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Accueil Radio Year 2003 Emission du 17 Août 2003

Emission du 17 Août 2003

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Bernard Platon,
Serge Dekramer,
Marc Henry, notre candide
Alain Pozarnik, notre invité.

Bernard Platon : Alain Pozarnik est notre invité à cette émission. Alain Pozarnik que vous connaissez tous bien, mes chers auditeurs, est écrivain. Après avoir eu une vie professionnelle dans l’industrie, il est l’auteur bien connu d’un nombre important de livres, dont je vais lui laisser la charge de citer les plus importants.

Alain Pozarnik : Les plus reconnus sont : « Mystères et actions du rituel d’ouverture en loge maçonnique », « A la lumière de l’acacia ou du profane à la maîtrise », « La voûte sacrée ou de la maîtrise à la perfection », « Le secret de la rose ou de la perfection à l’amour » et enfin « Les francs-maçons architectes de l’avenir, tradition et modernité ».

B.P. : Ce sont des livres de référence très apprécies d’une part par les francs-maçons qui y trouvent des sources d’inspiration, et d’autre part par les profanes car c’est une manière de prendre « connaissance » d’un monde très particulier celui de l’initiation dont on dit dans le Journal de la Grande Loge de France : l’initiation ce long et difficile chemin de réalité.
Aujourd’hui, nous vous recevons, Alain Pozarnik, pour votre dernier livre qui s’intitule « L’Agir et l’Être Initiatiques : chemin du sens de la vie » édité chez Dervy. Ce livre, très foisonnant d’un certain nombre d’approches de la vie et de l’initiation, est, comme le disent beaucoup de nos amis, du Pozarnik
C’est une reconnaissance et cela veut dire que vous avez une personnalité d’écrivain franc-maçon qui dit avec simplicité et profondeur ce qu’il a expérimenté du chemin initiatique.
La première question que je voudrais vous poser est tirée du chapitre 6. Vous y parlez de l’accomplissement du devoir, qu’est-ce que le devoir a à faire avec un chemin initiatique ?

A.P. : Vous commencez presque par la fin !
Parler d’initiatique, c’est parler d’un chemin de transformation, d’un chemin de rencontre avec soi-même, d’un chemin qui nous amène vers l’Être intérieur, vers ce que nous sommes profondément d’essentiel et qui nous appelle, qui veut vivre, qui nous appelle tout le temps sous une forme ou une autre, qui nous appelle vers l’amour, qui nous appelle vers la perfection, qui nous appelle vers la justice, qui nous appelle aussi vers le devoir.
La question sous-jacente est : pourquoi avons-nous ce sens du devoir ? D’où vient ce sens, cet appel au devoir qui ferait de nous des hommes vrais et pas simplement les mammifères ordinaires que nous sommes en suivant nos pulsions élémentaires ?
Travailler le devoir, qu’est-ce que cela veut dire ? Au début du chemin de notre vie, le devoir est quelque chose de péjoratif, parce que nous aspirons à la liberté et que nous avons l’impression que les devoirs font partis des obligations familiales ou sociales. Mais en fait, nous plier volontairement à des obligations nous amène, petit à petit, à prendre l’habitude de maîtriser nos pulsions ou de maîtriser ce que nous n’aimons pas et qui nous permet de vivre en société. Apprendre le devoir, c’est apprendre l’architecturation d’un ordre universel et y avoir sa place.
Puis, petit à petit, à force d’efforts conscients, nous passons non plus au devoir imposé, mais à l’écoute de l’Être qui est en relation avec l’univers et c’est l’Être lui-même qui nous dit le Devoir à accomplir pour être juste. Il y a donc un va et vient entre ce que nous faisons, ce que nous sommes et ce que nous deviendrons.

B.P. : Souvent en maçonnerie, on parle de droits, en particulier des droits de l’homme, et là vous renversez la vapeur, vous renversez la proposition. Avant d’avoir des droits, on a des devoirs.
Vous prenez l’affaire au sens philosophique, initiatique du terme et non pas au sens politique du terme.
Il est dit, je crois, que dans notre histoire, les gens n’avaient, au début, que des devoirs, c’est-à-dire qu’ils devaient obéir au Seigneur qui imposait, par la puissance, le travail aux autres.

