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Emission de juillet 2007

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Paroles d’Apprentis et de Compagnon
Dialogue avec Loïc, Paul et Henri

Invités : Loïc, Paul et Henri

Au micro : Marc Henry, Grande Loge de France.
À mes côtés Guy Gentil. 

 

Marc Henry : Vous vous souvenez Guy que nous avions entrepris le mois dernier un parcours initiatique dans les jardins du Château de Versailles, eh bien nous allons refaire quelques premiers pas dans l’initiation en compagnie de nos trois invités que je vais vous laisser présenter.

Guy Gentil : Effectivement, aujourd’hui nous avons trois invités, ce qui en soit est inhabituel, et nous accueillons Loïc ; nous accueillons Paul et nous accueillons également Henri.

Ils ont la spécificité d’être jeunes Maçons, Loïc et Henri sont Apprentis, c’est-à-dire qu’ils viennent de rejoindre l’Ordre et puis Paul est un peu plus avancé, il est Compagnon.

Nous allons commencer par les Apprentis, c’est la moindre des choses.

Loïc, 31 ans, ingénieur Arts et Métiers, a rejoint la Loge « La Paix » et puis Henri qui lui a 62 ans – déjà un mélange des âges intéressant au niveau des âges civils – Apprenti également qui a rejoint la Loge « La Perspective Initiatique » à l’Orient de Dreux et Paul 34 ans, qui a rejoint La Loge « La Nef Initiatique » à l’Orient de Rambouillet.

On peut aussi préciser que Loïc a rejoint la Loge « La Paix » à l’Orient de Paris.

 

M.H. : Loïc, Ingénieur des Arts et Métiers, comment vous est venue l’idée de rejoindre la Franc-maçonnerie alors que vous êtes dans les transports, cela paraît paradoxal ?    

Loïc : C’est un monde qui va très très vite. Et aujourd’hui je suis arrivé à une étape de ma vie dans laquelle j’ai beaucoup souffert de cette vitesse et j’ai eu envie de me poser un petit peu. Cette démarche initiatique est pour moi l’occasion de me reposer sur moi-même et de prendre le temps de me poser des questions sur le but de ma vie, le but de mon existence et pour reprendre les vers de Baudelaire : « L’homme qui  pour trouver le repos court toujours comme un fou ». Je pense qu’ils représentent bien l’état d’esprit dans lequel je me trouve aujourd’hui.

 

G.G. : Paul, vous avez un master en communication, CELSA, là aussi on peut se demander pourquoi un jeune homme pris dans ce monde qui va aussi vite, il faut courir après le travail…

Paul : En fait c’est assez simple je crois que c’est d’abord l’histoire d’une rencontre. La rencontre avec mon parrain et puis après mon évolution à l’intérieur, je pense que c’est une vraiment une histoire d’homme au début et puis on ne va pas parler d’opportunité mais vraiment de rencontre et de chance.

 

M.H. : Maintenant Henri, notre musicien, dans une grande formation nationale, là aussi 62 ans, d’un seul coup, une vocation subite, une rencontre, quel désir ? Où s’ancre le besoin de rejoindre la Grande Loge de France ?

Henri : Probablement, et peut-être d’une manière un peu inconsciente, une envie relativement ancienne. Je suis musicien effectivement et depuis de nombreuses années, je joue par exemple du Mozart, puisque c’est la base de tout et lorsque l’on joue Mozart, on lit aussi un petit peu sur les autres musiciens et également sur d’autres sujets. En lisant sur Mozart, à un moment donné, forcément, on s’aperçoit qu’il est écrit que Mozart était Franc-maçon.

 

G.G. : Qu’est ce que cela veut dire ?

Henri : On ne se sait pas mais on se pose quand même la question. Il y a d’abord ce fameux secret maçonnique ? Est-ce que Mozart était génial parce qu’il était Franc-maçon ou parce qu’il était Franc-maçon est-il parvenu à rester génial ? On peut être génial quand on est enfant et on peut ne plus le rester. C’était la première interrogation. Et puis évidemment une rencontre avec celui qui aurait dû probablement être mon parrain mais malheureusement il est décédé. C’est ce qui m’a décidé à rentrer en Maçonnerie.

 

G.G. : Paul, comment s’est faite la rencontre justement avec la maçonnerie ?

Paul : Comme je le disais tout à l’heure c’est par rapport à mon travail en fait c’est dans le contexte professionnel. La Maçonnerie j’en avais une idée extérieure tout à fait profane. J’avais des  à priori pas forcément négatifs  mais je n’avais pas une vision très claire des missions de la Franc-maçonnerie, de son fonctionnement et de ce qu’elle pouvait m’apporter. En fait c’est en en rencontrant celui qui est devenu mon parrain  dans le contexte professionnel que j’ai pu intégrer la Maçonnerie.

