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Accueil Radio Year 1999 Emission du mois de Juin 1999

Emission du mois de Juin 1999

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Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour.

Au micro Bernard Platon.
Serge Dekramer et moi-même recevons aujourd’hui Jean-Jacques Gabut, journaliste, Frère de la Grande Loge de France, qui appartient à notre Obédience depuis plusieurs décennies, ancien dignitaire de notre maison et responsable d’un certain nombre d’activités de celle-ci.
Il a une autorité reconnue, en particulier dans la région à laquelle il appartient, la région lyonnaise, dans laquelle il a eu une carrière remarquable de journaliste ; il fut responsable effectivement de journaux régionaux. Il est l’auteur par ailleurs d’un livre qui s’appelle "Le lyon magique et sacré" et il va sortir bientôt, en septembre, un livre qui s’intitule "La magie traditionnelle".
Il est aussi l’auteur d’un livre qu’il vient de sortir et qui est l’objet de notre discussion d’aujourd’hui "Eglises, religions et franc-maçonnerie" qui est édité chez De Borée et qui vient en quelque sorte éclairer les francs-maçons et les non francs-maçons sur l’histoire des relations de la franc-maçonnerie, de la religion , des religions, de l’Eglise et cette émission, me semble-t-il, vient juste à propos à la suite de celle que nous vous avons présentée le mois dernier, émission qui recevait le Père Jérôme Rousse-Lacordaire pour le livre "Rome et la franc-maçonnerie, histoire d’un conflit". Jean-Jacques Gabut, à la suite de cette présentation, qu’est-ce qui vous a pris de sortir un livre "Eglise, religions et franc-maçonnerie" ?

Jean-Jacques GABUT : C’est un problème qui me préoccupait depuis longtemps, étant moi-même croyant, non orthodoxe mais croyant quand même fondamentalement,. Je souhaitais étudier de plus près les relations entre l’Eglise et la Franc-Maçonnerie, particulièrement mon église, l’Eglise catholique, mais j’ai voulu aussi aborder les relations beaucoup moins conflictuelles qui ont existé avec les autres églises et j’ai donné à cet égard la parole aux hommes des trois confessions du Livre.

Bernard Platon : Comme nous le disions, le mois dernier, avec le père Rousse-Lacordaire, nous faisions part d’une sorte de lapsus qui avait eu lieu à la Grande Loge de France qui parlait de son livre en disant "Rome et le Franc-Maçonnerie, histoire d’un complot", lapsus révélateur, y a-t-il eu complot en quelque sorte des maçons ou de l’Eglise catholique et romaine ? Quelle est la vérité, très rapidement, sur les relations entre l’Eglise catholique romaine et la Franc-maçonnerie, en particulier avec la Grande Loge de France ?

J.J.G. : Il n’y a jamais eu de complot. Il y a eu conflit, à un moment donné, précis, de l’histoire de l’Eglise et de la Franc-Maçonnerie. Au XVIIIème siècle, il n’y avait aucun problème : prélats, prêtres, moines entraient très nombreux dans les Loges puisqu’on en a compté un peu plus de 2000 au long du XVIIIème siècle, ce qui par rapport au nombre de francs-maçons représentait une proportion très importante. Il y avait même des Loges composées entièrement de moines ou de religieux.

B.P. : Que s’est il passé ?

