changements ; chacun de ces changements apporte son lot d’évolution, de réflexion. Et puis, il arrive un moment de sa vie qui correspond, à peu de chose près, au milieu, puisque j’ai 47 ans où l’on se pose des questions un petit peu supplémentaires.
Ma carrière m’a amené récemment à m’établir en tant que profession libérale et consultant auprès d’entreprises. Ce qu’il faut dire c’est que le consultant d’entreprise s’adresse plutôt à des hommes plutôt qu’à des murs ou à des meubles et donc par conséquent la dimension humaine est devenue assez rapidement un facteur clé dans mon cheminement.
J’ai donc à partir de 2005-2006 poursuivi un développement personnel dans le sens du coaching. Je suis devenu coach professionnel certifié et c’est à ce moment que, par un curieux hasard dont on parlera peut-être tout à l’heure, mon chemin a croisé celui de la Franc-maçonnerie.
M.H. : Olivier ?
Olivier : Mon chemin est peut-être un peu plus simple. Il ne passe pas par mon expérience professionnelle mais simplement par une démarche que j’ai eue depuis longtemps, depuis que j’ai 15 ans, c’est-à-dire une certaine volonté de réflexion, de me poser des questions, de chercher quelque sens si l’on peut dire à la vie, à ma vie.
J’ai été abordé par des amis qui m’ont proposé de rentrer dans la Loge donc c’est un peu une certaine curiosité intellectuelle, dans un premier temps, qui m’a poussé à accepter et qui m’intéresse parce que cela permet de poursuivre des réflexions et de les échanger.
M.H. : J’aime bien les questions un peu décalées, parce que je trouve que la provocation est encore quelque chose d’intéressant, cela génère de la pensée. Vous ne trouvez pas que c’est complètement démodé aujourd’hui de rentrer dans un Ordre initiatique, au XXIe siècle ?
Baptiste : Est-ce que c’est si démodé que de vouloir donner du sens à sa vie ?
Je crois au contraire que c’est un sujet extrêmement d’actualité !
M.H. : Vous me renvoyez les questions, je ne vais pas y arriver. Oliver même question ?
Olivier : Il faudrait déjà définir l’Ordre et savoir si une Grande Loge est un Ordre initiatique ou une structure d’accompagnement dans des réflexions que tout le monde est amené à se faire.
Guy Gentil : Vous avez dit Grande Loge, Olivier, ce qui m’amène à une question. Il y a vous savez – puisque des amis vous ont parlé de la Franc-maçonnerie ce qui explique que vous soyez actuellement dans cette démarche – vous savez qu’il existe plusieurs sensibilités en Franc-maçonnerie.
Nous sommes en Grande Loge de France, vous en connaissez certainement bien sûr les principales caractéristiques, qu’est ce qui vous motive plus particulièrement pour vous orienter vers la Grande Loge de France plutôt que vers une autre Obédience maçonnique ?
Olivier : Ce qui m’intéresse avant tout c’est qu’elle est venue me chercher. C’est que les personnes initiées, depuis de nombreuses années, ont peut-être considéré que mon profil pouvait satisfaire cette sorte de démarche.
M.H. : Baptiste, vous évoquiez tout à l’heure l’idée de chercher du sens. Est-ce vous pensez que la Maçonnerie va vraiment vous amener une réponse à cette question fondamentale ?
B. : Incontestablement je le pense. Sinon je n’aurais pas avancé dans cette démarche. Cela fait partie un peu de mes critères de réflexion par rapport aux différentes rencontres que j’ai pu effectuer dans le monde de la Franc-maçonnerie. D’abord une approche non dogmatique qui favorise une réflexion objective et permet de donner un sens concret à des actions concrètes.
Ensuite, pour rebondir un petit peu sur la question de Guy, une approche non politique. Cela veut dire que même si l’on est très concerné par la vie politique de son pays, ce qui est mon cas, l’on n’a pas obligation d’avoir une carte et là aussi on peut avoir une réflexion sans arrière-pensée, sans pression.
Les sujets évoqués ou travaillés au sein des Loges, en particulier ceux qui concernent l’élévation humaine, qui m’intéresse de près, mais également le progrès scientifique sont deux aspects qui effectivement permettent de penser que l’on peut trouver du sens au sein d’une activité maçonnique.
O. : Le sens, je pense que l’on a tous un sens dans sa vie, tout du moins je l’espère. Maintenant est-il dans le bon sens ?
C’est au contact avec les autres que l’on s’affine, que l’on s’oriente. Encore une fois, ce sont toujours des rencontres, des partages, chacun a sa propre vision et, après, à chacun d’être capable de l’exprimer et puis surtout d’écouter l’autre.