A.P. : Oui, cela est, comme vous le dites, le sens politique. Mais en franc-maçonnerie, pour le progrès de l’humanité, c’est le sens initiatique qui nous intéresse parce qu’il peut conduire à l’éveil des consciences. Pour notre travail, nous ne nous attachons jamais exclusivement au sens ordinaire des mots, sinon, nous resterions ordinaires. Chaque mot a un sens ordinaire, et derrière il faut trouver le sens initiatique personnel. C’est là où nous commençons à comprendre ce que contient comme méthode un rituel. On peut le prendre au niveau du langage banal ordinaire ou on peut le prendre au niveau d’un enseignement initiatique, celui-là même qui permet notre humanisation.

B.P. : C’est-à-dire qu’on peut s’intéresser au sens ordinaire des droits mais en étant passé d’abord par les preuves, les filtres de la critique initiatique, à ce moment là on peut trouver de bonnes solutions pour le monde de l’extérieur.

Serge Dekramer : Alors, justement votre livre est clair par rapport à votre démarche puisque vous partez de ce que vous appelez l’action insatisfaisante de l’homme « profane » pour arriver à l’action juste de l’initié. Je voudrais vous poser une question précise. Dans le déroulement de votre ouvrage vous parlez du travail. Vous dites « Gloire au travail », ce qui est important pour nous maçons. Mais travail est un mot ordinaire, qu’est-ce que vous entendez par travail initiatique ?

A.P. : Le travail initiatique est multiple et il varie en fonction de notre chemin et des circonstances de la vie. D’abord le travail initiatique c’est l’effort que nous faisons pour nous connaître. C’est un effort de vigilance. Le premier des travails initiatiques c’est de nous connaître, pas tel que nous imaginons être mais tel que nous sommes réellement. C’est un travail que nous ne faisons jamais : savoir ce que je suis avec tous mes mécanismes.
Il y a aussi un travail qui est un retournement de l’attention. C’est un des plus grands travaux que nous puissions apprendre à faire parce qu’habituellement nous sommes toujours projetés vers l’extérieur. Avoir une double attention vers l’intérieur et vers l’extérieur est un travail d’expert.
Après le travail de connaissance de soi, il y a celui de connaissance du monde, celui de connaissance de notre comportement dans le monde. Le travail initiatique n’est pas quelque chose de frivole, l’initiation n’est pas un plaisir romantique, c’est vraiment un travail qui demande des efforts, de la constance, du temps mais aussi de l’humilité.

S.D. : Ne pourrait-on pas dire que ce travail sur soi peut être généré - sans vouloir apporter une opposition à vos propos - peut être généré précisément tout d’abord par la connaissance de l’extérieur et des autres ? Est-ce que ce n’est pas parce qu’on accepte l’autre de manière évidente, que l’on essaye de connaître l’autre, que l’on peut se connaître soi-même !

A.P. : Cela est vraiment une proposition purement intellectuelle parce que en fait, nous ne connaissons jamais l’autre. Nous le filtrons à travers notre regard, à travers ce que nous sommes, nous l’interprétons en fonction de nos déformations intellectuelles ou affectives. Il est utopique de prétendre connaître l’autre.
Il faut déjà savoir quels sont nos filtres déformants pour pouvoir découvrir réellement qui est l’autre, ce qu’il y a en lui d’apparent et ce qu’il y a en lui de profond. La première des choses c’est de nous rencontrer, de nous rencontrer extérieurement, de nous rencontrer intérieurement, de rencontrer notre Être, ce que nous sommes, et après nous pourrons, peut-être, rencontrer l’autre dans son apparence et dans sa profondeur.

B.P. : Pour être un petit moins sérieux, mais j’ai envie d’être très sérieux au fond, est-ce que je peux me permettre de vous poser une question un peu provocatrice : nous avons un Frère, dans l’histoire, qui s’appelle Jacomo Casanova. Il avait lancé dans un de ces livres, dans ses mémoires, que la maçonnerie, qu’il a pratiquée très fidèlement tout au long de sa vie, tous les mythes autour de ses talents et de sa séduction, ne sont pas le fond du vrai personnage. C’est un très bon écrivain en particulier mais il parlait, à propos de la maçonnerie, et je reprends un des adjectifs que vous avez utilisé tout à l’heure « frivole », il appelait cela les sublimes frivolités, qu’est-ce que cela vous évoque ?