J.J.G. : Il y a eu, dès le XVIIIème siècle quand même, une défiance du Vatican vis-à-vis de la Franc-Maçonnerie pour des raisons essentiellement politiques et le révérend Père Ferret-Benemeli l’a parfaitement montré. Les raisons mises en avant, le secret, le serment qu’on prêtait sur la Bible, avaient déjà été évoquées par l’Eglise au temps des opératifs mais ce n’est pas le fond de l’affaire. Le fond de l’affaire, c’est un procès de Florence, le procès de Tomaso Crudelli, qui devait permettre au Vatican de reprendre son influence sur les tribunaux ecclésiastiques, sur les tribunaux d’une manière générale. Ces raisons politiques ont fait que les Papes ont successivement condamné, avec Clément XII d’abord en 1738, puis Benoît XIV et d’autres par la suite au XIXème siècle, ont condamné la Franc-Maçonnerie. Mais jusqu’au Concordat, comme je l’ai dit, beaucoup de prêtres, de chanoines, d’évêques étaient francs-maçons. C’est après le Concordat, l’Eglise gallicane ayant disparu dans les faits, que les choses ont commencé à se gâter. C’est surtout au XIXème siècle, à partir de la seconde moitié du XIXème siècle, après les déviations de la maçonnerie avec notamment les Carbonari, les Philadelphes, etc., que on est arrivé d’un côté, et toujours pour des raisons politiques, à une maçonnerie qui s’identifiait de plus en plus au pouvoir républicain et "progressiste" avec des guillemets, et une Eglise catholique qui s’identifiait, elle, de plus en plus au pouvoir conservateur. Alors, le combat a été réel, le conflit a éclaté.

S.D. : A côté des raisons politiques qui sont à l’origine de ce conflit, est ce que l’Eglise ne reprochait pas à la Franc-Maçonnerie de s’occuper un peu trop d’ésotérisme, c’est -à-dire de choses qui concernent l’Eglise, l’Eglise répugnant à ce que le grand public s’occupe de ces choses là, n’est-ce pas de manière sous-jacente ce reproche là que l’Eglise a fait à la maçonnerie ?

J.J.G. : L’ésotérisme a toujours fait peur aux Eglises constituées, je dirais, d’une façon générale. Aujourd’hui, dans le judaïsme on se méfie de la Kabbale, dans l’Islam on se méfie du soufisme, et au sein des églises chrétiennes on se méfiait de l’hermétisme, de l’ésotérisme, c’est certain. Mais, malgré tout, je crois, que les raisons essentielles sont des raisons de pouvoir et cela essentiellement. Quand deux forces spirituelles se mêlent des choses temporelles et veulent asseoir leur puissance et leur influence (ce qui a été fait et par l’église et par la Franc-Maçonnerie, je les renvoie là dos-à-dos) il est évident que la on commet une grave erreur et même un péché contre l’esprit.

S.D. : Est-ce qu’il n’y a pas un point à souligner : dans ses rapports avec la Maçonnerie, il semblerait que l’Eglise ait considéré qu’il y avait quelque part une bonne et une mauvaise maçonnerie ? Est-ce que l’Eglise ne reprochait-elle pas à la maçonnerie de ne pas être suffisamment chrétienne quelque part ?

J.J.G. : Ce reproche n’était évidemment pas valable au XVIIIème siècle. Il l’est devenu au XIXème siècle quand les maçons qui ont composé à l’époque le Grand Orient de France et secondairement le Suprême Conseil de France sont devenus de plus en plus des maçons anticléricaux, orientés politiquement. Il y a là une question de composition sociologique de la Franc-Maçonnerie qui est aussi une des raisons du conflit.

S.D. : Si on considère que la laïcité a été inventée il y a un siècle, si on considère la séparation de l’Eglise, des Eglises et l’Etat, où en est-on des rapports entre l’Eglise et la Maçonnerie alors même que la laïcité protège et les uns et les autres ?

J.J.G. : La laïcité, à condition de la prendre dans son sens strict de respect de toutes les religions et de séparation radicale de pouvoir temporel et de pouvoir spirituel, la laïcité n’est plus controversée, n’est plus objet de discussion par personne. Les chrétiens, eux-mêmes, reconnaissent le bien-fondé de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Je rappellerais d’ailleurs qu’un des fondateurs de la démocratie chrétienne, au XIXème siècle, Philippe Buchez était franc-maçon. Aujourd’hui, à mon avis, le combat ne se situe plus du tout sur ce terrain, il n’y a plus en vérité de conflit. C’est pourquoi le dialogue a pu s’établir, déjà avant-guerre, avec l’Eglise catholique parce qu’il n’avait jamais cessé avec les autres églises, il faut souligner ce point ; ce dialogue avait commencé avant-guerre notamment grâce à des hommes comme Albert Lantoine (Franc-Maçon) et le révérend Père Berthelot pour l’Eglise et il s’est poursuivi et amplifié après la fin de la guerre notamment après que chrétiens et maçons se soient retrouvés dans les camps de prisonniers, dans les camps de déportation, dans les maquis.

