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Question 2007

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Questions 2007 :

1) Qu’attendons-nous de l’initiation et des initiés ?

Toute vie nouvelle commence bien sûr, par une initiation. Partir “hab initio”, sur quelque chemin que ce soit, passe par un début, souvent une épreuve, pour les premiers départs à l’école comme pour l’intégration à tout groupe.
Cependant, pour notre réflexion, considérons ce “nous” comme étant exclusif. Cette interrogation ne saurait, a priori, questionner le profane. Présentée par des Frères à la réflexion de Frères à la question interroge le Franc-maçon, initié par essence, citoyen conscient par devoir et par engagement, normalement observateur et acteur de son ordinaire.
Peut-être pourrions-nous dire : qu’attendons-nous de nous-mêmes ?

L’espérance engendrée par l’initiation est une des inquiétudes du profane et du nouvel initié. En quoi serais-je différent ? Ce nouvel éclairage, apporté par le retrait symbolique du bandeau, va-t-il m’apporter une vision nouvelle ? Des outils utiles ?
Rien de tout cela. Cette fraîcheur d’esprit, et ces bonnes interrogations, disparaissent vite.
Pour la plupart d’entre nous, nous continuons à traverser notre vie, convaincue qu’ayant reçu la lumière, par une mystérieuse alchimie qu’elle induirait naturellement et sans efforts, nous somme devenus “initiés” spontanément, de fait, sans souffrance ni implication de notre part.
Hors l’initiation ne confère rien, si ce n’est une prise de conscience, encore faut-il que l’initié soit honnête avec lui-même et qu’il travaille. Ces bonnes dispositions ne s’arrêtant pas aux premières années d’apprenti ou de compagnon.

Certains parmi les plus illustres de nos Frères ont considéré que la Franc-maçonnerie était une école de pensée. La déclaration de principe du convent de Lausanne présente la Franc-maçonnerie comme une école de pensée mutuelle.
Structurellement donc, une association de personnes partageant des opinions concordantes sur des sujets particuliers. Les domaines d’application sont vastes. Les disciples constituent un groupe homogène, échangent des idées, reçoivent un enseignement, transmis par un maître ou par les anciens.
Le danger arrive avec la tentation de marginaliser, voire d’exclure les déviants de l’orthodoxie officielle.
La Franc-maçonnerie n’échappe pas à ce phénomène, inhérent à la dynamique des groupes et à la nature humaine. Rites et obédiences ont vu le jour, constituant autant de schismes.
Mais là s’arrête la comparaison avec l’école de pensée. Ce système de transmission de savoir, dogmatique par construction, ne convient pas à notre système de raisonnement.

Le Franc-maçon est libre, dans une loge libre, et les recommandations de nos déclarations de principe et nos Règlements Généraux nous préviennent contre ces travers.
N’affirmant aucune vérité, ne promettant aucun paradis, la Franc-maçonnerie ne cherche ni à convaincre, ni à séduire, pas d’endoctrinement, elle se contente d’aider l’individu à faire la lumière en lui, d’éveiller ses potentialités et de le responsabiliser dans l’action juste.
Si école il y a, c’est celle de la tolérance qui permet l’expression de toutes les sensibilités et l’écoute de tous les points de vue dans un grand respect mutuel.

La Franc-maçonnerie use de symboles pour induire une connaissance qu’il appartiendra à chacun de déduire, et pour signaler les réalités que les mots ne peuvent expliquer, car la méthode symbolique quitte le niveau mental pour aborder les plans spirituels, universels et intemporels.
Nous avons le privilège d’appartenir à un groupe d’apprentissage permanent dont l’objectif n’est pas de former des intellectuels mais de générer des sages, c’est-à-dire des hommes dont les réactions intérieures et la conduite extérieure sont inspirées et contrôlées, par la raison et le bon sens.

La Franc-maçonnerie, instrument de perfectionnement moral, a cette vocation, mais encore faut-il que ses membres redeviennent actifs, tant sur eux-mêmes que sur la société dans laquelle ils vivent.
Cette réaction devient vitale pour notre ordre, menacé de l’intérieur, parfois, par le manque de discernement dans les choix de ses nouveaux maillons, mais aussi par leur faible motivation quand ils découvrent une Franc-maçonnerie essoufflée, et, de l’extérieur, car le monde profane ne nous reconnaît plus comme porteurs de sagesse et capables d’apporter des réponses aux interrogations du temps.