A.P. : Les sublimes frivolités, c’est de vivre la vie telle qu’elle est avec tout ce qu’elle nous offre de délicieux, les passions, les parfums, les couleurs, les goûts. Quel bonheur de goûter une délicieuse framboise, de goûter l’air du matin, le velouté d’une rose, le parfum d’une peau, la tiédeur ou la chaleur du soleil. Tout cela pour être apprécié demande de la disponibilité, de l’attention. C’est frivole dans le sens où cela excite seulement nos sens mais si cela nourrit en même temps notre Être intérieur alors c’est toute l’expression de la grandeur de la création dont nous disposons pour croître, embellir et porter à maturité notre humanitude...

S.D. : C’est-à-dire vivre dans la réalité en ayant toujours la tête dans les étoiles !

A.P. : Je préfère dire que la réalité est aussi dans les étoiles. Le sens de la création c’est qu’elle est entièrement à notre disposition pour nous permettre d’évoluer vers notre humanisation dans les responsabilités quotidiennes.

Marc Henry : Il y a une phrase que j’ai trouvée paradoxale, Alain Pozarnik, dans votre ouvrage, elle est en quatrième de couverture, où il est écrit, peut-être n’est-elle pas de votre plume cette quatrième de couverture, en tout cas il est écrit : « L’Agir et l’Être Initiatiques » (c’est le titre de votre livre) est une clé : « aux lecteurs de la tourner pour éveiller leur Être d’amour et de justice », autrement dit : Est-ce qu’on peut se priver de l’initiation en lisant un bon livre ?

A.P. : Oui on peut se priver de l’initiation. L’initiation est quelque chose que l’on fait soi-même par un effort d’attention et de conscience. Le livre permet de diriger cet effort sur des points précis auxquels d’habitude on ne fait pas attention, mais on peut très bien survoler un livre par curiosité intellectuelle, ne pas se sentir concerné et dans ce cas on se prive de son apport initiatique. Un apport initiatique ne dit pas ce que l’on doit ou peut penser, il n’a rien à voir avec un dogme à mémoriser, il permet d’être conscient.
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté que nous pratiquons à la Grande Loge de France est une méthode d’éveil, à nous de la pratiquer ou de demeurer ordinaire. C’est bien pour cela qu’il est dit en quatrième de couverture qu’il faut tourner nous-mêmes la clé. Quelles que soient les idées exprimées, on peut être intellectuellement pour ou on peut être contre, mais ce qui compte c’est l’expérience, c’est ce que l’idée éveille en nous, c’est par elle que nous allons à la recherche de ce que nous sommes d’essentiel en nous-mêmes, chacun individuellement, unique et libre.
Ce que nous décelons alors en nous peut rejoindre les autres, c’est à nous de découvrir cette Loi. Peut-être peut-on rejoindre justement les autres par notre profondeur, d’une profondeur à une autre profondeur, mais c’est à nous de faire l’effort, le travail. L’initiation ne dit jamais ce qu’il est juste de penser, il n’y a pas de bonne pensée ou de mauvaise pensée, il y a un Être à retrouver dans notre profondeur. L’Être que nous sommes.

S.D. : Il y a un danger quand même, c’est celui d’aller vers un égocentrisme forcené !

A.P. : Ce danger là, il faut le comprendre dans un ordre initiatique c’est-à-dire dans un cheminement et il faut le comprendre dans un travail d’expérience de soi-même.
Dans ce cas-là, on ne va pas vers l’égocentrisme car plus on va à l’intérieur de soi plus on rencontre la souffrance des autres, et plus on rencontre la souffrance des autres et plus on s’élargit. Alors on s’ouvre complètement aux autres. La peur de l’égocentrisme est un prétexte à ne pas entreprendre un travail initiatique ou est la preuve qu’on ne l’a pas encore sérieusement entrepris !
C’est vrai qu’intellectuellement cette crainte peut troubler, mais nous ne sommes pas dans un ordre intellectuel avec des savoirs et des supputations, nous sommes dans un ordre d’expérimentation. Parfois des personnes me disent : « oui, mais alors, si je pratique l’initiation je vais perdre mon ego qui est ma personnalité et dont j’ai besoin pour vivre dans la société ». Fantasme ! C’est la preuve qu’ils n’ont jamais essayé, quand ils auront essayé, ils me diront si on peut perdre son ego. Personnellement je n’ai jamais rencontré cette perte excessive...sauf chez quelques grands sages, mais nous n’en sommes pas là.