G.G. : J’ai une question qui me paraît nécessaire. Baptiste nous l’a dit, il a 47 ans, Olivier ne nous l’a pas précisé mais apparemment c’est à peu près la même chose, l’un et l’autre nous ont laissé entendre qu’ils avaient accompli déjà une carrière professionnelle, l’on peut supposer qu’ils ont chacun des familles, des enfants. Ils ont l’air tellement bien dans leur vie et dans leur peau que j’ai envie de leur poser une question : est-ce que vous avez mal quelque part, est-ce que vous avez une espèce de douleur qui vous incite à entrer en Franc-maçonnerie ?
O : Ce n’est pas un mal qui me guide mais plutôt une volonté d’aller vers des endroits qui me font plaisir. J’aurais plutôt tendance avec le mal à le fuir et à être attiré plutôt par ce qui me permet de m’épanouir. Donc ce n’est pas quelque chose de douloureux que j’essaie de fuir, il y a d’autres moyens pour le faire, mais je suis plutôt attiré par une lumière d’une certaine manière…
G.G. : Vous ne cherchez pas une compensation à quelque chose ?
O : Pas du tout.
G.G. : Baptiste…
B : Je dirai que si j’ai mal quelque part ou si j’ai eu mal quelque part cela serait peut-être au niveau de mon moi sociétal.
Après une carrière assez longue en entreprise, on vit des succès, des réussites mais aussi des échecs et chacun de ces échecs, a priori, nous fait progresser.
Et donc ce mal au niveau du moi sociétal a une contrepartie positive puisqu’elle libère un bien au niveau du soi réel et c’est cette quête du soi réel que je compte poursuivre au travers de la Maçonnerie.
G.G. : Cela rejoint bien ce que vient de nous dire Olivier.
M.H. : Comment regardez-vous aujourd’hui, avant que cela soit un regard de Maçon, ce que je vous souhaite, comment regardez-vous le monde ? Quel regard portez-vous sur notre société, notre monde en général tel qu’il se présente ?
O : Moi, j’ai deux regards. Un de l’intérieur parce que l’on vit dans cette société, où l’on est dans un tourbillon, où l’on a ces sensations désagréables de consumérisme, d’abandon, d’hommes qui souffrent. Et j’essaie aussi d’avoir un regard plus lointain pour essayer d’accrocher cette société à son histoire, à l’histoire de l’humanité, et à son devenir. Donc avec un certain optimisme, malgré tout, parce que le monde dans lequel nous vivons est très complexe.
B : Moi, le regard que je porte sur le monde, je le vis au travers de mes enfants. Guy en parlait tout à l’heure, effectivement j’ai quatre enfants entre 18 ans et 2 ans pour le plus jeune, et c’est vrai que le regard que j’ai sur le monde c’est un petit peu celui que j’aimerais pouvoir leur laisser une fois que j’aurai accompli mon parcours. Donc, forcément, il y a une dimension humaine et quelque part une dimension écologique.
M.H. : Écologique, c’est-à-dire ?
B : Écologique, je ne le prends pas forcément dans le sens de la nature mais plutôt dans le sens de l’équilibre. C’est-à-dire de l’équilibre entre qui nous sommes et qui nous pourrions devenir, je parle d’équilibre au niveau de notre environnement, je parle d’équilibre au niveau de nos comportements mais également au niveau de nos capacités, au niveau de nos croyances et de nos valeurs et puis ensuite les deux derniers niveaux l’identité - c’est-à-dire qui nous sommes et puis de la mission - à qui, à quoi nous sommes reliés.
M.H. : Vous pensez donc que vous allez après l’initiation, cela veut dire que ce n’est pas un billet, vous allez l’un et l’autre vous investir autrement dans la société ?
O : Moi, je n’ai pas personnellement cette idée-là. J’ai plus l’idée de continuer dans une direction, dans une orientation que j’ai déjà commencée…
G.G. : De construction personnelle ?
O. : Oui, il faut d’abord se sentir bien avant de peut-être s’investir dans la société, il y a d’abord une démarche personnelle bien évidemment.
Maintenant, s’investir dans la société évidemment, mais à quel niveau ? Je n’en sais rien. Cela dépend un peu de ce qu’il va m’arriver et de ce que je serai à même de provoquer pour essayer de faire quelque chose. C’est encore très flou si vous voulez !
M.H. : Nous avions un ancien Grand Maître, Pierre Simon, dont nous dirons quelques mots tout à l’heure, qui disait :
« Une Obédience qui n’apporte rien au monde profane est une Obédience stérile. Elle fabrique des Frères, c’est-à-dire des êtres travaillant sur eux-mêmes afin de devenir des hommes au sens où on l’entend en Franc-maçonnerie. Mais comme le prévoit et le rappelle notre Rituel si nous restons sur notre propre élévation et notre propre satisfaction nous n’apportons rien à notre prochain et, par conséquent, nous ne sommes pas des Francs-maçons. »
Je vous laisserai méditer cette pensée de Pierre Simon.
