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Emission du 15 Février 2004

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Revue "Points de Vue Initiatiques"

Serge Dekramer : Aujourd’hui, nous allons parler de la revue prestigieuse de la Grande Loge de France, Points de Vue Initiatiques . Nous avons le plaisir de recevoir José Barthomeuf qui en est le Directeur de la Rédaction et Alain Pozarnik qui en est le Rédacteur en Chef.
Il y a eu plusieurs évolutions dans Points de Vue Initiatiques. José Barthomeuf, aujourd’hui, vous en reprenez la direction, pouvez-vous nous préciser la spécificité de cette revue, son importance, son objectif ?

José Barthomeuf  : Je considère que c’est avant tout un instrument de travail pour les lecteurs. Je ne cherche pas à faire du nouveau mais au contraire à m’inscrire dans la Tradition.
Je me réfère à ce qu’écrivait Pierre Simon dans l’éditorial en 1971, date à laquelle la Revue Points de Vue Initiatiques a pris sa formule actuelle : « nous avons tenu à donner à ces cahiers une présentation plus conforme à ces aspirations, c’est-à-dire plus véhiculaire, leur conférant ainsi leur véritable vocation d’instrument de travail ».

J’en reviens à cela : un instrument de travail . Nous ne pouvons pas être une revue savante, parce que nous serions moins savants que des revues savantes, mais un instrument de travail, cela nous pouvons le faire.

S.D. : Cette revue - qui auparavant s’appelait Cahiers de la Grande Loge de France - est écrite pour qui ? uniquement pour des maçons ou pour des maçons et des non-maçons ? quel est le public sur lequel vous ciblez votre action ?

J.B. : A l’origine, c’était une revue interne. Nous nous sommes aperçus que les articles qui y paraissaient avaient un intérêt pour tout le monde. En 1971, avec le Grand Maître Pierre Simon, nous avons ouvert notre revue au grand public.

Aujourd’hui, notre lectorat principal, notre cœur de cible ce sont les Maçons. Mais comme le disait notre Grand Maître Richard Dupuy : « Toutes les personnes initiables y trouvent matière à réflexion, y compris ceux qui ne sont pas encore initiés ».

C’est une revue dans laquelle nous développons nos valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de tolérance, de justice, de générosité et encore bien d’autres valeurs.

S.D. : Quand on dit initiable, on peut dire profane. Le profane, c’est celui qui se trouve devant le Temple, donc c’est vraiment celui qui attend d’être initié, qui est intéressé par toute démarche spirituelle.

Cette transmission des valeurs de la Grande Loge de France, « Points de Vue Initiatiques », en est un outil important.

Alain Pozarnik, pouvez-vous nous parler de la transmission maçonnique ?

A.P. : La transmission maçonnique est très particulière parce que nous ne transmettons pas de savoir, il ne s’agit pas d’acquérir un savoir que nous pourrions répéter et qui ferait de nous des bons maçons.

La transmission consiste en une méthode qui permet l’éveil de la conscience de l’homme. La revue « Points de Vue Initiatiques » par ses articles nous montre et nous interroge sur la possibilité de nous éveiller par nos propres efforts de conscience et répondre à notre désir de connaître ce qu’est un homme pour donner du sens notre vie.

S.D. : En fait c’est essayer de retrouver, si j’ai bien compris, le sens originel de l’homme.

A.P. : C’est-à-dire que pour tout homme raisonnable, il y a cette interrogation, qu’est-ce que je suis ? Quel est le sens de ma vie ? Qu’est-ce que je dois faire dans ma vie pour accomplir mon destin et être un homme véritable ?

Nous ne le savons pas. Nous ne sommes pas armés pour savoir ce que nous sommes. Nous sommes devenus automatiquement ce que la vie et notre histoire ont fait de nous. Nous sommes tellement imprégnés par l’ambiance familiale, par nos études, par l’ambiance sociale, par des règles de morale, que finalement nous sommes tout cela sauf ce que nous sommes. Nous devons réapprendre à prendre contact avec nous-mêmes pour sentir, pour avoir une conscience de ce que nous sommes.

J.B. : Une formule dit : devenir ce que l’on est.

