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Accueil Radio Year 1998 Emission du mois d'Octobre 1998

Emission du mois d'Octobre 1998

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Madame, Mademoiselle, Monsieur, bonjour,

Lorsqu’un profane s’intéresse à la Maçonnerie, les premières questions qu’il pointe, touchent essentiellement à l’origine de notre Ordre, ainsi qu’au type de travail qui est demandé ou proposé dans ses groupes.

Et puis, la découverte ou la connaissance plus ou moins précise de l’existence de différentes obédiences, l’amène peu à peu à questionner sur leurs particularités éventuelles. Il en arrive alors à s’interroger plus clairement sur ses propres attentes et son désir de les mettre en adéquation avec ces spécificités.

Nous voudrions donc aujourd’hui faire ce premier parcours avec vous.

Patrick Lartaut : Tout d’abord, quelles sont les origines de la Maçonnerie spéculative ?

Bernard Marante : Il faut chercher ces origines chez les Maçons opératifs, constructeurs des cathédrales. En effet, des nobles, intéressés par la forme de travail opératif mais aussi intellectuel qui régnait sur les chantiers de cathédrales, eurent la volonté de rejoindre ces bâtisseurs, qui les acceptèrent ; c’est là que nous trouvons nos origines.

Alors naquirent les Maçons spéculatifs et les associations représentatives appelées "Obédiences". Les 6 premières crées furent :
le Grand Orient de France en 1773 
Le rite "Memphis Misraïm" en 1813 
Le Droit Humain (mixte) en 1893 
La Grande Loge de France en 1894

B.P. : Je vais vous couper mais en réalité l’actuelle Grande Loge de France est fondée le 7 novembre 1894. En fait elle est, elle-même, issue des premières loges parisiennes de 1728, peut-être de 1726. La première Grande Loge de France est, en fait, fondée en 1738.

B.M : Nous avons ensuite ;
  La Grande Loge Nationale Française en 1913
  La Grande Loge Féminine de France en 1945.

Aujourd’hui pour le profane intéressé pour rentrer en FM. se pose la question de savoir quelle obédience choisir. Il est important pour lui de savoir que chacune d’elles a ses spécificités et ses originalités, privilégiant telle ou telle partie de la recherche en classant les priorités dans un ordre différent.

Mais dans toutes ces obédiences, nous trouverons comme raisons d’être essentielles :

  • tout d’abord, le symbolisme de l’outil du maçon opératif, il s’agit là du moyen avec lequel nous nous formons ;
  • puis, l’humanisme et l’engagement, en particulier la manière dont le maçon doit "poursuivre au-dehors l’œuvre commencée dans le Temple" ;
  • et bien sûr la spiritualité.

La Franc-Maçonnerie nous apprend aussi à relativiser le Temps, et elle nous apprend à ne pas nous arrêter à la première difficulté rencontrée. Un maçon est un homme ou une femme qui connaît le Travail et le respecte.

P.L. : Oui, mais qu’est-ce qui différencie alors les différente obédiences ?

B.M : La Franc-Maçonnerie est initiatique. Elle offre à ses membres, à travers des rituels ancestraux, des méthodes de perfectionnement, et ce sont ces méthodes qui différent selon les Obédiences.

P.L. : Quelles sont les deux obédiences les plus représentées en France, sur un plan numérique ?

B.M : Le Grand Orient de France qui est une fédération de rites. Les ateliers sont autonomes, mais ils doivent tous les ans travailler sur des questions obligatoires émises par l’assemblée générale annuelle appelée "Convent". Cette obédience s’interroge sur la cité de demain, s’exprimant ainsi sur le plan de l’horizontalité. Elle s’extériorise grâce au rayonnement de ses membres, mais aussi avec des communiqués de presse, des manifestations. Elle admet des membres ouvertement athées.

La Grande Loge de France, quant à elle est une fédération de loges travaillant essentiellement au rite écossais ancien et accepté. Cette obédience s’extériorise peu et s’engage peu dans gestion de la cité. L’initiation des Frères privilégie la verticalité. Munis d’un enseignement symbolique, ces frères, agiront au-dehors, dévoués et discrets, au sein d’associations caritatives par exemple.

