Dialogue avec Maurice Levy, Président de la Commission Obédientielle des Droits de l’Homme et du Citoyen
(Pour des raisons indépendantes de notre volonté nous ne sommes pas en mesure de vous proposer l’écoute de l’émission audio, nous vous prions de nous en excuser.)
Invité : Maurice Levy
Au micro : Marc Henry, Grande Loge de France.
À mes côtés Guy Gentil de la R.L. La Paix
Nous recevons aujourd’hui Maurice Levy de la R.L. Les Philanthropes Réunis, n°66.
Si je prends le temps d’entrée de jeu de donner le numéro et le nom, c’est qu’il s’agit d’une Loge un peu particulière, elle est très ancienne !
Maurice Levy : Effectivement, elle date de 1839. Les statuts ont été déposés en 1838 et ont été acceptés en 1839, à l’époque, par le Suprême Conseil de France.
Marc Henry : Donc avant même que l’Obédience, la Grande Loge de France, ne voie le jour.
Maurice Levy, vous êtes aussi le Président de la Commission des Droits de l’Homme et c’est de cela que nous traiterons aujourd’hui.
Comme vous le savez nous parlons souvent à ce micro, d’initiation, de tradition, mais nous avons aussi au sein de la Grande Loge de France des Commissions qui travaillent sur d’autres sujets.
L’initiation nous invite à nous intéresser à tous les problèmes qui concernent l’humanité et l’humain en général et cette Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen en fait partie. De même nous avons ressortis de nos archives, un certain nombre de documents qui font l’objet d’une exposition au sein de notre Hôtel de la Grande Loge de France ; qui se situe 8 rue Puteaux, à Paris, pour ceux qui auraient oublié l’adresse ; et qui s’intitule « Forces Occultes ». Le titre est un petit peu provocateur, mais en fait cela fait référence à ce qui s’est passé pendant la dernière Guerre mondiale. Maurice, pouvez-vous nous dire quelques mots de cette exposition ?
M.L. : Oui, vous dire d’abord qu’elle est particulièrement réussie, elle rassemble énormément de documentation.
Je vais vous en donner les dates : elle va se dérouler du 2 mai au 26 juillet 2006.
Elle occupe pratiquement tout le rez-de-chaussée de notre Hôtel et elle est publique.
Si nous en parlons aujourd’hui c’est parce qu’en réalité - et là je vais rentrer dans le sujet du jour - La Commission des Droits de L’homme, à ses débuts ; et je vais vous en faire un petit historique très rapidement ; s’est appelée le Comité de la Paix. Elle voit le jour en 1953 ...
M.H. : C’est-à-dire quelques années après la seconde Guerre mondiale ...
M.L. : Huit, neuf ans après la fin de la seconde Guerre mondiale, les cendres sont encore chaudes, les blessures sont encore visibles et donc la Grande Loge de France, sous la Maîtrise de Louis Doignon, fonde ce Comité de la Paix, je dis bien Comité de la Paix.
Ce Comité va se développer. Ses présidents successifs, je vous les cite pour mémoire parce qu’il est bon de les connaître sont les Frères Popovitch, Théodore Pontzen, Jacques Guignon, Paul Laguilhac, Etienne Rey.
En 1983, Henri Tort-Nougues, qui est Grand Maître et préside la Grande Loge, constitue la Commission de la Paix et des Droits de l’Homme.
Jean-Michel Balling en sera Président avant Jean Verdun qui lui donnera le nom de Commission des Droits de l’Homme. Le 1er Président sera notre Frère Georges Komar qui lui aussi, par la suite, a été Grand Maître.
A partir de là, elle est investie de la mission qui est la sienne aujourd’hui, c’est-à-dire avoir un regard sur la cité et découvrir les chantiers qui nécessitent une action spirituelle, sociale ou humanitaire.