Notre image passéiste ne convient plus au monde actuel. Surinformés et très réactifs, nos concitoyens voient dans la maçonnerie un groupe d’hommes attachés avec bonheur, aux traditions, ce qui est bien, mais impuissants à formuler de nouvelles propositions, dans le domaine du social, de la philosophie ou même du spirituel, par manque d’imagination.
“La sagesse n’est pas le nom commun de toutes les vertus. Quand les vertus ne le sont que par sagesse, il y manque souvent l’audace et le feu inventeur”. Cette définition du philosophe Alain devrait nous inspirer.
Être sage avec audace, conduire nos réflexions vers davantage de réalisme, cela ne signifie pas nous engager dans le monde profane avec force gesticulations, interventions intempestives et décalées, dans la vie publique. Cela signifie connaître nos défauts, tenir compte de nos limites, laisser parler notre imagination et nous impliquer avec sérénité dans ce monde actuel où, et nous l’oublions souvent en passant la porte de nos temples, notre Franc-maçonnerie se trouve exister.

C’est cette attente qui doit être la nôtre, celle de l’initié au travers de son initiation perpétuelle.

2) Est-il possible, dès l’enfance, de compléter les enseignements des divers savoirs par la connaissance de l’homme ? Quelles propositions notre méthode initiatique permet-elle de faire à notre civilisation ?

Pour l’homme, toute occasion de s’interroger, tout questionnement clairement posé, est bon en soi. L’erreur arrive toujours avec la réponse. Et, soyez en sûrs, il y aura toujours quelqu'un pour vous donner la réponse à la question sur laquelle il n’aura pas réfléchi.
La méthode maçonnique, a ceci en commun avec d’autres approches, qu’elle souhaite aider ses adeptes à comprendre en évitant de juger. Ce postulat posé, sa mise en pratique semble peu évidente.

L’accélération entropique qui mène notre civilisation actuelle conduit à un resserrement de la pensée et un allégement de la réflexion. Les problèmes apportés par un dérèglement constaté de l’éducation, l’afflux d’images et de sons, l’augmentation en volume du savoir de base, demanderaient du temps pour être assimilés par un esprit ordinaire, et surtout demanderait un tri drastique pour se forger un fond personnel de savoir.

Encore une fois, l’homme confronté à l’évolution trop rapide de son environnement, peut réagir de plusieurs façons et choisir de faire évoluer avec bonheur ou malheur, l’ensemble de son destin.
Le libre arbitre permet ce choix. Encore faut-il avoir acquis et s’être rendu maître, au moins partiellement, de ces éléments d’appréciation.

Les savoirs, inculqués dès le plus jeune âge, sont transmis sans tenir compte des sensibilités particulières, des facilités individuelles et de leur environnement. Le nombre des disciplines, les coûts colossaux de l’enseignement et de l’éducation, ne permettent pas la mise en place d’un système de formation adapté.
La rue et le monde extrascolaire, imposent également un ensemble de codes et de savoirs que le jeune doit acquérir pour essayer de réussir sa difficile intégration dans cette société mouvante. Cette notion de réussite d’intégration est très éloignée pour lui, de la vraie réussite : être un homme, distinguer le bien du mal, être bien dans sa tête. Quand nous voyons certains jeunes des banlieues dites “à problèmes” s’exprimer au travers de leur musique, il faut vous souvenir, que pour la plupart, l’absence de scolarité, ou l’illettrisme, les conduits à utiliser un vocabulaire d’environ 300 mots. Il semble difficile de communiquer et de formaliser des sentiments ou des états d’âme, avec si peu d’outils.

Le rythme d’apprentissage, essentiel pour obtenir des résultats pérennes ne peut plus être pris en compte. Nous constatons un amalgame destructeur entre la transmission du savoir, œuvre des enseignants et l’éducation au sens littéral du terme, qui devrait être le terrain des éducateurs, ce terme comprenant les enseignants, mais aussi les proches de l’enfant et surtout du jeune enfant.
Familles inexistantes, parents démissionnaires, enseignants démotivés, l’enfant ne peut plus différentier l’essentiel du secondaire, le réel du rêve.

