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Editorial du Grand Maître, Alain-Noël Dubart

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Le Rite Écossais Ancien et Accepté : ses Fondamentaux

Alain-Noël Dubart

Le Rite Écossais Ancien et Accepté s’est constitué progressivement en France et en Europe Continentale à partir de 1743, date de l’élection du Comte de Clermont comme Grand Maître de l’Obédience, charge qu’il occupa jusqu’à sa mort en 1771.

Si le grade de Maître Maçon est apparu vers 1725 à Londres, c’est en France que les Hauts Grades se développèrent. Après un Rite de perfection en 25 degrés, le Rite Écossais Ancien et Accepté se structura en deux temps successifs, d’abord par les Grandes Constitutions de Bordeaux en 1762, puis sous l’autorité légendaire de Frédéric II de Prusse, le « Grand » Frédéric, dans son aspect définitif, dans le cadre des Grandes Constitutions de Berlin de 1786.

En 1875, lors du Convent Universel de Lausanne, une Déclaration de Principes vint éclairer certains points en débat et surtout la question du Grand Architecte de l’Univers par rapport à la croyance en Dieu (et à un moindre degré, par rapport à l’immortalité de l’Âme).
Tout ceci s’effectue en gardant les fondations premières, celles des Constitutions d’Anderson de 1723 et 1738, celles du discours de Ramsay de 1736, celles enfin de la Maçonnerie des « Antients » remise en valeur par Laurence Dermott vers 1750.

Quelles sont donc les caractéristiques fondamentales du Rite Écossais Ancien et Accepté ?

Le caractère adogmatique de l’initiation au sein du Rite Écossais Ancien et Accepté est à mes yeux la plus fondamentale.
Bien que l’une de ses origines soit judéo chrétienne, et bien que par certains aspects, la démarche inclut une aspiration « religieuse », le Rite n’est en aucune manière une Religion  au sens habituel de ce terme.
Le Rite ne propose aucun culte, n’assure aucune liturgie, n’impose aucun dogme à la conscience de chaque Frère.
L’Aspiration « religieuse » évoquée ici ne se comprend que sous l’étymologie double du mot Religion. Il s’agit simplement de « relier » les Hommes entre eux, et non de relier chaque Homme à une divinité – et bien que les croyances de chacun soient parfaitement libres – quelle que soit cette divinité.
Il est aussi question de permettre, sous cette appellation, une « relecture » symbolique des textes, notamment des textes religieux et plus particulièrement de la Bible.
Religare et Religere nous sont ainsi compris.
Ni mysticisme qui envelopperait l’adepte d’une grâce surnaturelle, ni directeur de conscience qui chercherait à l’endoctriner : simplement une réflexion et une recherche libre dans le cadre d’une méthode collective, la méthode initiatique proposée par le Rite Ecossais Ancien et Accepté et pratiquée en Loge.

L’invocation au Grand Architecte de l’Univers apparaît dans cette perspective comme une clef de voûte indispensable.
Invocation à la gloire et non pas « au Nom » du Grand Architecte, pas plus que les Travaux ne se déroulent en présence du Grand Architecte ou au Nom du Très Haut.