Je vais vous en proposer une autre et j’aimerais bien que vous y réagissiez. Il s’agit d’un des fondamentaux de la Grande Loge de France et de notre Rite Écossais Ancien et Accepté – vous êtes partis pour les 33 degrés du Rite, c’est vous dire que le chemin est long – Le Grand Architecte de l’Univers, qu’est-ce que cette notion recouvre pour vous ?
Pierre Simon écrivait : « Le Grand Architecte de l’Univers n’est pas créateur mais organisateur et ceci peut être démontré car le big bang est défini par la constante de Planck, il s’agit là de certitudes. Après 1875, mais à l’époque des physiciens, ce que l’on a appelé entre autre l’époque de Copenhague, où l’on a découvert un nombre important de certitudes ; je n’ai pas dit de vérités, précisait-il, tout ce qui est antérieur à la constante de Planck c’est du rêve, de l’imagination, de la religion, tandis que tout ce qui est postérieur à la constante de Planck, donc qui est ordonnateur, Grand Architecte de l’Univers, répond aux connaissances actuelles ».
B. : Dieu rejoint la science.
M.H. : Ou la science rejoint Dieu, je ne sais pas comment il faut l’entendre. Cela vous pose question ce Grand Architecte ?
B. : Question, non. C’est vrai que, matériellement, ce n’est pas évident de se figurer ce qui a présidé au big bang auquel vous faites référence. Donc pourquoi ne pas imaginer qu’il puisse y avoir un Grand Architecte qui soit une entité éventuellement différente de Dieu ou d’une quelconque force ésotérique…
M.H. : Ce sont des mots, tout cela.
O. : Moi, c’est une notion qui me séduit assez puisqu’à travers la notion de Grand Architecte il y a déjà des notions d’assez lointain. Si c’est quelqu’un il est déjà très loin puisqu’il est à l’origine du big bang cela fait quelques milliards d’années, mais il est aussi proche a priori puisque si c’est un Grand Architecte, un Architecte parfait, il est soucieux dans les moindres détails que son monde fonctionne…
G.G. : Moi, je retiens deux mots, c’est Architecte et Univers, on va laisser Grand de côté, même si ce n’est pas totalement innocent.
Affirmer Architecte et Univers, c’est penser que l’univers peut être architecturé donc quelque part, qu’il y a une pensée à l’origine, d’une cohérence dont la manifestation la plus sensible pour nous c’est la vie, et non seulement elle est mais elle se pérennise, elle évolue constamment, voilà une belle architecture pour un univers.
M.H. : Est-ce vous auriez-vous des questions à nous poser, à nous les anciens Maçons ?
O. : Est-ce que votre parcours, à vous les anciens, vous a permis d’apporter quelque chose d’un peu par rapport à ce que vous nous avez dit tout à l’heure de Pierre Simon ?
M.H. : Je pense pouvoir dire que j’ai essayé de m’investir en tout cas là où j’étais. Mais je pense que c’est plus une attitude, c’est pour moi-même que je parle, Guy vous donnera sa réponse, c’est plus une attitude que je qualifierai d’éthique, c’est un mot que Pierre utilisait à juste titre, dans les rapports du quotidien. Je veux dire qu’il n’y a pas forcément des grandes ambitions, cela peut se faire dans l’écoute de l’autre, dans la rencontre de l’autre, à chaque instant de la vie…
G.G. : Marc Henry, tu as dit les choses essentielles, le mot éthique d’abord. Moi ce que la Franc-maçonnerie m’apporte encore, toujours, lorsqu’une pensée me vient et qui peut concerner mes semblables, c’est de la penser au niveau de la totalité de mes semblables et pas seulement une idée réductrice à un petit groupe, d’un tel, d’un tel, mais d’essayer d’avoir des comportements et des pensées qui soient toujours en harmonie avec le bien de la totalité de notre espèce.
M.H. : Eh bien nous souhaitons à Baptiste et à Olivier une vie riche d’enseignements dans les mois et les années qui viennent ; j’espère au sein de la Grande Loge de France.
Merci à tous les deux d’être venus avec nous.
Notre prochaine émission sera consacrée à Pierre Simon. Ce n’est pas sans raison que j’ai évoqué ses écrits, puisque Pierre nous a quittés dimanche dernier déjà. Il était ancien Grand Maître, à deux reprises ; il a été fondateur des journées de Royaumont et je pense que la moindre des choses que nous pouvons faire pour lui qui a été à la fois un Franc-maçon engagé au sein de la Grande Loge de France mais aussi dans la société profane c’est de lui consacrer tout entièrement notre prochaine émission.
G.G. : Il le mérite, lui qui était le fondateur du mouvement du planning familial entre autre chose.







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