Edition Nationale
Rencontre avec Marc Henry, Grand Maître de la Grande Loge de France.
Nouvellement élu Grand Maître de la Grande Loge de France en juin dernier, Marc Henry souhaite poursuivre l'œuvre de ses prédécesseurs : travailler au développement d'une spiritualité dans le respect de l'Ordre initiatique, tout en conservant l'identité de l'obédience. Une identité sur laquelle il ne semble pas prêt à faire de concessions surtout dans le climat actuel où l’obédience est fortement courtisée par les « régulières » d’Europe.
Hélène Cuny : Quels sont vos parcours profane et maçonnique ?
Marc Henry : J’ai initié en 1976 au sein de la loge Memphis France, qui a cette particularité d’avoir été fondée en France alors qu’elle existait auparavant en Egypte depuis les années 30. L’arrivée au pouvoir du colonel Nasser dont le régime s’est montré plutôt hostile à la franc-maçonnerie, a contraint les frères à partir. L’un d’entre eux, garant d’amitié avec la Grande Loge de France ayant demandé l’asile, cette loge perdure depuis. Comme il arrive fréquemment, c’est la rencontre d’un parrain à un moment de ma vie qui a motivé mon entrée en franc-maçonnerie. La loge qui regroupait bon nombre de personnes du bâtiment, souhaitait diversifier l’origine sociale de ses effectifs. À l’époque, je travaillais dans le spectacle comme artiste chorégraphe. J’ai réalisé qu’entre ces deux démarches, il y avait beaucoup de similitudes : le travail avant tout, l’esprit du groupe, pour une œuvre qui vous dépasse, et où vous êtes parfaitement remplaçable, en tout point, l’importance du silence, le jeu de miroir qui ne vous renvoie pas à vos perfections, mais bien plutôt à tout ce qui ne va pas et qu’il convient de corriger. J’ai également été journaliste à la radio, puis la franc-maçonnerie m’ayant amené aux sciences humaines, j’ai repris des études de psychologie clinique et pathologique, profession que j’ai exercée durant quelques années, avant d’entrer dans une filiale du groupe France Télévisions qui s’occupait du sous-titrage pour les sourds et malentendants.
HC : Allez-vous donner un ton particulier à votre gouvernance ?
MH : Dans la continuité de mes prédécesseurs, je souhaite mettre en avant l’Ordre initiatique. C’est à mon sens la fonction essentielle du Grand Maître. Il faut souligner que nous sommes une fédération de loges. Cela impose à tous de regarder dans la même direction, d’oublier ses intérêts privés au sein de l’Ordre pour se mettre au service de la Grande Loge. Je n’oublie pas aussi notre volonté d’ouverture car la franc-maçonnerie est une institution ancienne, et il est important que le public puisse connaître le rôle qu’elle a joué et qu’elle joue encore dans notre société.
HC : Quels liens entretenez-vous avec les autres obédiences ?
MH : Nous avons des liens avec toutes les grandes obédiences : Droit Humain (DH), Grand Orient de France (GODF), Grande Loge Féminine de France (GLFF), Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO), pour ne citer que ces dernières. Ces liens sont ténus et se manifestent de manière tangible. Nous organiserons ainsi notre colloque annuel au printemps 2013 avec la GLFF et la GLTSO sur une thématique qui devrait être celle de l’Europe que la crise financière a profondément ébranlé dans ses fondements. Nous avons sans doute perdu l’idéal des pères fondateurs, qui eux avaient vécu une guerre mondiale. Comment recréer un idéal de rencontre ?, est la question légitime que l’on peut se poser et qui correspond aussi à l’idéal maçonnique.
HC : Nous avons l’impression qu’il y a parfois concurrence entre la GLDF et le GODF…
MH : Je ne dirais pas cela. Concurrence sur quels points ? Sur les rites ? Le GODF est une obédience qui depuis toujours travaille sur plusieurs rites, nous n’en avons qu’un, le Rite Ecossais Ancien et Accepté ; le nombre de frères ? Mais qu’importe le nombre, c’est la qualité qui compte. Nous avons toujours eu une vie tumultueuse mais nous sommes toujours côte à côte. Nos choix de réflexion ne sont pas les mêmes. Nos frères du GODF sont plus centrés sur les problèmes de la société dans leur aspect concret, que nous ne le sommes. Nos travaux sont axés sur la quête spirituelle estimant qu’il faut d’abord essayer de faire évoluer l’individu, qui ensuite pourra aller dans la société y poser les pierres utiles à sa transformation. Il y a complémentarité, pas concurrence.
HC : Que pensez-vous de la situation de la GLNF ?
MH : Je n’en pense rien. Nous n’avons fait aucun commentaire sur ce qui se passe en interne au sein de l’obédience dont nous considérons que les frères sont nos frères. Nous sommes simplement attristés de ce que nous avons vu depuis 2009. Mais il revient aux maçons de la GLNF et à eux seuls de régler la question, s’ils le peuvent. Cependant, si nos frères ont besoin de nous et mon prédécesseur Alain-Noël Dubart a fait le nécessaire, nous sommes prêt à les accueillir.
HC : De fait, bon nombre de maçons de la GLNF ont rejoint les rangs de la GLDF. Qu’avez-vous pensé de la déclaration de Bâle* ?
MH : Nous ne pouvons que nous réjouir du fait que 5 obédiences européennes considèrent les membres de la Grande Loge de France comme des hommes de qualité œuvrant à des travaux de qualité. Notre dernier convent de juin a donné mission à notre passé Grand Maître Alain-Noël Dubart, d’entamer des rencontres avec ces obédiences, afin d’échanger des points de vue. Il semble que ces obédiences aient besoin de précisions. Nous sommes prêts à les leur fournir en toute sérénité, d’autant qu’en interne, ce thème n’a pas suscité de réactions majeures. Nos frères attendent de voir vers quoi aboutiront les discussions.
HC : Entamer un tel processus n’est pourtant pas sans conséquences. Ce sont des obédiences régulières qui prévoient en outre dans leur mode de fonctionnement de rompre avec toute relation avec les obédiences dîtes irrégulières…
MH : J’ignore ce que cela signifie sauf à faire une référence primaire à la Grande Loge Unie d’Angleterre. Mais nous n’avons jamais eu le sentiment d’être irréguliers. Nous avons les mêmes landmarks, que nous respectons. Quant aux liens avec les autres obédiences, il y a sans doute, peut-être un modèle innovant à trouver. Mais il est trop tôt à ce stade pour en parler…







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