B.P. : Je me demande d’une certaine manière, souvent, quand il y a déviance ou quand il y a transgression, du modèle initiatique, c’est l’ego qui enfle.
C’est possible, on le disait le mois dernier sur cette même émission avec François Bénétin, où on parlait de ce dérapage éventuel, parce que, c’est vrai que le modèle maçonnique, quand il n’est pas « pratiqué » avec autant de rigueur peut éventuellement se retourner.
On manie des énergies, j’allais dire, énormes. On ne s’en rend pas compte et il faut être en conformité avec ce modèle, il faut y apporter beaucoup d’humilité, beaucoup d’altérité, le sens de l’autre et ainsi quand il fonctionne, il finit par vous nourrir sans que l’on s’en rende compte, on suit une pente, on l’a dit l’autre jour, qui monte et on finit par être étonné du rayonnement que les uns ou les autres on peut avoir sur le monde.

A.P. : Comment peut-on dire ou penser qu’on se nourrit sans s’en rendre compte ? Tout l’art initiatique consiste à avoir conscience. Nous ne sommes jamais assez finement conscient.

M.H. : Oui, justement. Alain Pozarnik, vous écrivez dans votre ouvrage : « l’Être est cette présence en chacun d’entre nous qui nous communique un désir très profond de sagesse, de paix et de vertu. Il nous appelle à un monde de grandeur humaine plus présente et nous insuffle le désir d’amour », est-ce que c’est vrai pour tous les hommes ou seulement pour les initiés ?

A.P. : C’est vrai pour tous les hommes, ou tout au moins pour ceux qui savent écouter et entendre la forme de vie de leur Être qui par son expression fait d’eux des Hommes véritables.
Maintenant, beaucoup ne veulent pas entendre parce qu’ils sont pris par les formes extérieures, par les plaisirs, par les habitudes, par les mesquineries et ils n’ont pas du tout envie de faire ce travail dont nous parlions tout à l’heure, qui est un véritable effort d’humanisation et de conscience de l’inconnu.
Tout à l’heure Bernard Platon me parlait des dangers des déviances. En fait dans tous les ordres initiatiques, il y a un Maître, un Maître qui veille sur les disciples pour éviter les déviances. Chez nous, en maçonnerie, il n’y a pas de disciples mais des apprentis et il y a aussi un Maître. Ce Maître n’est pas les maîtres qui siègent dans les temples, le véritable Maître en maçonnerie c’est le Rite Ecossais Ancien et Accepté.
C’est le Rite qui sait à quel niveau il prend en charge un Apprenti, à quel niveau il va prendre un Compagnon, un Maître...etc, etc. En 33 étapes le Rite définit le chemin initiatique et transmet la forme du travail à effectuer par les Rituels. Les paroles du Rite sont les Rituels. A chaque fois que l’on se pose une question sur le chemin initiatique, c’est dans les rituels que l’on peut trouver la réponse. Si l’on veut travailler sérieusement, il faut pratiquer ce que nous demande de faire le Rituel. Maintenant il est vrai que l’on peut simplement venir écouter sans rien faire et dire : « je suis franc-maçon », mais dans ce cas là toutes les déviances profanes sont possibles et aucun progrès n’est envisageable. Participer à une cérémonie d’initiation ne fait pas de nous un initié.

B.P. : Cela veut dire de manière allégorique, comme on le disait le mois dernier avec François Bénétin que le maître est le pion des dieux !

A.P. : Les Maîtres maçons ne sont que des apprentis-maîtres. Quand nous avons subi une cérémonie d’initiation, nous ne sommes pas devenu par enchantement des apprentis, nous avons simplement acquis les éléments nécessaires pour devenir des Apprentis, nous sommes des apprentis-Apprentis.
Quand nous « subissons » la cérémonie pour devenir Compagnon, nous ne sommes pas Compagnon en sortant de la cérémonie, nous avons reçu des éléments qui vont nous permettre de travailler pour devenir Compagnon, nous sommes donc des Compagnons en devenir, autrement dit des apprentis-Compagnons. Pour les Maîtres c’est la même chose, au soir de la cérémonie nous sommes des apprentis-Maîtres... pour toute notre vie. Nous allons peut-être un jour, devenir Maître, mais le véritable Maître qui nous guide c’est bien le Rite Ecossais Ancien et Accepté et ses rituels.