Une loge du congrès des loges de l’Est nous transmet dans sa synthèse, une citation que je livre avec délices à votre appréciation : “Le père redoute ses enfants, le fils s’estime l’égal du père et n’a pour ses parents ni respect ni crainte. Le professeur a peur de ses élèves, lesquels le couvrent d’insultes”…L’auteur de ces lignes est-il issu d’une banlieue difficile ?… Non, il s’agit de Platon dans son ouvrage “la république”, il y a vingt-quatre siècles !
Le problème de l’éducation n’est ni nouveau ni original, et il préoccupe notre civilisation depuis longtemps. Une des origines essentielles de ce problème est le décalage permanent entre l’avancée de la modernité et la nécessaire stabilité des institutions, engendrant l’inertie.

Ce constat ne se limite pas aux individus issus de milieux difficiles, ou même en situation d’échec. Nous observons une absence d’éducation et de culture générale, chez des individus dont on pourrait penser qu’ils ont réussi leur évolution. L’observation, il y a quelques mois, d’une femme brillante, issue de Sciences Po., énarque, et ayant réussi sa vie au sens profane du terme, me faisait constater la pauvreté d’un discours ou la démagogie se disputait à l’absence de culture, et au manque total de valeurs, morales ou spirituelles.
Cet exemple fait apparaître les différenciations qui peuvent exister entre l’intelligence, le savoir et la connaissance. L’avocat agité, qui lui faisait face, se contraignait visiblement à observer les règles d’un comportement civil, mais le contenu de son discours poli laissait apparaître les mêmes lacunes.

Or, ces trois éléments ; l’intelligence, le savoir et la connaissance, sont indissociables et constituent les bases de l’homme équilibré. Leur existence, en proportions variables, sont différents selon les individus, mais leur acquisition permet l’évolution vers la sagesse et la tolérance.

Il nous est impossible de demander à un jeune ce que l’adulte, son modèle inconscient, n’est pas capable de réaliser. Le jeune humain, privé de modèle et de sources, comble ce manque par l’invention de héros de référence. Il en a toujours été ainsi, seule la qualité de ces référents, choisi sur la base d’influences médiatiques commerciales ou des valeurs qui n’en sont pas, devraient nous inquiéter. Nous avons les héros que nous choisissons, mais il faut, et à la base, avoir les moyens de choisir.

Une remise en question de notre système éducatif s’impose sûrement. Des définitions nouvelles sont à trouver et des méthodes à changer ou à adapter. Au-delà de l’enseignement traditionnel, aux relations maître élève, dont on sait depuis 1968 qu’elles ont trouvé leurs limites, il existe peut-être des voies basées sur l’échange, la transmission du savoir et de la connaissance, établi sur des relations de respect de l’autre.

Une discipline pourrait être ajoutée utilement à l’ensemble des connaissances indispensables, peut être au détriment d’autres savoirs, mais avec un bénéfice certain : la discipline du comportement.
C’est ici que notre méthode d’initiation pourrait retrouver sa place : ne pas chercher à convaincre, sans endoctrinement aider l’individu à éveiller ses potentialités et à le responsabiliser.
La première question nous dirigeait vers cette conclusion.

3) Le monde est un puzzle constitué de différentes communautés ethniques, religieuses, politiques et économiques. Y a t il un dénominateur universel commun, qui puisse être développé chez l’homme pour que les différences ne soient pas des obstacles à l’harmonie de l’ensemble ?

Sur cette question, il me semble commode, mais utile, d’utiliser l'accès privilégié offert par notre région d’origine ; l’Océan Indien.
Dans notre quotidien en général et nos loges en particulier, nous vivons un mélange humain particulièrement riche et nous n’avions jamais, jusqu'à ce jour, eu l’impression de constituer un puzzle ! Heureusement, les rédacteurs de cette question ont su, justement, nous rappeler que nos insolents particularismes, pourraient être étudiés pour trouver ce fameux dénominateur commun, qui harmonise nos différences.

