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Accueil Radio Year 1999 Emission du mois d'Août 1999

Emission du mois d'Août 1999

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Mesdames,Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour

Au micro Bernard Platon, Serge Dekramer.

Bernard Platon : Vous le savez, chers auditeurs, les valeurs immatérielles de liberté, d’égalité et de fraternité sont précieuses au cœur des francs-maçons, en particulier aux francs-maçons de la Grande Loge de France. Elle en est leur devise. _ Elles représentent, ces valeurs, pour chacun d’entre nous au côté du triptyque républicain des valeurs susceptibles de nous aider à nous construire tout d’abord individuellement, à bâtir un monde de responsabilités matérielles et spirituelles, liberté d’agir, égalité des chances et toujours la surprenante fraternité qui nous appelle à respecter l’autre, à l’admettre et à le comprendre, à mettre en place les conditions favorables de la tolérance, la surpasser pour entrer dans une éthique de la délibération qui a fait l’objet d’une émission précédente, au mois d’avril.
Aujourd’hui, nous recevons Yves Bergman, membre de la Grande Loge de France, l’un des vingt-cinq mille frères qui la constitue. Il est venu échanger avec nous sur le thème de "Liberté intérieure, liberté parmi les autres". Pourquoi ce titre, Yves Bergman ?

Yves Bergman : Pour une raison simple : c’est que lorsque nous entrons en Franc-Maçonnerie, une de nos propres recherches est, bien entendu, de nous libérer nous-mêmes de nous-mêmes, de nous libérer de nos peurs, de nos craintes, de nos envies, de développer le désir que nous ressentons sans parfois le comprendre que on ne peut pas simplement subir sa vie, mais qu’il faut la maîtriser, qu’il faut mener en soi une recherche du sens de la vie et que ce sens ne peut pas passer sans traverser le regard des autres, sans écouter la parole des autres et que l’on est libre véritablement que quand on est libre avec les autres et au milieu des autres une fois qu’on a travaillé, bien entendu, sur soi-même.

B.P. : N’est-il pas irréaliste de penser que l’expression de la liberté individuelle que vous évoquez soit encore possible dans des mondes aussi structurés que le sont ceux de notre ère post-industrielle. En effet les contraintes de tous ordres, réglementaires, sociologiques, économiques, politiques ne restreignent-elles pas de facto le champ de notre liberté ?

Y.B. : Oui mais c’est naturel. La liberté, dans le fond, c’est la capacité à vivre par soi-même mais au milieu d’un champ de contraintes. Et c’est cela qui fait la liberté. C’est être capable de repérer un certain nombre de plots qui marquent le territoire que l’on partage avec les autres et il est bien de développer pour autant de faire émerger en soi une capacité d’être. C’est cela qui exerce notre esprit critique. On ne peut avoir d’esprit critique qu’à condition de pouvoir s’appuyer ou même se cogner contre des contraintes. C’est cela qui permet de développer en soi une richesse particulière de pensée et qui fait que l’on est une personne voire une personnalité plutôt qu’un individu. Et les contraintes n’ont jamais empêché la liberté et quelquefois certains disent d’ailleurs que les contraintes sont nécessaires à la liberté.

B.P. : L’épreuve est sûrement nécessaire pour arriver à dégager notre expression de liberté, sûrement.

Y.B. : Oui tout à fait. La franc-maçonnerie est un ordre initiatique au sein de la Grande Loge de France, et qui dit ordre dit ordonnancement. Mais pour autant cet ordonnancement est un ensemble de relations avec les autres francs-maçons dans un esprit de fraternité tel que tout en ayant "la contrainte" de se respecter les uns les autres , de respecter ses pensées, d’être tolérant vis-à-vis des convictions d’autrui , des paroles d’autrui, nous dégageons par une sorte de tranquillité tolérante et de travail sur soi nous dégageons notre propre liberté. Et en même temps, ce qui est intéressant, c’est quand nous parvenons à nous sentir véritablement libres dans nos pensées et dans nos actions, nous libérons les autres, nous libérons autrui parce que, à ce moment là, autrui ressent la puissance de la liberté.

Serge Dekramer : Cependant, lorsque l’on parle de contraintes est-ce que cela ne risque pas d’occulter, d’atténuer un peu la notion de libre arbitre, c’est à dire de libre choix. Il est vrai que c’est lorsque l’on a des choses à choisir que l’on peut faire preuve de sa personnalité. Est-ce que la contrainte n’est pas une contrainte pour le libre arbitre ?