S.D. : Il s’agit d’une démarche en quelque sorte spirituelle, mais cette démarche spirituelle répond-elle à des dogmes, des vérités qui sont données ? Les religions, elles, professent pour la plupart des vérités, des dogmes, la Maçonnerie procède-t-elle de la même manière ?

A.P. : Non, la Maçonnerie, et c’est pour cela que notre revue est particulièrement intéressante pour tous les hommes, quelle que soit la religion, quelles que soient les pensées sociales ou politiques elle permet à chacun de s’interroger lui-même.

La méthode maçonnique n’est pas quelque chose que nous devons apprendre ou savoir mais quelque chose qui nous renvoie et nous interroge. Nous découvrons, nous-mêmes ce que nous sommes.

Malheureusement, on ne peut pas se découvrir en profondeur de façon frivole, sinon tout le monde se découvrirait sans méthode parce que cela répond vraiment à un besoin !

Il faut donc une méthode. Celle-ci qui remonte pratiquement à la préhistoire, nous en retrouvons des traces visibles en Mésopotamie, en É gypte, en Grèce, nous les retrouvons en France au Moyen- Âge puis la Franc-maçonnerie moderne a récupéré cette méthode pour la retransmettre, maintenant, dans notre société moderne. Cette méthode complète ce que la société moderne apprend dans les facultés et les écoles et complète la formation de l’homme.

S.D. : Concrètement, de quelle manière cette méthode est-elle mise en pratique ?

Cela se passe j’imagine dans un lieu précis, quels sont les outils qui permettent cette transmission et qui permettent à l’homme de donner un sens à sa vie ?

A.P. : C’est vrai que cette méthode est très particulière parce que non seulement il y a une méthode très précise, et moi je parle de méthode scientifique de l’initiation mais en même temps, pour être opérative, la maçonnerie offre un lieu où l’on peut pratiquer cette méthode.

Après beaucoup de pratique on peut vivre au quotidien la méthode maçonnique et c’est finalement le but : vivre les vertus humaines au quotidien.

Il ne s’agit pas simplement de vivre dans un lieu déterminé mais il s’agit que sa vie devienne et prenne un autre sens. La méthode a pour but de trouver et de donner un sens à la vie, avec des instruments, non seulement dans des lieux, mais avec des instruments très précis, comme les symboles, l’équerre, le compas et des rituels qui aident à décrypter la méthode pour savoir ce que nous avons à faire en tant qu’homme responsable de soi, des autres et de l’avenir.

S.D. : Que sont les rituels récurrents à chaque tenue ?

A.P. : Ce sont des rituels récurrents, oui, mais nous les comprenons, nous les sentons à chaque fois de façon différente parce que nous sommes dans une disposition et un état d’esprit différent à chaque fois. Nous découvrons alors quelque chose qui nous appartient en propre au moment où nous le vivons. Parce que nous sommes différents, le rituel devient différent. Plus nous nous perfectionnons et plus il nous éclaire subtilement.

S.D. : Un peu comme le comédien qui joue la même pièce pendant deux ans mais qui chaque soir trouve une interprétation nouvelle.

A.P. : Cela devient vivant de façon différente. Il y a une phrase chez nous qui dit : « nous sommes des éternels apprentis ». Nous sommes des éternels apprentis parce que l’apprentissage est d’abord d’avoir une conscience de soi, tel que je suis et tant que je suis vivant je dois avoir cette conscience de moi-même dans l’instant présent.

La méthode propose un travail d’apprenti que je pratique tant que je suis vivant sur terre même si ce travail se complète par une autre conscience plus élargie par la suite.

S.D. : Tout à l’heure, vous parliez de méthode scientifique. La méthode scientifique est basée sur la raison. Est-ce qu’il y a un moment où la raison ne suffit plus et où on est obligé de passer à un stade différent qui se situe au-delà de l’homme. Il s’agit ici de métaphysique.