 

G.G. : De ce que j’ai compris il y avait quelques racines familiales ?

Paul : Oui, c’est vrai. La toute première rencontre avec la Franc-maçonnerie, c’est en fait  l’histoire de mon grand-père que j’ai très peu connu et qui vivait en Irlande. A son enterrement j’ai eu quelques affaires de sa part et notamment une petite valise qui m’a été donnée par ma mère et qui m’a dit voilà c’est pour toi. Et la première fois que je l’ai ouverte, je devais avoir 20/25 ans, je ne me souviens pas très bien, dedans il y avait des papiers incompréhensibles, mon grand-père était Franc-maçon, à la Loge d’Irlande. Les papiers étaient incompréhensibles, ils étaient en anglais. Je l’ai rouverte, il n’y a pas longtemps ; c’était mon premier contact.

 

G.G. : Loïc, comment cela se passe le chemin pour arriver à la Grande Loge de France ?

Loïc : C’est un chemin qui peut-être long et parcouru de retournements de situation. Mon premier contact a eu lieu il y a 10 ans avec un client de mon père qui était Franc-maçon. Nous avons eu l’occasion d’échanger sur le sujet. Depuis ces longues années, j’ai continué à réfléchir sur cette démarche sachant que je ne pouvais pas l’entreprendre puisque je vivais à l’étranger. Comme vous le savez nous avons un certain devoir d’assiduité qui ne me permettait pas d’entamer cette démarche. Récemment, puisque mon parcours professionnel m’amène à rester beaucoup plus sur Paris, j’ai rencontré en Algérie un Frère que j’ai décelé Franc-maçon en discutant au cours d’un dîner professionnel …

 

M.H. : Donc vous cherchiez si vous avez décelé !

Loïc : Probablement mais je n’ai pas le sentiment d’avoir cherché à intégrer la Franc-maçonnerie, j’ai plutôt l’impression d’avoir été attiré par la Franc-maçonnerie. Et donc ce Frère appartenait au Grand Orient, à la suite de nombreux échanges, nous nous sommes rendus compte que le Grand Orient n’était peut-être pas la démarche qui me correspondait le mieux et que la Grande Loge de France correspondait beaucoup mieux à ce que je cherchais. J’ai donc rencontré par l’intermédiaire de ce Frère un Frère de la Grande Loge de France qui m’a proposé une lecture très enrichissante à savoir « Le Goéland » et à la suite de cette lecture je me suis rendu compte que non seulement cette démarche m’attirait fortement et qu’ensuite le temps était venu pour moi d’intégrer la Grande Loge de France.

 

Paul : Le témoignage de Loïc cela me rappelle que c’est également à la suite de la lecture d’un livre qui m’a été conseillé par mon parrain : « La foi d’un Franc-maçon », de Richard Dupuy et qui m’a donné l’éclairage dont j’avais besoin et les éléments qui me manquaient pour prendre une décision.

 

M.H. : Oui. Merveilleuse formule de Richard Dupuy : « Être Franc-maçon c’est passer du verbe avoir au verbe être ». Cela tient en une phrase et cela dit beaucoup de chose.

 

G.G. : Je voudrais demander à nos invités qu’imaginiez-vous, justement à la suite de ces lectures, à la suite de ce passé familial, à la suite de vos conversations ici et là vous nous l’avez dit, avec vos parrains respectifs, qu’imaginiez-vous trouver en Franc-maçonnerie en général, en Grande Loge de France en particulier ?

Henri : Je n’imaginais rien avant, je ne savais pas du tout ce qu’était la Franc-maçonnerie à vrai dire. On ne peut effectivement la connaître qu’en y entrant en passant par l’initiation. L’initiation qui ne fait que commencer, naturellement. Ce que par contre j’y ai trouvé, et qu’inconsciemment probablement je cherchais, c’est la relation qu’il y a, probablement entre la Franc-maçonnerie et assez précisément je crois et je l’expliquerai plus tard à la Grande Loge de France, entre la Franc-maçonnerie et l’esprit de la musique, l’esprit universel de la musique.