Y.B. : C’est vrai en partie. Le choix c’est nécessairement mettre de côté un certain nombre d’éléments de façon à en faire émerger un soit pour soi-même, soit pour les autres, soit avec les autres. Ce libre choix en terme de franc-maçonnerie, c’est le libre choix partagé. On peut considérer que le libre choix pourrait être un égoïsme particulier. En franc-maçonnerie, on s’entraîne, en quelque sorte, mutuellement les uns les autres à avoir un libre choix partagé donc à développer un esprit critique et nous savons être ensemble ou mutuellement critique les uns vis à vis des autres, critique dans le sens juste du terme c’est à dire d’être à même de faire un échange de pensée, un partage de pensées, un partage d’idées, un partage de convictions, et puis nous avons le libre arbitre de choisir une partie de ces partages.

S.D. : Un sage du XIXème siècle disait, en substance, qu’il ne fallait pas trop souvent demander son chemin car on risquerait de ne pas se perdre. Alors est-ce que le fait de se tromper, le fait de commettre des erreurs, est-ce que vous pensez que c’est un élément important de l’épanouissement vers sa quête personnelle ?

Y.B. : Il est important de faire des erreurs. Ce qui est le plus important c’est d’en prendre conscience. La recherche en franc-maçonnerie, c’est la prise de conscience et c’est la prise de conscience de manière à faire émerger sa propre conscience. Cela ne peut pas se faire sur un terrain plat, tranquillement, en marchant toujours d’un pas égal. Quand on dit que nous cheminons sur un chemin qui a été tracé par nos prédécesseurs, en réalité, ce chemin qui a été tracé par nos prédécesseurs est derrière nous et nous entrons dans la jungle de nous-mêmes, en même temps dans la jungle des autres, simplement nous avançons dans un certain sens. Nous sommes convenus, en entrant en franc-maçonnerie, d’établir notre pensée, notre action, pour essayer le plus possible de se situer dans ce que l’on nomme aujourd’hui une éthique. Une éthique, c’est un but. C’est le but d’essayer de vivre, dans le fond, en esthétique de sagesse, de beauté, et de force en soi, c’est-à-dire de capacité d’être un véritable être humain et pas simplement un animal, ce que nous sommes pour partie. Dans ce cheminement il y a nécessairement des facilités, des difficultés et nécessairement des erreurs. On se trompe et en se trompant on apprend à moins se tromper ou on apprend aux autres qui peuvent vous regarder, vous critiquer qu’il y a des écueils que si on peut les éviter, tant mieux et que si on ne les évite pas on en fait son miel car la difficulté est une forme de miel aussi.

B.P. : On est un peu dans un monde idéal. N’y a-t-il pas une sorte de difficulté, une expression collective qui tendrait à une pensée unique conformément à ce qui se passe dans le monde que nous disons, nous maçons, profane, une sorte de pensée unique et d’aliénation de liberté individuelle ?

Y.B. : Ca c’est une vieille histoire qui court les rues et qui court les rues de la franc-maçonnerie ou de ce que nous appelons le monde profane, des non-francs-maçons. La franc-maçonnerie a une réputation qui n’a rien à voir avec sa réalité. Ce que nous défendons de manière tout à fait puissante, c’est surtout la pensée multiple. C’est exactement le contraire de la pensée unique. Vous le savez, nous sommes exactement à l’opposé des sectes. Les sectes, par principe, ont des dogmes c’est à dire des lois que tout le monde à l’intérieur d’une secte doit respecter parce qu’elle est dite par un gourou, par un maître à penser et que chacun doit se référer constamment à la parole d’un. Nous, nous allons dans une type de chemin puisque, au contraire, nous ouvrons au multiple et curieusement pour parvenir à l’unité mais pour parvenir à l’unité de nous-mêmes pour parvenir à ce que la totalité des éléments qui peuvent permettre de créer notre personnalité, mais notre personnalité en humanité. Le fait du sens, vous savez que le sens a, et pour cause un double sens, c’est celui de l’expression d’une valeur ou d’un certain nombre de valeurs et d’autre part celui d’une direction. Il est vrai quand nous étudions en franc-maçonnerie au sein de la Grande Loge de France, nous étudions avant tout l’esprit de tolérance, d’acceptation et de réflexion des pensées multiples de tous de façon à ce que nous parvenions à notre propre unité émergente en terme de qualité de respect de nous-mêmes. Il s’agit de nous accepter nous-mêmes mais en partageant un certain nombre de valeurs qui permettent à l’humanité de s’améliorer.

S.D. : Est-ce que, si je résume vos propos, est-ce que le maçon est un être en questionnement perpétuel , est-ce que le maçon est quelqu’un qui fait l’éloge du scepticisme, pour pouvoir avancer ?

