Jean-Claude Bousquet, Alain Bauer et Jean-Michel Balling
Au micro, Bernard Platon, Serge Dekramer,
Bernard Platon : Coïncidence, clin d’œil de la providence, clin d’œil du Grand Architecte de l’Univers, choix du hasard, il se trouve qu’aujourd’hui, ce matin, nous sommes à la première Pâques du siècle, à la première Pâques du nouveau millénaire.
Aujourd’hui c’est pour un grand nombre d’entre nous, une occasion de rencontre familiale, un rappel culturel de notre histoire, l’expression (sous nos latitudes tempérées) de l’explosion de la nature et de la vie. Et puis c’est aussi le temps des vacances, qui pousse toute personne responsable - et les francs-maçons se veulent des êtres responsables — à se dresser, s’élever contre toutes les barbaries du monde, contre toutes atteintes à la dignité humaine, qu’elles soient individuelles ou collectives.
Je rappelle que le 19 mai 2001 cinq grandes obédiences maçonniques françaises organisent un colloque public sur la Dignité humaine.
Tous les maçons et maçonnes de France ont voulu, par cette manifestation, se mobiliser sur le thème "La dignité humaine, un droit inaliénable".
C’est la première fois depuis longtemps que toutes les obédiences maçonniques françaises vont travailler ensemble pour apporter chacune leur contribution à une réflexion sur un thème humaniste que toutes elles jugent essentiel : la Dignité humaine, un droit inaliénable Le but de ce grand rassemblement est double.
D’une part créer un véritable dialogue lors de tables rondes dont Jean-Michel Balling vous entretiendra dans un instant. Des tables rondes auxquelles participeront des personnalités du monde maçonnique et de tous les horizons de la philosophie, de la science et de la vie sociale qui exposeront leurs choix. D’autre part exprimer le désir d’aller à la rencontre de toutes les personnes concernées par le sujet et qui partagent, elles aussi, la volonté de faire avancer la défense des valeurs et des droits de la personne humaine.
S.D : En février dernier étaient réunis autour de ce micro quatre grandes obédiences la Grande Loge de France, le Droit Humain, la Grande Loge Féminine de France, la GLTSO pour parler du Colloque du 19 mai sur la dignité humaine.
Aujourd’hui, à côté du Grand Maître de la Grande Loge de France, Jean-Claude Bousquet et de Jean-Michel Balling, Premier Grand Maître adjoint de la Grande Loge de France, nous avons la chance d’avoir avec nous le Grand Maître du Grand Orient de France Alain Bauer qui n’a pas pu être présent lors de notre émission de février. Nous le recevons aujourd’hui avec un grand, très grand plaisir.
Jean-Claude Bousquet : La dernière fois, vous avez eu l’occasion de nous parler assez longuement de ce Colloque, pouvez-vous nous redire les raisons essentielles qui vous ont animé dans ce projet ? .
JCB : Pour aller à l’essentiel et le dire en peu de mots, on peut considérer qu’il est important pour la Franc-Maçonnerie en général et pour la Franc-Maçonnerie française en particulier, d’entrer dans le 21ème siècle et le troisième millénaire. Je sais bien qu’il ne faut pas se laisser impressionner par des dates qui sont toujours arbitraires ; (Elles ne sont que des créations humaines), mais il n’en reste pas moins que certains chiffres incitent plus que d’autres à la réflexion.
Ils constituent des points de repère. qui font prendre conscience d’une évolution et par là-même, l’accélèrent probablement. L’occasion était donc belle pour nous de profiter de cette année 2001 pour une grande rencontre.
D’où ce Colloque, qui aura en plus l’intérêt, très important à nos yeux, de réunir les principales obédiences françaises que vous venez de citer. Ainsi nous montrerons au public que la maçonnerie française, tout en conservant pour chaque obédience une identité et une spécificité, veille quand même à travailler ensemble et qu’elles y parviennent parfaitement.
Je pense que ce sera du même coup, la meilleure façon de répondre à certaines allégations, à certaines attaques de ceux qui prétendent nous enfermer dans un soi-disant secret maçonnique qui ne nous concerne pas du tout - je le répète une nouvelle fois. Ce colloque sera l’occasion d’aller vers le public, de montrer comment nous travaillons, quels peuvent être nos résultats et quelles sont nos méthodes.
S.D. : Alain Bauer ! Vous qui présidez la première obédience maçonnique française, puisque vous comptez je crois à peu près 44.000 membres, si je ne me trompe, vous vous êtes impliqué de manière efficace dans ce projet ; pouvez-vous nous dire vous aussi quelles sont les motivations qui vous ont amené à participer à cette aventure ?