En 1989, sous la Grande Maîtrise de Guy Piau, elle prendra définitivement le nom qu’elle porte encore aujourd’hui Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Ses présidents successifs sont outre Georges Komar que nous avons cité tout à l’heure, Jean-Yves Goéau-Brissonnière qui est aujourd’hui Grand Maître Honoris causa de notre Obédience, fidèle parmi les fidèles, Jean Marel, Pierre Ludin, Guy Dupuy.
En 1993, sous l’impulsion de Jean-Louis Mandinaud, elle devient, Commission obédientielle, avec comme Président, le futur Grand Maître, Jean-Claude Bousquet.
C’est l’année où je suis désigné Secrétaire, et régulièrement depuis 13 ans je viens tous les mois à la Grande Loge pour organiser nos réunions.
M.H. : 104 conférences, si j’ai bien compris ... Pourquoi cette Commission ?
M.L. : Nous menons essentiellement dans nos temples un travail d’éducation : de prise de conscience, de perfectionnement, d’initiation avec comme fil conducteur un rituel de travaux, quel que soit le rite pratiqué. Celui-ci nous demande, et je ne pense pas dévoiler un secret, d’achever au dehors l’œuvre commencée dans le Temple. C’est-à-dire d’œuvrer à l’extérieur, dans la cité, afin de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de nos frères humains et c’est bien là la finalité de l’action maçonnique.
M.H. : Quand vous dîtes de nos frères humains cela inclut bien entendu nos sœurs humaines ...
M.L. : L’expression frères humains est une expression générique. Lorsque je parle de frères, il s’agit de toute l’humanité.
Il ne s’agit pas de clamer un idéal, encore faut-il le vivre et ce n’est pas le rôle d’une Obédience d’être présente sur le chantier mais celui d’un Franc-maçon.
Être Franc-maçon, ce n’est pas seulement être spectateur, c’est exporter l’enseignement recueilli sur nos colonnes, être Franc-maçon c’est s’engager.
Chacun le fait selon sa sensibilité, ses convictions, sa disponibilité, c’est sans doute la raison pour laquelle nous trouvons beaucoup de nos Frères au sein de milieux associatifs ou d’O.N.G. et les chantiers sont vastes.
Je vais vous en citer quelques-uns sur lesquels notre commission a été présente et sur lesquels elle a travaillé ces dernières années :
L’Éducation, de 1995 à 1998, avec en point d’orgue un colloque réunissant plus de 4 000 personnes au Palais des Congrès, ouvert au public.
la Dignité humaine, de 1998 à 2001
Bâtir les Droits de l’homme, de 2001 à 2003
Démocratie, laïcité et solidarité, en 2004
De l’Utopie à l’action, en 2005
Cette année nous avons abordé le problème de la Mondialisation et du droit à la différence
M.H. : Pourriez-vous nous dire comment s’organise une rencontre sur les Droits de l’Homme et du Citoyen ?
Des Frères et des Sœurs assistent à une conférence et posent ensuite des questions aux conférenciers, je suppose !
M.L. : Vous faites bien de faire allusion aux Sœurs et aux Frères parce que notre Commission ne réunit pas que des Frères de la Grande Loge de France mais aussi d’Obédiences amies.
Nous avons parfois des Sœurs qui viennent, selon notre jargon, plancher, qui viennent faire des conférences au Grand Temple parce que nous nous réunissons dans le Grand Temple, des Sœurs aussi bien de la Grande Loge féminine que du Droit Humain, mais aussi des Frères du Droit Humain, des Frères du Grand Orient de France, de la GLTSO, et puis nous faisons venir aussi parfois car cela est nécessaire des spécialistes pour des sujets qui sont pointus et pour lesquels nous avons besoin de personnes qui sont au fait des sujets qui sont traités.
M.H. : Justement quels sont les invités marquants reçus par la Commission des Droits de l’Homme ?
M.L. : Je ne peux pas tous les citer, ils ne sont pas Maçons mais ils ont eu la gentillesse de venir faire une conférence.