S.D. : Le véritable maître c’est aussi celui qui sait être enseigné...

A.P. : Cela fait partie de tout notre chemin. Tout ce qui se trouve dans un temple : les frères, les obligations, les décors, les rituels, les formes traditionnelles, les fraternités, les oppositions... tout ce qui s’y trouve sous quelque forme que ce soit, nous enseigne. Pour la méthode initiatique, tout ce que nous rencontrons nous renvoie à nous-mêmes, à nos oppositions ou à nos approbations. Mais, si nous ne le rapportons pas à nous-mêmes, si nous critiquons de manière profane, cela ne sert strictement à rien.

B.P. : Ne pas introduire le profane dans le sacré. Dans « L’Agir et l’Être initiatiques », votre livre sur le chemin du sens de la vie, il y a deux chapitres que je relève. Tout à l’heure j’ai attaqué « sur une question qui était presque sur la fin », là je vais encore aller plus fort, vous avez deux chapitres, l’un qui est devenir Chevalier de Justice, et l’autre au chapitre 8, l’action juste de l’initié.
Chevalier de Justice, c’est un mot très fort. Chevalier, c’est fort, Justice c’est fort. Y aurait-il des actions qui ne sont pas justes pour un initié ?

A.P. : Initié c’est être en chemin, c’est commencer, donc celui qui est en chemin peut ne pas encore avoir des actions justes. Mais, s’il est vraiment un Initié, dans le sens où nous l’entendons, celui qui est un sage, un connaissant, alors il a des actions justes qui peuvent paraître « fou ». Justement dans l’émission du mois dernier, vous parliez du fou et du sage, eh bien un initié peut avoir des actions qui semblent « fou » vu de l’extérieur, alors que c’est sagesse que d’agir comme cela. Il y a donc une compréhension très difficile de la sagesse qui est liée à la conscience.

B.P. : Comme on l’a dit, à différentes reprises sur ces ondes, à la question « êtes-vous francs-maçons ? » la réponse est : « Mes frères me reconnaissent comme tels ».
On ne peut pas être juge de sa propre initiation, de son propre chemin, c’est le miroir des autres, qui peut rendre témoignage de cela, donc c’est le témoignage des frères, bien entendu, et des soeurs lorsqu’il s’agit d’obédiences féminines ou mixtes, mais aussi sa famille, c’est aussi les amis, c’est tout ce qui est autour de soi.
Cela veut donc dire que d’une certaine manière, c’est un peu la conclusion générale, que l’on peut apporter à votre livre, à l’un de vos livres, c’est qu’en fait c’est les autres qui ont l’appréciation de votre degré de rayonnement, donc de votre luminosité...

S.D. : Ce qui relie l’altérité, l’altérité à la connaissance de soi.

A.P. : Oui. Je dirai, oui et non. Tout dépend où on se trouve. Au début on n’a pas d’humilité, on n’a pas de perception objective et on a besoin de savoir que c’est les autres qui vont reconnaître nos qualités, les vraies pas celles que l’on croit posséder. L’imagination fait que l’on ne sait pas encore se voir et on s’attribue les qualités qui nous font le plus défaut. Mais d’un autre coté, les autres ne sont capables de voir quelqu’un que s’ils sont au même niveau. Quelqu’un qui serait d’un niveau supérieur échappe à leurs références et ils sont incapables de le juger.
Par ailleurs, à un moment de notre chemin, le véritable Maître c’est le maître intérieur. C’est lui qui est exigeant, c’est par lui que nous devenons libre des autres et pouvons encore mieux les aimer. C’est-à-dire que c’est notre Être intérieur qui se dresse, qui commence à vivre, et c’est lui qui nous impose nos devoirs, notre justice. C’est notre humanité, notre humanitude qui se met en mouvement et qui fait que nous pouvons commencer à vivre avec les qualités que nous n’avions pas. Ainsi, au début nous accusions les autres de nos manquements, maintenant nous souffrons de nos propres faiblesses. Nous avons, petit à petit, appris à voir le monde et à savoir comment agir dans le monde avec le plus de justesse possible, le plus d’amour possible, là où cela est réalisable. Nous devenons responsables.