Alain Bauer : Je commence par une rectification, 43.300 environ, mais je ne suis pas sûr que la quantité fasse systématiquement la qualité. Nous avons avec la Grande Loge de France une histoire commune et je ne crois pas qu’elle se soit faite sur le nombre de maçons, mais sur leur implication.
L’initiative de la Grande Loge nous a paru être un événement majeur d’abord parce que c’était une initiative plurielle. Elle a été ouverte à toutes les grandes obédiences maçonniques françaises, en tout cas celles qui se retrouvent dans la réalité de ce qui est la pratique maçonnique : ouverture d’esprit, liberté de conscience, pluralité de rites et rituels ; et ensuite, parce qu’elle abordait un problème essentiel qui est celui de la dignité humaine considérée à travers toutes ses dimensions. La dignité humaine, il y a quelques siècles, s’était tout simplement le droit de vivre ;,un point. c’est tout. Cela a été ensuite le droit de manger, puis le droit à la paix, puis le droit à la propriété, puis le droit d’avoir des droits, de devenir non plus un serf ou un sujet, mais un citoyen, et je crois que cette évolution du concept et des concepts de la dignité était de nature à montrer l’implication des maçons, parce qu’à tout moment, dès que la maçonnerie a commencé à se structurer et à intervenir, elle l’a fait au nom de l’évolution positive de ce droit à la dignité.
B.P : Jean-Claude Bousquet ! Notre ami Alain Bauer vient de définir d’une manière claire, j’allais dire transparente et très lucidement, sa propre vision de la maçonnerie. Chacun aborde le sommet de la montagne par le versant qui lui est propre.
Maintenant, je voudrais que nous parlions de spiritualité ; une spiritualité que nous partageons d’ailleurs avec nos frères du Grand Orient, il faut le rappeler.
Il ne faudrait pas séparer les choses en disant, par exemple :, le Grand Orient, ce serait seulement les affaires de la Cité, comme on l’entend dire parfois dans une simplification abusive, et que la Grande Loge de France, ce serait l’affaire de l’esprit et de la spiritualité. Je crois que les choses sont plus riches que cela et, peut-être, qu’elles sont finalement beaucoup plus simples que cela..
J.C.B. : Elles sont, en effet, à la fois plus simples et plus compliquées parce qu’à la base de toute démarche maçonnique il y a un binôme : " humanisme " - " spiritualité ". Je ne pense pas que l’on puisse définir une démarche maçonnique qui ne repose pas avant tout sur cette dualité. Je pense qu’il peut, certes, y avoir une approche qui place au premier plan l’humanisme et à travers cet humanisme arriver à la spiritualité. .On peut aussi placer au premier plan la spiritualité et considérer que c’est elle qui donne son sens à l’humanisme. A partir de là, les deux démarches se rapprochent bien entendu, mais elles n’en restent pas moins différentes. J’ai souvent eu l’occasion de le dire et nous sommes tous d’accord là-dessus. C’est la richesse de la maçonnerie française ; car tout montre que la France est une culture de la diversité. Quant on a voulu réduire la pensée française à un dualisme, par exemple en politique, on n’est jamais parvenu à le faire. Les Français tiennent à cette diversité culturelle, à cette diversité de pensée qui est pour eux, non pas un appauvrissement, mais au contraire un enrichissement.
B.P. : Les uns prennent la porte de la République, les autres la porte de Saint-Jean. Alain Bauer que pensez-vous de cette approche ?
A.B. : A titre personnel je la partage depuis longtemps. Je crois que l’uniformité serait la fin de la maçonnerie ; la maçonnerie c’est la pluralité. Et puis, je regrette toujours que nos intégristes, que ce soit même nos propres intégristes qui pensent que nous serions enfermés dans une loge où il n’y aurait q’un plafond alors qu’il n’y a qu’une voûte étoilée, aussi bien que ceux qui voudraient que l’on ne s’occupe que des affaires de la cité comme si la loge s’arrêtait au parvis, tous ces intégristes sont à mon avis dans l’erreur. Ils ne comprennent pas quelle est la dimension réelle de la création maçonnique.