P.L. : Pour résumer, comment un profane peut-il alors choisir une obédience ?

B.M : Un profane peut donc choisir une obédience en fonction de sa sensibilité et de ses objectifs. A la Grande Loge de France, les temples ne bruissent pas des rumeurs de la rue. Chez nous, l’équilibre entre la réflexion et l’action est toujours recherché et respecté. Le maçon de la Grande Loge de France essaye en permanence de se connaître et de s’améliorer, ce qui l’oblige à se remettre en cause ; c’est un homme qui admet et pratique le doute ; il doute, non de son frère, mais de lui-même. Le doute peut lui permettre de progresser et de parfaire la construction de son "temple intérieur", afin de mieux rayonner.

Au Grand Orient de France, le prolongement du travail effectué à l’intérieur du temple a souvent un report beaucoup plus immédiat à l’intérieur de la cité.

P.L. : Mais alors comment le Maçon de la Grande Loge de France considère-t-il le travail maçonnique, à partir de ce principe qui consiste d’abord à "Construire son temple intérieur" : que signifie-t-il. par quels moyens y parvenir ?

B.M : Cela induit l’idée que, tout comme un Maçon opératif a la capacité de réunir des matériaux, de les travailler et de les empiler avec plus ou moins d’adresse ou d’harmonie, le Maçon spéculatif a le devoir de chercher en lui les matériaux qui forment sa personnalité, et qui sont stockés dans "le Moi, le Surmoi et le ça". Riche de l’inventaire qu’il aura tenté d’établir, il sera à même d’essayer de se construire avec harmonie, sachant que l’objectif est d’aboutir à ce que ces trois éléments - moi, Surmoi et ça- vivent en lui avec le moins de conflits possibles et en harmonie.

P.L. : Mais est-ce le but unique de la Maçonnerie ?

B.M : Bien évidemment, non.

L’une des traces les plus connues de cette recherche est inscrite sur le fronton du Temple de Delphes, qui répète inlassablement au visiteur depuis près de vingt-cinq siècles cette même quête : "connais-toi toi même et tu connaîtras l’univers et les dieux".

Se connaître, c’est appréhender ses diverses composantes pour pouvoir les admettre, ce qui n’est pas le plus facile ; et enfin, riche de la connaissance de soi avancer comme le disent les Maçons "dans les voies de la sagesse et de la connaissance". J’ai cité en premier lieu cet exemple appartenant à l’antiquité grecque, j’aurais également pu me référer à certaines religions qui concourent à un même but, ou à la psychanalyse, dont l’objectif est le même.

P.L. : Bien, mais alors, la Franc-Maçonnerie n’est qu’une école comme toutes les autres ?

B.M : Je ne pense pas, car ce qui la singularise, c’est cette méthode initiatique basée et ponctuée par la remise progressive au néophyte puis à l’initié des outils du Maçon opératif. Ils seront pour le Maçon spéculatif des outils symboliques pour la construction de son être. C’est cette méthode qui nous est vraiment originale et que je résumerai par cette formule "comment un Maçon spéculatif peut-il construire son être avec l’aide des outils du Maçon opératif ?" ; c’est peut-être là qu’existe un pont extraordinaire entre Compagnonnage et Maçonnerie, sachant que les 2 ont pour objectif le développement de l’Art Royal, appliqué à la main ou à l’esprit, c’est-à-dire à l’homme.

P.L. : Pour quelles raisons l’homme doit-il se construire ?

B.M : Pour développer sa conscience individuelle, mais aussi la conscience collective.

P.L. : Peut-on dire : une fois que le Maçon a construit son Temple intérieur que son parcours est achevé ?

B.M : Non, bien sûr ; et c’est là que commence la deuxième étape du Maçon de la Grande Loge de France, à savoir qu’il a une vocation humaniste et qu’à partir de l’instant où il s’est construit, riche de ses matériaux et de sa philosophie maçonnique, il pourra chercher à faire vivre l’une des phrases essentielles de notre rituel : "continuer au-dehors l’œuvre commencée dans le Temple".

P.L. : Que cela induit-il ?