En exemple, parmi d’autres, la loge Horus à l’Orient de St. Denis, compte sur ses colonnes, des indo-pakistannais, pratiquants des formes d’islam différentes, des hindouistes, un juif, et des chrétiens. Les débats dans nos loges sont animés par des visions différentes et d’une richesse certaine. Ainsi, un de nos Frères musulmans a t il apporté il y a peu, sur la question du volume de la loi sacré, un éclairage original qui a fait découvrir la bible selon un angle que les chrétiens ont su apprécier.
En fait le seul problème, réel et sérieux, se pose à notre maître des banquets, organisateur d’agapes pour des Frères ne mangeant, qui pas de porc, ou pas de bœuf, sont végétariens voire végétaliens…

Plus sérieusement, nous savons tous que ces melting-pots créés dans nos îles présentent des failles, dans lesquelles poussent parfois, les mauvaises herbes du communalisme, mal cachées par les lois de la république et les partages des cultures.
Parlons justement de ces deux éléments importants, qui constituent, un élément de réponse à notre recherche.
Les lois de la république, s’appliquent à tous, quelles que soient l’origine, l’ethnie ou les traditions. Parfois leur application pose des problèmes au sein d’une communauté, en particulier. Récemment, à la Réunion, le sacrifice des cabris pour les fêtes hindouistes a fait l’objet de débats importants, l’abattage ne se faisant pas dans les règles strictes de l’hygiène. La République n’entendant pas que la religion impose sa tradition au-dessus des textes législatifs.
Le problème a été résolu, comme avait été résolu auparavant, le sacrifice des bœufs et des moutons, pour la fête musulmane d’Abraham, par des concessions mutuelles.

Il en est de même pour le partage des cultures, très présent dans la cuisine, par exemple, chaque groupe ethnique ayant vu son apport modifié, adapté, et finalement intégré dans un grand ensemble de coutumes culinaires, commun à l’ensemble des îles, chacune gardant ses nuances propres.

Pour résumer : des lois communes à tous, et librement acceptées, des cultures partagées, des religions différentes, acceptées et respectées, constituent une richesse que nous partageons, et qui a fini par créer une identité commune.

Cet exemple est difficilement transposable.
L’époque de ces migrations humaines avec leurs apports différents et complémentaires est révolue, car elles se sont effectuées dans des conditions difficiles, voire dramatique ; esclavage pour les populations d’origines africaines, travailleurs sous contrats drastiques pour les Indiens, immigrations impérieuses pour les chinois… Il a fallu du temps pour qu’encore une fois, la tolérance et la sagesse permettent une fusion raisonnée dans nos creusets insulaires. Néanmoins, l’évolution de la composition ethnique de la nation devrait nous inciter à y réfléchir.

Justement, la tolérance et la sagesse nous semblent être les bonnes réponses à notre interrogation première. La sagesse, fil conducteur de ces trois questions, s’impose comme le mot-clé, en ce qu’elle introduit la tolérance, qui doit exister sans le laxisme, scorie qu’elle engendre parfois.

Nous avons foi en l’homme, humanistes par conviction nous soutenons que la recherche sur nous-même peut permettre une évolution positive de notre société. Rousseau n’avait pas raison, il n’y a pas plus de bon sauvage qu’il n’y a de mauvais civilisé, tout est dans l’appréciation.
L’appréciation se mesure à l’aulne de l’intelligence, de la sagesse et de la tolérance.

Notre méthode d’initiation permanente pourra fonctionner, tant que nous serons conscients d’être perfectibles, et que nous accepterons cette évolution, comme nécessaire et indispensable.
Il y a une condition impérative à cette croyance en nous-mêmes : les Francs-maçons ne trouverons leur place dans ce monde qui est le leur, que dans la mesure où ils ne resteront pas passifs. Le travail en loge doit être préparation à l’ouverture et non pas une fin en soi.

Nous attendons de l’initiation quelle nous apporte la sagesse par le travail. Oui il est possible d’enseigner, dès l’enfance, l’ensemble des valeurs complémentaires aux savoirs, par une méthode qui est loin d’être obsolète et inadaptée : notre méthode initiatique, qui, nous le répétons, tend à faire des sages plutôt que des intellectuels décalés, aux discours stériles.
Le dénominateur commun utilisable et qui doit être développé dans notre monde actuel, s’appelle sagesse et tolérance. Il est plus facile à transmettre et à faire comprendre que le mot “amour”, dont la dimension spirituelle est difficile à appréhender, et souvent galvaudée.

La Franc-maçonnerie demeure un groupe de pensée qui a un avenir fort, il faut la faire évoluer au travers de ses membres, l’adapter en lui conservant ses repères indispensables, pour que la réflexion, impérativement née dans la sérénité de nos loges, soit une réponse utile, aux problèmes de notre temps.

 

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