Cette ouverture vers les personnes de toutes races, de tout continent, qui se comprennent par la magie de la musique qui est un langage au moins aussi abstrait que celui des symboles maçonniques et je crois qu’il y a un cousinage. Quelque part, j’ai l’impression que même ceux qui ne  sont pas Francs-maçons le sont quand même, je parle des musiciens, parce qu’il y a un état d’esprit très proche. On communique, il y a une fraternité parmi les musiciens du monde entier et par quelque chose qui est complètement abstrait, les sons, on arrive soit à faire rire, soit à émouvoir, que l’on parle le chinois, le français, l’anglais ou l’allemand.

 

Guy Gentil : Une accessibilité par la voie maçonnique à l’universel à tous les autres.

 

M.H. : Paul, le Maître en en communication, acquiesce pour ceux qui ne suivraient pas bien l’échange…

Paul : Moi, ce que je réalise encore aujourd’hui, c’est qu’on peut parfois saisir de manière intuitive non pas la réalité maçonnique mais disons que la musique, tu en parlais c’est un exemple, mais je pense qu’il y en a d’autres également. Quand moi, je suis rentré je n’ai pas été tellement surpris par la forme mais par le degré d’organisation, c’est-à-dire la mise en place, le rituel, c’est cela qui m’a étonné.

 

Guy Gentil : En fait c’est l’ordre dans lequel se déroule toute chose qui a retenu toute votre attention Paul !

Paul : C’est d’ailleurs encore cet ordre-là qui retient mon attention. Le but est noble, il est poursuivi par d’autres formes de spiritualité ou d’art mais cette organisation humaine est vraiment étonnante.

 

M.H. : Entre ce que vous imaginiez les uns et les autres avant votre initiation et ce que vous réalisez aujourd’hui au-delà de l’initiation encore que vous soyez tout à fait au début du cheminement, il faut rappeler qu’il y a 33 degrés, on a ici deux Apprentis, premier degré du Rite, et un Compagnon, Second degré du Rite, donc il y a beaucoup de chemin, est-ce qu’il y a une grande différence entre l’imaginaire qui l’a précédé et la réalité ?

Loïc : La première année on est un peu spectateur ou disons récepteur de ce qui se passe, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas un travail, que l’on n’est pas actif dans le sens rien que par les différentes questions que l’on est amené à se poser. Mais on est très à l’écoute de ce que l’on voit et l’on est vraiment dans une période d’observation et d’écoute. On est plongé dans le doute et on attend un peu de voir la suite.

 

G.G. : J’aurais souhaité demander à Paul, entre l’attendu et le vécu, est-ce que le vécu est à la hauteur de l’attendu ?

Paul : Je dirai que le vécu est non seulement à la hauteur de l’attendu mais au-delà de l’attendu. Car comme Henri je n’attendais rien. Je ressentais un manque. Un manque parce que je vis dans une société fragmentée, je vis dans une société où tout est divisé, je vis dans une société rationnelle, terre à terre, je suis cartésien de nature ou d’éducation, où les sciences ont tendance à limiter ou à calculer une certaine incertitude… J’ai découvert un monde où l’on ne parle que d’unité, de morale, de beau, de sagesse infinie et c’est tout un domaine qui était tout à fait inexistant en moi et que je retrouve très peu dans le monde dans lequel je vis au jour le jour.

 

G.G. : Vous avez constaté s’ouvrir ?

Paul : J’ai constaté s’ouvrir et de manière organisée et tout à fait réelle.

 

Henri : Ma situation est le contraire de celle de Loïc. Le monde dans lequel j’ai vécu qui est celui de la musique puisqu’on y commence très tôt pour devenir professionnel, je l’ai vécu d’une manière tellement équilibrée et heureuse. Je ne sais plus qui a dit que les artistes en général ce serait comme des gens vivant en Suisse alors que le reste de l’Europe est en guerre.

J’ai un peu l’impression que c’est cela qu’on entend du discours de Loïc. Ce que je pourrais dire c’est que la similitude entre la situation de Franc-maçon et de musicien commence parce ce qui est probablement dans les deux cas la même, qui commence par le silence. Le silence est tellement important en Musique comme en Franc-maçonnerie que ne serait-ce que ce sujet-là déjà nous sommes vraiment très proches.

 

Marc Henry : Eh bien je crois que nous n’avons pas épuisé cette conversation, elle ne fait que commencer, je vous propose de nous retrouver le mois prochain pour poursuivre ce débat aller un peu plus avant dans vos pas en vous accompagnant sur ce chemin.

 

Nos conférences publiques sont filmées.

Vous pouvez retrouver les interventions de Monique Castillo, André Combes, André Comte-Sponville, Roger Dachez, Régis Debray, Luc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Eric de Montgolfier, Pascal Picq, Gérard Rabinovitch, et bien d’autres…

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