A.P. : La méthode est basée sur la raison. La méthode est très scientifique parce qu’elle est très progressive et fondée sur l’observation et la connaissance de l’homme. Chez nous à la Grande Loge De France dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté que nous pratiquons, il y a 33 étapes très précises et qui disent ce que nous devons faire à chacune des étapes pour passer à la suivante. Par contre, lorsqu’elle nous interroge, ce que nous découvrons, ce que nous percevons, ce que nous vivons dépend de chacun. Nous avons de l’un à l’autre une intuition différente qui elle n’est pas uniquement basée sur la raison. La méthode scientifique ne nous amène pas immédiatement au même résultat mais dans l’ensemble conduit au développement de nos qualités spécifiquement humaines. La science physique pose la question : « comment cela fonctionne ? » et la science initiatique pose la question « pourquoi ?

S.D. : José Barthomeuf, en écoutant le propos d’Alain Pozarnik, pensez-vous que cet esprit perdure depuis le début dans « Points de Vue Initiatiques » ? Ou bien y a-t-il eu des changements ? Est-ce qu’on a toujours parlé de transmission ?

J.B. : De transmission sûrement. Mais on a transmis des messages différents, tout dépend de l’histoire qui l’accompagne, tout dépend des Présidences, tout dépend des auteurs.

Pour revenir à celui que l’on fait maintenant, il y a deux sortes d’auteurs, il y a les auteurs qui écrivent pour eux et pour se faire plaisir et les auteurs qui écrivent pour les autres pour être utiles et donc pour transmettre.

J’en reviens donc à cette transmission. Les auteurs que nous choisissons ce sont des auteurs qui écrivent pour les autres. Il est clair que je donne comme consigne principale d’écrire avec les mots de tout le monde. Comme disait Colette : « Ecrire comme personne, avec les mots de tout le monde » . Nous devons être compris par tous, c’est une revue qui doit rendre le lecteur intelligent.

S.D. : Alain Pozarnik, j’ai sous les yeux une phrase de notre Grand Maître actuel, faisant référence à la méthode maçonnique et à son aspect spirituel qui dit : « La Grande Loge de France s’appuie à la fois sur une volonté humaniste et une vocation spirituelle. Pour nous se sont des pôles qui s’émentent mutuellement des réalités qui se prolongent l’une l’autre.

A.P. : C’est tout à fait exact ce que dit notre Grand Maître. Si l’on veut faire de l’humain, sans avoir un pôle spirituel, sans avoir perfectionné soi-même ses qualités humaines, on fait un humanisme de pacotille et on voit dans le monde d’aujourd’hui où cela peut aboutir, c’est-à-dire à un faux humanisme qui est en fait une démagogie mais qui n’est pas basé sur le fond de l’amour et de la fraternité des hommes de manière universelle. Lorsque l’on commence à se perfectionner soi-même, à prendre contact avec ce qu’est notre être intérieur profond, alors l’autre devient important, un autre soi-même. Il est important parce qu’il est aussi une vie qui souffre et qui aime, qui a besoin de se perfectionner et de grandir, une conscience comme la mienne et à ce moment-là, si j’ai pris conscience de cela moi-même, je peux donner de l’humanisme, non pas uniquement de l’argent, ou si j’en donne c’est pour permettre à l’autre d’accomplir sa dignité d’homme.

S.D. : En fait s’il y a humanisme cela ne peut se comprendre que par un humanisme qui conduit à la transcendance de l’homme. Tout humanisme est lié à la spiritualité.

A.P. : Faire de l’humanisme ne peut qu’être lié à la spiritualité. L’homme quel qu’il soit a une valeur d’homme, c’est ce qui compte dans un geste à accomplir. On ne peut pas amener à la spiritualité une personne qui n’en ressent pas le besoin. Par contre, on peut lui donner ce dont il a besoin pour vivre. Ce n’est pas forcément de la spiritualité.