Nous avons eu un écrivain comme Daniel Maximin, un philosophe comme Albert Memi, Robert Misraï, Alain Filkenkraut, et sur le plan associatif nous avons reçu Amnesty International à deux reprises, Orphelins Sans Frontières, Mémoire et Vigilance, le Secours Catholique, le Pélican et SOS Racisme.
M.H. : Ils viennent évoquer leurs travaux dans le monde profane pour informer les Sœurs et les Frères de ce qui se passe. Où est l’articulation entre ce qu’entendent les Frères et les Sœurs de ces conférences et ce qu’ils peuvent faire eux dans la cité, puisque comme vous l’avez dit très justement le devoir des Maçons c’est d’aller dans la cité et d’agir. Quand ils ont entendu une conférence ils réfléchissent mais comment peuvent-ils œuvrer dans la cité ?
M.L. : La Commission des Droits de l’Homme envoie régulièrement à tous ses membres qui sont aujourd’hui près de 900, des comptes rendus qui non seulement prennent en compte la conférence mais aussi les questions et les réponses qui ont été faites. Ces comptes rendus servent bien souvent de matière, matière que les correspondants vont utiliser sur les différents chantiers là où ils se trouvent.
Nous avons des correspondants dans toute la France et même outre-mer. Partout où l’on reçoit les rapports de la Commission des Droits de l’Homme, partout on œuvre afin de pouvoir effectivement développer sur le terrain, dans la cité, des sujets qui ont été traités.
Guy Gentil : Donc, Maurice Levy, les près de 1000 membres permanents de la Commission, que vous présidez, essaiment là où ils sont et à tout moment en s’impliquant dans les différents sujets pour lesquels ils ont reçu un compte rendu. Selon la méthode maçonnique de la transmission, ils héritent de tous ces sujets d’actualité qui, enracinés dans le présent, construisent l’avenir de telle sorte que la Franc-maçonnerie, comme elle l’a toujours été soit constructive pour faire progresser chacun en particulier et l’humanité en général.
M. L. : C’est tout à fait cela, la Maçonnerie c’est avant tout la transmission. Le modèle maçonnique permet cette transmission et qu’elle se passe dans les meilleures conditions. Je crois que la Franc-maçonnerie est une école fantastique à ce niveau puisqu’elle permet justement de pouvoir relier des personnes qui en d’autres temps n’auraient jamais pu ni se connaître ni même se croiser.
Cela permet effectivement de pouvoir transmettre un message qui va beaucoup plus loin que la Loge elle-même. Comme on en parlait précédemment beaucoup de Frères et de Sœurs sont impliqués dans le milieu associatif et dans les ONG et donc sont en contact avec des femmes et des hommes qui eux bénéficient indirectement peut-être de cet exemple maçonnique, c’est ce que j’espère en tout cas.
M.H. : Je voudrais vous poser à tous les deux une question difficile, c’est pour cela que je vous prends à témoin tous les deux, je regarde parmi les nombreux sujets qui ont été développés dans cette Commission des Droits de l’Homme, je vais en citer quelques-uns :
Mondialisation, les enjeux de la culture ;
Exclusion sociale, violences urbaines de quoi parle-t-on ? ;
Universalisme ou éclatement de la société ;
Comment rendre justice à la dignité de l’homme ?
je pourrais en citer de nombreux autres :
Dignité carcérale ;
Droit de vie, droit à la vie ;
De grands sujets de société qui sont au cœur des débats même actuels, en quoi notre démarche initiatique peut-elle enrichir le débat qui est déjà très nourri dans la société civile ?