Les Travaux maçonniques ne font jamais référence, au Rite Écossais Ancien et Accepté, à une quelconque perspective théiste qui inclurait obligatoirement l’existence d’un Dieu (le Dieu Biblique créateur) ou d’un autre, les Maçons travaillant en toute humilité face à ce problème qui est du ressort de la conscience individuelle de chaque Frère.
Travaillant à la gloire du Grand Architecte, ils œuvrent par rapport à un principe qui est aussi un symbole.
Le Grand Architecte est présenté, selon le Rite, comme un principe créateur, on notera l’absence de toute ambiguïté, car créateur est écrit avec un « petit c ».
Il n’est donc pas question du Créateur au sens chrétien du terme, mais simplement d’un principe qui a créé le Monde et qui l’organise à partir des matériaux qu’il y a découverts. Le Rite n’impose nullement la croyance en une création ex nihilo. Il ne l’a réfute pas non plus.
Il s’agit bien d’un principe, c’est-à-dire, de ce qui a en lui-même la force de commencer et qui est déjà présent.
Mais c’est aussi un symbole, non défini comme tout symbole complexe, et, de ce fait, parfaitement interprétable dans l’intimité de la conscience de chaque Frère.
En ce qui me concerne, et simplement à titre d’exemple, mon interprétation du symbole GADLU est multiple.
Tour d’abord il s’agit très  simplement du temps qui déconstruit et qui recrée sans arrêt : Chronos et son fils Zeus ne sont pas loin, venant de la Mythologie grecque la plus ancienne, Zeus ayant à charge de maintenir l’Harmonie du Monde, c’est-à-dire d’assurer la pérennité du cosmos dans l’équilibre.
Parfois, je préfère le Démiurge du Timée : « parce que le dieu souhaitait que toutes choses fussent bonnes et qu’il n’y eut rien d’imparfait dans la mesure du possible, c’est bien ainsi qu’il prit en main tout ce qu’il y avait de visible – cela n’était point en repos, mais se mouvait sans concert et sans ordre – et qu’il l’amena du désordre à l’ordre, ayant estimé que l’ordre vaut infiniment mieux que le désordre ».

Bien d’autres interprétations du symbole du G.A.D.L.U sont possibles, mais chacun s’en fait sa propre image, tous s’y référant pour y voir la concrétisation de la primauté d’une démarche de spiritualité que chaque Maçon tente de faire émerger, tant pour lui-même que pour ses Frères en initiation.

La présence du Volume de la Loi Sacrée sur l’Autel des serments, ce Volume étant la Bible par respect de la Tradition, et par référence au contenu initiatique de l’Ordre, ne se conçoit que s’il s’agit bien d’un livre de spiritualité, et non d’un livre d’une Religion révélée.
Le Franc-maçon, dans les Travaux de sa Loge, et même s’il est chrétien, ne peut pas considérer ce livre comme un livre religieux.
Notre ancien Grand Maître, Richard Dupuy, l’avait parfaitement présenté, alors qu’il était lui-même catholique :
« La Bible n’est pour le Franc-maçon, ni un récit historique, ni un traité théologique… Elle représente la démarche de l’Humanité frayant sa route sur le sol des réalités grâce au moteur de l’Esprit, et par l’effort opiniâtre de sa raison, de son intuition et de son imagination ».
Il est alors possible à chacun d’entre-nous d’en effectuer une lecture symbolique personnelle, pour y puiser les notions d’éthique, de justice, de devoir, d’Amour et d’Action qu’elle recèle, afin d’en faire une « substantifique moelle » contribuant au développement de sa propre spiritualité.

À travers cette étude multiforme qui est proposée à l’initié, celle des caractéristiques rituéliques elles-mêmes, celle de la transposition symbolique de la Bible et des autres Grands Textes « Sacrés », celle de la réflexion sur les grands thèmes métaphysiques, scientifiques, sociologiques ou philosophiques de notre Temps, il devient possible au Franc-maçon d’évoluer de manière progressive vers un état de conscience plus aigu, en éveil par rapport à l’ordre du Monde, et de chercher à établir en lui-même, puis avec les autres, les relations d’Ordre et d’Harmonie qui constituaient pour les Grecs de l’Epoque classique, la finalité de la Vie Humaine.
Mener une « Vie Bonne » selon l’expression Aristotélicienne était le but essentiel que se devait de rechercher chaque Homme.
Donner un sens à sa vie et tenter d’atteindre la Sagesse, c’est le but du Franc-maçon et c’est ce que propose le Rite Écossais Ancien et Accepté.