B.P. : Là, il y a une sorte de paradoxe.
Tout à l’heure vous aviez l’air de « fonder » dans notre discussion, le monde de l’extérieur et le monde de l’initiatique, ou de l’initiation or là, vous êtes pris en « flagrant délit » de contradiction, parce que vous venez de prendre parti, cela veut donc dire que l’initiation n’a de sens que si elle peut s’appliquer dans le monde de l’extérieur.
Il y a, semble-t-il, dans toutes les avanies du monde que nous voyons ici ou là, des paradoxes et des contradictions. On est peut-être plus au courant que l’on ne l’a jamais été mais il y a encore des choses à faire.
Cela voudrait donc dire que la maçonnerie par l’intermédiaire, par le vecteur de ses adeptes, des francs-maçons et des franc-maçonnes devrait pouvoir apporter au monde quelque chose de différent, en tout cas par l’appréciation, par le regard qu’ils portent sur les événements, sur les situations, et surtout sur les situations d’injustice !

A.P. : Oui, indéniablement. Ce sont les francs-maçons, ou tout au moins les initiés, qu’ils soient maçons ou d’une autre origine, qui peuvent agir dans le monde pour le changer. Ce qui compte c’est la façon de regarder le monde, de le voir et surtout d’être capable d’agir. Avec les vieilles visions, les vielles mentalités ont ne peut que créer du vieux. Nous sommes le résultat de vielles visions interchangeables conçues par des hommes mécaniques et égoïstes. Si la conscience change, si la vision change, l’action va changer et peut devenir plus juste. L’initiation influence la conscience mais aussi la capacité à agir en conformité avec cette nouvelle conscience.
Dans la méthode d’enseignement ordinaire on cherche à développer des idées, qui peuvent tout naturellement s’opposer à d’autres idées mais on ne travaille pas la capacité de « faire », d’agir. Finalement on veut toujours remplacer l’enfer des autres par son enfer pour les autres.

B.P. : Il faut avoir un autre regard...

A.P. : Il faut avoir un autre regard et une action mue par l’intelligence du coeur.

M.H. : Une dernière question peut-être. Sur le sous-titre de l’ouvrage « chemin du sens de la vie », le chemin étant bien entendu, j’imagine, celui de l’initiation, pour ceux qui ont la chance d’être initiés. Que peut-on penser du sens de la vie, de ceux qui n’ont pas le chemin ?

A.P. : La vie est le chemin. Il n’y a pas de chemin autre que celui de la vie et tous les gens vivent. Le monde est merveilleusement fait pour permettre à toute vie d’éveiller sa conscience humaine.
On se plaint des malheurs de notre monde, mais si j’osais, je dirai que le « Créateur » a fait un monde merveilleux où nos souffrances, nos plaisirs, notre désir de nous améliorer, nos peurs, tout, absolument tout permet d’exprimer notre amour et notre compassion au lieu d’être des mendiants de l’amour. Nous pourrions toujours donner de l’amour au monde, alors c’est tout le chemin du sens de notre vie : apprendre à aimer.

S.D. : C’est aussi, quelque part, un cheminement vers l’espoir !

B.P. : Vous venez de parler de créateur, donc cela veut dire que vous avez une vision très très classique du Grand Architecte de l’Univers ? C’est votre droit.

A.P. : Je ne sais pas. Ce sujet mériterait toute une émission, mais j’ai souvent entendu dire que notre monde est si mauvais que Dieu a échoué dans sa création. Moi je trouve qu’au contraire si le sens de notre vie est d’apprendre à aimer envers et contre tout, alors il a parfaitement réussi.

B.P. : Eh bien mes chers auditeurs, je vous dis au mois prochain, je remercie notre ami Alain Pozarnik, dont je rappelle le titre du livre : « L’agir et l’Être Initiatiques, chemin du sens de la vie », édité chez Dervy.

 

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par Claude Roulet

Deuxième partie

Juste avant, à la fin de 1904 explose l’affaire des fiches. Cette affaire peut se résumer brièvement comme suit. Dès les années 1890, les jésuites ont pris en main l’enseignement des officiers et leur insufflent des idées conservatrices et pro catholiques.


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