S.D. : Si vous le permettez, je voudrais que l’on revienne à ce numéro 130 qui est le 1 er numéro de votre prise en main de la revue. C’est un numéro très important puisque vous avez donné la parole à plusieurs Grands Maîtres. Je lis dans le tout premier numéro :

« La Franc-maçonnerie est un Ordre universel et intemporel. Elle unit à travers l’espace et le temps, les hommes de bonne volonté de tous lieux et de toutes les époques. Gens de toute condition, de toutes origines, de toute confession ou sans confession qui conjuguent leurs efforts en vue de la construction du Temple, idéal de la vérité, de la justice et de la concorde. Plus qu’une Institution, la Franc-maçonnerie est une méthode traditionnelle d’accès à la connaissance, et par la connaissance d’initiation à la liberté. C’est la vraie liberté, celle de la conscience. La vraie vérité, celle de la conscience ne se conquière pas de haute lutte et par la révolte. Elle s’acquière par le travail et se conserve par la persévérance. - je vais à la conclusion de l’article du Grand Maître - La Grande Loge de France dédie ses cahiers, donc le 1 er numéro, qui préfigure P.V.I. à tous les initiés et à tous les initiables ; à tous les hommes libres et à tous ceux qui veulent le devenir, puissent-ils les aider ou les engager dans la voie de la recherche qui est celle de la vérité, dans la voie intérieure qui est celle de la découverte, dans le voie de la connaissance qui est celle de la liberté, dans la voie de la raison qui est celle de l’amour ».

Alain Pozarnik, cet éditorial de Richard Dupuy aurait-t-il finalement pu trouver sa place dans l’éditorial du n° 130 ?

A.P. : Oui. L’Homme n’a pas changé. Il aurait pu trouver sa place dans une lecture égyptienne. Il aurait pu trouver sa place chez les romains. Il aurait pu trouver sa place aujourd’hui. L’homme est toujours le même, c’est un animal qui est né et qui se demande pourquoi ? quelles sont ses qualités et comment devenir un homme véritable ? Eh bien, il faut lire Points de Vue Initiatiques pour comprendre ces questions et comment y répondre.

S.D. : Dans ce numéro 130, un grand nombre de Grands Maîtres se sont exprimés ; que peut-on retirer finalement de toutes ces prises de position ?

A.P. : Je crois que ce que l’on peut retirer c’est que chacun a sa vision, chacun a son expérience, chacun a sa vie, et c’est dans la multiplicité que nous accueillons, que nous pouvons grandir nous-mêmes.

J.B .  : Tout à l’heure, vous me demandiez quels étaient mes lecteurs ? Ce sont tous ceux que vous avez cités dans votre éditorial.

S.D. : Je crois sincèrement que ce sont de bonnes lectures.

Maintenant que Points de Vue Initiatiques prend une direction, non pas nouvelle, puisque c’est la continuité, en agissant d’une manière un peu différente. Ce numéro 130 donne la parole aux Grands Maîtres, quels sont vos projets ? Quelle est votre ligne d’action pour vos numéros à venir ?

A.P. : Nos projets sont simples. Il faudrait demander cela à notre Directeur de la Rédaction, José Barthomeuf, mais nos projets sont de donner à chaque fois aux lecteurs, une possibilité de réflexion. Les textes que nous publions sont des prétextes à réfléchir soi-même sur soi-même.

On étudiera l’initiation. On étudiera peut-être même l’histoire de l’initiation. On étudiera l’histoire de la Grande Loge de France. On étudiera comment écouter, comment travailler, qu’est-ce qu’est la conscience etc. mais ce sont toujours des prétextes qui nous renvoient à nous-mêmes pour nous sentir et avoir conscience de ce que nous sommes. Nos textes ne sont pas des dogmes.

J.B. : Nous voulons absolument être proches de nos lecteurs, c’est-à-dire que nous ne voulons pas être un cénacle de savants qui produisent leurs recherches, le fruit de leurs recherches, mais être à l’écoute de nos lecteurs, recevoir des suggestions et répondre à leurs attentes et aux questions qu’ils se posent.

S.D. : Je vous remercie José Barthomeuf et Alain Pozarnik pour ces explications sur Points de Vue Initiatiques, revue de La Grande Loge de France que je vous engage à lire. Vous la trouverez aussi dans les librairies spécialisées.

 

Nos conférences publiques sont filmées.

Vous pouvez retrouver les interventions de Monique Castillo, André Combes, André Comte-Sponville, Roger Dachez, Régis Debray, Luc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Eric de Montgolfier, Pascal Picq, Gérard Rabinovitch, et bien d’autres…

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