La méthode progressive qu’utilise le Rite est tout aussi fondamentale. Elle se réalise par la médiation d’un cheminement en degrés successifs. Chaque degré apporte à l’initié un outillage spécifique et un support de réflexion particulier.
L’outillage est initialement l’outillage symbolique hérité des métiers de la construction : si pour les bâtisseurs il s’agissait de perfectionner l’architecture du temple, pour nous, Maçons d’aujourd’hui, il convient surtout, dans un premier temps, de poursuivre le travail de constant perfectionnement qui commence par nous-mêmes.
Mais, en même temps, il nous est demandé, et ce, dès le premier degré, de méditer et de comprendre le schéma mythologique et symbolique qui nous est présenté : l’outillage rationnel qui est présent dans le Temple, comme les Trois Grandes Lumières qui servent à éclairer la conduite du Franc-maçon, nécessite, dans un même mouvement  discursif et intuitif, d’être utilisé pour nous construire et d’être intériorisé pour nous connaître.
Et c’est ainsi que de degré en degré, s’adjoignant de nouveaux outils symboliques et s’incorporant de nouveaux schémas mythologiques, l’initié, du moins celui qui est véritablement sur le chemin de l’Initiation, progressera, abandonnant ses préjugés et ses métaux, améliorant du même pas Connaissance et Conscience.
Chacun à son rythme, refusant tout dogme et toute injustice, avancera ainsi vers plus de liberté et plus d’Amour.
La Méthode Initiatique nous propose en fait une quête inlassable de la Vérité, non pas d’une vérité scientifique rigoureusement démontrable, encore moins d’une vérité religieuse révélée ou non, mais de cette Vérité qui nous vient du mot grec « Aletheia ».
Aletheia, la Vérité, avec l’alpha privatif, signifiant ce qu’il est possible d’arracher au grand fleuve du Léthé, le fleuve de l’oubli qui entourait les Enfers, c’est-à-dire le Monde de la mort Eternelle.
Ce qu’il convient d’arracher à l’oubli, c’est, autrement dit, ce qu’il est nécessaire de garder en Mémoire tout au long de son Existence, afin de pouvoir le transmettre.
Chacun reconnaîtra ici sans peine qu’il est question d’une spiritualité en action et d’une Tradition vivante qui peut passer d’Homme à Homme, et d’Initié à Initié.
C’est peut-être la raison la plus essentielle pour laquelle le Volume de la Loi Sacrée est ouvert au premier chapitre de Jean, celui qui nous apprend, non pas que l’âme  individuelle, la Psyché, pourrait être immortelle - à chacun sa foi personnelle - mais que le souffle, le Pneuma, pourrait être celui de la Vie Éternelle, celle qui doit être présente ici et maintenant, au cœur de chaque Maçon.

La spiritualité du Rite est ainsi accessible à qui veut se donner la peine de travailler et de réfléchir ; à celui-là, que ce soit en Loge ou hors Loge, s’ouvre à chaque instant le vaste domaine de la Pensée et de l’Action.
Il est possible à chaque Homme, sans révélation divine, sans illumination mystique, et sans sclérose rationaliste, de s’élever progressivement, dans le cadre d’une élaboration collective au sein de la Loge, mais aussi dans le strict respect d’une pensée personnelle et individuelle, de trouver ou de donner du sens à sa propre vie.
Trouver le sens caché et poursuivre la réalisation du plan mis en œuvre par le principe créateur, ou élaborer le plan lui-même par la réflexion collective, et y concourir par l’Action individuelle, tout est possible pour qui vient chercher, comprendre et agir.
La Transcendance, une transcendance laïque est à la portée de chacun. Il suffit de passer sur l’autre rive, là où la richesse de l’Enseignement initiatique s’offre à la multitude et reste inépuisable.

Se construire pour penser, se construire pour agir, le Rite nous donne en totalité et d’emblée la dimension de la spiritualité qu’il véhicule, avec sa réflexion Éthique et sa finalité Humaniste.
À nous de nous l’approprier, de la faire vivre et de la transmettre.

 

Nos conférences publiques sont filmées.

Vous pouvez retrouver les interventions de Monique Castillo, André Combes, André Comte-Sponville, Roger Dachez, Régis Debray, Luc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Eric de Montgolfier, Pascal Picq, Gérard Rabinovitch, et bien d’autres…

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Continuatrice des premières Loges parisiennes de 1728, formalisée en 1738, la Grande Loge de France est l'obédience française la plus importante dans la pratique du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Elle est en outre l'héritière des Loges écossaises placées au XIXème siècle sous l'autorité du Suprême Conseil de France fondé en 1804.

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