Y.B. : Le franc-maçon est avant tout un esprit critique. Le franc-maçon, avant tout, est un être de questionnement. Le franc-maçon, avant tout, est un être qui n’admet pas les certitudes, qui peut avoir des convictions, ce qui est autre chose, mais qui refuse le principe de certitude. Nous sommes en questionnement constant et le vie est un questionnement constant. La vie c’est du mouvement, c’est du déplacement, c’est de l’étonnement, c’est du chaos créateur, et l’ordre qui provient de ce chaos est toujours un questionnement, est le résultat d’un questionnement. Mais à partir du moment où il existe, il repose lui-même son propre questionnement, il se remet lui-même en cause. L’ordre se remettant en cause se remet dans un système de bascule, de déplacement tel que l’on recrée le monde, mais on le recrée en essayant de l’améliorer constamment, de le purifier, de l’esthétiser. Nous sommes, je crois, avant tout des esthètes de la pensée et de l’action.

B.P. : En quelque sorte, le franc-maçon est anticonformiste et subversif sur le plan intellectuel. Mais qu’est-ce qui différencie initiatique proprement dite avec une approche strictement intellectuelle à savoir une approche qui se sert, en particulier, des sciences humaines ?

Y.B. : Ce qui différencie c’est que nous travaillons avant tout sur le sens, c’est-à-dire aussi sur toutes nos sensibilités. Ce qui nous différencie c’est que nous quittons le monde purement de l’intellectualisation des pensées pour les vivre et les ressentir. Ce qui est très important dans la vie, et surtout dans la vie d’aujourd’hui, c’est de faire vivre le corps en résonance, en harmonie avec l’esprit et faire vivre l’esprit en résonance et en harmonie avec le corps. Donc, nous travaillons constamment dans le monde du sensible donc tout à fait au-delà de l’intellectualisme, de l’intellectualisation nous essayons d’être vivants dans notre totalité d’être.

B.P. : Cela veut dire que pour devenir franc-maçon à la Grande Loge de France on n’est pas forcément obligé d’être un intellectuel ?

Y.B. : Surtout pas. Quand je dis surtout pas, pardon, cela m’a échappé ; cela m’a échappé parce que il faut bien sûr des intellectuels mais il faut aussi beaucoup de non-intellectuels, il faut beaucoup de frères qui nous apportent un ressenti direct de la vie. Oui, c’est cela, une très grande spontanéité ; mais cette spontanéité ne va pas dans tous les sens ; il ne s’agit pas qu’elle ne s’éparpille. Nous faisons en sorte tous ensemble de travailler notre propre introspection qui est la base initiatique, qui est de trouver notre propre source de valeurs, et en même temps nous partageons avec les autres. Et il est extrêmement important que puisse se situer au sein d’un Atelier, d'une Loge de la Grande Loge de France un véritable éclectisme de toutes les idées, de toutes les pensées, de toutes les sensations.

B.P. : Nous devons maintenant nous quitter. Je remercie Yves Bergman d’être venu. Le texte de l’émission sera reporté dans les colonnes de PVI (Points de Vues Initiatiques), la revue de la Grande Loge de France et qu’il sera disponible dans quelques jours sur le site de la Grande Loge de France www.gldf.org.

 

  • 28.05.15
    Pierre Brossolette entre au Panthéon Initié le 23 juin 1927 par la Loge Émile Zola de la Grande Loge de France, il y donnera sa dernière conférence sur le thème "La politique générale et la situation extérieure" le 22 juin 1939. Quelques semaines plus tard, il rejoint son régiment et sert avec bravoure dans l’armée française au grade de Capitaine jusqu’à l’armistice. Hostile au régime de Vichy et sous le coup des premières persécutions antimaçonniques, Pierre Brossolette entre dans la clandestinité et rejoint le « Groupe du Musée de l’Homme » qui réunit les rares militants de tous les partis opposés à l’occupant.
    En 1942, Brossolette est envoyé à  Londres afin d’y rencontrer le Général de Gaulle, qui le nomme commandant du BCRA. Arrêté en Bretagne, il est transféré au siège de la Gestapo, avenue Foch à Paris, le 19 mars 1944. Torturé pendant plus de deux jours, il profite de l’inattention de son gardien et se jette d’une fenêtre, du haut du quatrième étage. Sa volonté de ne pas trahir ses compagnons d’armes et son choix délibéré de se donner la mort font de lui un maître maçon accompli. Il restera pour nous un modèle, défenseur sans concession de la liberté et de l’honneur de la France. La Grande Loge de France  a une pensée particulière pour sa famille et elle tient une fois encore à lui témoigner sa gratitude pour nous avoir permis de donner son nom au Grand Temple de notre Hôtel de la rue Puteaux et d’avoir été à nos côtés lors de la cérémonie d’hommage le jour anniversaire de sa naissance, le 25 juin 2014, que nous lui avions consacrée. 
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    SAINT-LÔ La franc-maçonnerie en conférence Comme le Grand Orient de France, la Grande loge de France cherche à resserrer les liens avec le grand public. Son Grand maître Marc Henry sera à Saint-Lô mardi 12 mai pour une conférence.
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