B.P. : Ce qui intéresse nos auditeurs, de manière ponctuelle et primaire, est-ce que les francs-maçons sont toujours excommuniés ? C’est toujours la question fondamentale ?

J.J.G. : Aujourd’hui, le canon 2335 qui réservait l’excommunication aux membres d’associations qui complotaient contre l’Eglise et notamment la Franc-Maçonnerie n’existe plus ; il a été supprimé depuis 1981 du nouveau code du Droit Canon.

B.P. : Est-ce qu’il y a des frères maçons qui dans certaines Obédiences pourraient être excommuniés et d’autres pas ? C’est un peu la question que posait Serge Dekramer, y a-t-il des bons et des mauvais maçons ?

J.J.G. : Il n’y a pas de distinctions ni de différences entre les diverses Obédiences maçonniques. Seules restent condamnées des Loges ou des associations qui comploteraient contre l’Eglise ; en dehors de cela, l’excommunication n’existe plus. Je sais que le cardinal Ratzinger a dit qu’il y avait une notion de péché grave mais cela dit le cardinal Ratzinger est en opposition totale avec son prédécesseur à la Sacrée Congrégation de la Foi, le cardinal Sepper. Tout le monde s’accorde à penser aujourd’hui que c’est le cardinal Sepper qui a raison. Un catholique peut aujourd’hui faire partie des Loges et recevoir les sacrements : toutes les personnes autorisées de l’Eglise de France l’affirment.

B.P. : Vous venez de faire la démonstration que des catholiques peuvent faire partie de la maçonnerie puisque, Jean-Jacques Gabut, vous l’avez dit tout à l’heure, vous êtes catholique, et vous avez fait un petit clin d’œoeil à l’orthodoxie, vous n’êtes pas un catholique orthodoxe, vous êtes un catholique, un catholique fervent, et vous faites partie de la Grande Loge de France. Nous n’allons pas avoir le temps de débattre de tout ce livre ; il fait 350 pages, il décrit plusieurs siècles de rapports de la maçonnerie, des Obédiences maçonniques avec l’église catholique et romaine, que ceci vient en complément du livre que je rappelais tout à l’heure le livre du père Rousse-Lacordaire qui s’intitule "Rome et les francs-maçons, histoire d’un conflit", que le livre dont nous parlons aujourd’hui c’est "Eglises, religions et franc-maçonnerie" édité chez De Borée qui a pour auteur Jean-Jacques Gabut, frère de la Grande Loge de France. Je dirais d’une certaine manière que dans tous ces rapports le monde n’a jamais vraiment changé, que actuellement les événements que nous voyons autour de nous ont pour essence et en responsabilité des malentendus, que nous vivons des problèmes de pouvoir, les pouvoirs individuels, les pouvoirs des institutions. Je crois qu’actuellement la Grande Loge de France n’a aucun désir de pouvoir à quelque niveau que ce soit, qu’elle a simplement une volonté de rassembler ce qui est épars, comme le disait il y a deux mois je crois, un de nos frères Sam Kernbeiser et que réunir ce qui est épars, c’est à dire vivre en harmonie avec son prochain. Je crois que ce message est contenu dans le livre de Jean-Jacques Gabut que je vous invite à lire car c’est un bon livre. Il est bon pour les profanes comme nous disons, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas francs-maçons et aussi pour les francs-maçons de la Grande Loge de France ou de toute Obédience particulière.

 

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