B.M : l’attitude du maçon qui est à la fois :

  • humaniste, 
    spiritualiste, ce qui ne veut pas dire "religieux", 
    et conscient que tout être doit être construit autour de repères et de valeurs qui émanent aussi des vrais valeurs de la république : liberté-égalité-fraternité :
  • Liberté, dans l’apprentissage du respect de l’autre qui est différent ;
  • Egalité, et non égalitarisme ;
  • Fraternité, c’est-à-dire échange.
  • Quant à la tolérance, elle n’est pas pour nous, synonyme de laxisme.

P.L. : Avant les valeurs de notre devise, avait été évoquée, la notion de spiritualité ; cette question me semble d’autant plus importante, car si, par rapport à la notion d’humanisme, les FF de toutes les obédiences partagent des idées assez proches, il n’en est peut-être pas de même en ce qui concerne la spiritualité.

Et tout d’abord, comment définir la spiritualité ?

B.M : Je dirais que la spiritualité, c’est ce qui mène l’homme vers le divin ; divin que je définis, non pas par Dieu mais par "extase" ; c’est l’instant où l’âme est en vibration.

A mon sens, le divin se place sur l’axe vertical, à la différence de l’intelligence ou intellect que je place sur le plan horizontal.

Nous sommes donc là en présence des deux outils de notre maçon opératif nécessaires pour la construction : le niveau et le fil à plomb. Voilà une illustration de notre symbolisme.

Pour revenir à la spiritualité particulièrement chère à la Grande Loge de France, elle a pour but de faire vibrer notre être, aussi bien sur le plan du sacré qui transcende, que sur le plan de la tradition ou action de transmettre, à la recherche de l’espace et du temps, et cela aussi bien dans nos temples que dans des lieux où l’homme a cherché, et cherche, à se mettre en relation avec le divin.

Alors, que Dieu soit, ou que Dieu soit la plus belle invention de l’homme, peu importe ce que croit le futur initié ou l’initié, dans la mesure où il accepte le concept de Grand Architecte de l’Univers et le serment prêté sur nos trois grandes Lumières : Bible, compas et équerre.

Je précise enfin qu’au rite écossais ancien et accepté, la Bible durant nos travaux, est ouverte à l’Evangile de Jean. Rappelons que le Prologue traite de la séparation de la Lumière et des Ténèbres, que nous pouvons aussi définir très simplement par "recherche de la vérité".

P.L. : Quels sont les critères pour prétendre frapper à la porte de la GLDF ?

B.M : Etre libre et de bonnes mœurs, égal ami du riche ou du pauvre s’ils sont vertueux ; accepter de travailler et considérer comme Frères des hommes de toutes races et de toutes religions ; être à la recherche de la vérité ; accepter de se remettre en question et en cause par une méthode d’introspection ; être tolérant, humaniste, et vouloir s’engager dans une quête spirituelle par le chemin initiatique ; enfin s’engager à être présent à au moins 2 réunions par mois pour travailler en Loge avec ses Frères.

P.L. : Enfin, où se situe le Maçon que vous êtes ?

B.M : Le maçon de la Grande Loge de France travaille dans l’intemporalité, mais aussi dans la modernité. Si je devais en donner un seul exemple à nos auditeurs, je l’inviterais à nous retrouver sur INTERNET ; notre adresse étant : www.gldf.org.

Voilà de éléments de base qui peuvent éclairer l’auditeur qui nous écoute aujourd’hui et souhaite rejoindre notre société, qui est d’ailleurs plus discrète que secrète ; mais de cela, je pense que nous pourrons en parler lors d’une prochaine émission.

Alors si ces propos vous vont droit au cœur, ou s’ils vous posent question, n’hésitez pas à nous rejoindre sur le Web ou à nous écrire : Grande Loge de France, 8 rue Puteaux 75017 Paris.

 

Nos conférences publiques sont filmées.

Vous pouvez retrouver les interventions de Monique Castillo, André Combes, André Comte-Sponville, Roger Dachez, Régis Debray, Luc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Eric de Montgolfier, Pascal Picq, Gérard Rabinovitch, et bien d’autres…

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