G.G. : Le Franc-maçon est un homme ordinaire, comme les autres, ce qu’il a de particulier c’est qu’il consacre beaucoup de son temps à découvrir ces véritables réalités et de le faire toujours sous l’œil et l’oreille attentifs d’hommes, comme lui, qui sont ses Frères de Loge. De ce fait, il acquiert un regard tout à fait large sur les différents sujets de la société et il apprend également à aller toujours un petit peu plus loin que ce qu’il voit ou ce qu’il dit, de manière à s’informer plus complètement.
Dans sa démarche, il est quelque part, sans être au nom de la Franc-maçonnerie, un représentant comme les autres de cette noble institution, l’un des seuls aujourd’hui qui peut parler de tous ces sujets que vous avez cités, Marc Henry, sans rien avoir à vendre, pour ne représenter aucune chapelle, pour n’essayer d’influencer personne.
Sa démarche sera simplement de transmettre tel qu’il le ressent par le cœur et par la raison pour essayer de faire progresser un petit peu tous ceux qui sont autour de lui en espérant que son message sera retransmis par ceux qui l’ont reçu et qu’ainsi de proche en proche le cercle concentrique touchera tous les hommes.
M.H. : Autrement dit, il porte témoignage de son parcours personnel.
Maurice Levy vous voulez ajouter quelque chose ?
M.L. : Nous avons reçu récemment un pasteur et un prêtre, je le dis pour ceux qui sont tentés de nous rejoindre - je suis certain qu’ils sont nombreux - ils ne trouveront jamais au sein de notre Obédience la moindre trace d’ostracisme ou d’exclusion, c’est tout de même extrêmement important.
Le Franc-maçon est par définition lié à l’idée de construction mais aussi à celle de fraternité. Nous utilisons ce terme au sens initiatique et spirituel, il doit nécessairement se traduire quelque part dans la réalité.
Notre Commission est un véhicule permettant à notre Obédience d’être au contact de cette réalité. Les enjeux sont nombreux et nous ne sommes pas de trop pour y apporter notre contribution, c’est pour cela que nous espérons que beaucoup d’auditeurs viendront nous rejoindre.
M.H. : Avant que beaucoup d’auditeurs ou d’auditrices viennent rejoindre les rangs de la Franc-maçonnerie, il faudrait leur donner l’occasion de venir nous rencontrer et nous en aurons une, Guy Gentil, dans les prochaines semaines, puisqu’en juin vont se tenir, je crois que c’est une première à Paris, il y en a d’autres en province, des journées - rencontre autour de Points de Vue Initiatiques, notre revue, on en a souvent parlé à ce micro ...
G.G. : Effectivement Marc Henry. La Grande Loge de France a engagé depuis plusieurs mois un très grand effort pour redonner à la revue Points de Vue Initiatiques - qui représente non pas le point de vue de l’Obédience, mais celui de multiples sensibilités de Frères de l’Obédience ou non - son message.
Points de Vue Initiatiques est aujourd’hui un outil qui doit permettre à toute personne désireuse de s’approfondir et d’approfondir la Franc-maçonnerie d’être participatif à son tour, en ce qui concerne l’évolution de la société et cela en toute liberté.
Afin de faire connaître cette revue, il y aura deux journées les 10 et 11 juin, en l’hôtel de la Grande Loge de France, 8 rue Puteaux, dans le 17e, à partir de 9 h 30.
Outre la présentation détaillée des différents Points de Vue Initiatiques déjà publiés, se déploieront : 10 tables rondes, 3 conférences, un concert et même un dîner en musique le samedi soir ouvert à tous et à toutes et je dirai même encore plus à ceux qui ne sont pas maçonnes ou maçons puisque le but c’est de faire rayonner aux travers de ces deux journées notre revue et la Franc-maçonnerie en général.
M.H. : Merci Maurice Levy, merci Guy Gentil, d’être venus répondre à cette invitation.
Avant d’en terminer, je voudrais vous annoncer la sortie d’un nouveau numéro de Points de Vue Initiatiques : « Bonheur et progrès de l’humanité, la responsabilité du Franc-maçon et du scientifique ».







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