Quand nos amis anglais ont créé la maçonnerie spéculative en 1717 en interdisant le débat sur la religion ils ont fait un acte politique majeur :un acte politique, parce que dans la loge, le logos , le verbe libre, c’est l’espace de la liberté de penser contre tous les intégrismes et tous les tabous. Il y faut donc marcher à la fois autour d’une démarche initiatique personnelle où l’on vit soi-même sa maçonnerie, sa propre révélation, sa propre évolution, et où l’on a une dimension intime et particulière. Le seul secret maçonnique est d’ailleurs peut-être celui-là : le moment où l’on change de nature parce qu’on choisit la voie de l’initiation et ensuite parce qu’un maçon ne peut pas être égoïste, parce qu’il répand au dehors du temple les vérités qu’il a acquises, parce que la lumière qui éclaire le temple doit rayonner sur tout l’univers, parce que les mots qui servent à ouvrir et fermer des travaux ne sont pas que des mots, ils désignent l’essentiel de la pratique maçonnique. Il faut qu’il y ait une dimension sociale et citoyenne, chacun à son degré, avec ses différences. Il y a une liberté de choix dans la maçonnerie française qui fait sa richesse et l’erreur serait de vouloir uniformiser. Les maçonneries qui ont choisi cette uniformité sont en train de mourir, les nôtres sont en train de se régénérer, et, je crois, de régénérer la société. C’est ce qui fait toute la richesse de la démarche voulue notamment à l’occasion de ce colloque.
B.P. : Nos auditeurs vont avoir bien faim et soif de partager nos travaux du 19 mai 2001 au Palais des Congrès. Jean-Michel Balling, vous êtes le " maître d’œuvre " de cette opération. Racontez nous comment cela va se passer et qu’elles sont globalement les personnalités qui vont intervenir.
Jean-Michel Balling : Dans le prolongement de ce que vient de dire Alain Bauer, la maçonnerie est plurielle, mais ce qui est sa caractéristique essentielle c’est un centre de l’union qui réunit ce qui est épars et, dès lors, le colloque se propose de faire débattre en public des membres du monde maçonnique avec des personnalités venues d’horizons divers, de la philosophie, de la science, de la vie sociale. Chacune présentera son choix personnel.. Le colloque va se subdiviser en quatre grandes parties. Dans un premier temps, les Grands Maîtres analyseront le concept de dignité qui sera défini dans sa dimension spirituelle, socio-économique et citoyenne et tenteront de répondre à des questions telles que : Y a-t-il de nouveaux droits et devoirs pour que la société évolue en dignité aussi bien qu’elle évolue en modernité.
Nous passerons ensuite à trois sujets. Pourquoi trois ? La dignité est un sujet immense. Nous devions choisir. Nous avons pris "dignité humaine, santé et bio-éthique" pour tenter de répondre à la question : dans quelle mesure la dignité humaine est-elle présente et peut-elle être préservée dans le courant des avancées scientifiques ? Et comment l’évolution des idées concernant la personne humaine peut-elle être prise en compte ?
Nous verrons ensuite "éducation, civisme et dignité". Il s’agit de trois concepts qui préparent l’avenir des êtres humains. Ils sont souvent évoqués, mais leur mise en œuvre n’est pas des mieux partagée pour permettre à tout un chacun de vivre dans la dignité qui lui est due. Qu’elles sont donc les moyens, les leviers, les catalyseurs et les espoirs qui garantissent la dignité.
Enfin un dernier sujet important aujourd’hui "mondialisation, économie, justice" . La mondialisation assure-elle ipso facto l’équité et la dignité ? A contrario, le développement durable serait-il garant d’une meilleure prise en compte de cette dignité ?
B.P. : Jean-Michel Balling, merci. ! Là encore vous nous avez donné faim et soif.
Je voudrais demander encore à Alain Bauer qu’il nous fasse un commentaire sur cette approche. En effet les sujets qui sont ainsi définis sont des sujets très " tendance ". Je me demande, sur le dernier sujet, en particulier sur la mondialisation, qui est une sorte de violence générale que tout le monde subit, je me demande si le monde est suffisamment conscient.
N’y a-t-il pas actuellement des manœuvres puissantes dans le monde des affaires, dans le monde de la finance, une finance qui, à mon avis, pèse d’un poids considérable sur les épaules de ceux que nous nommions il y a quelques instants des citoyens, et plus, simplement des êtres humains. La maçonnerie a une vision, je crois, universaliste. Quelle est votre réflexion sur cette question ?
A.B. : La mondialisation c’est comme le " radium ", ça a ses bons et ses mauvais côtés.
Ceux de notre génération sont les premiers dans l’histoire à être mondialisés. Or la maçonnerie a été universelle dès sa création. Elle reconnaît les maçons d’où qu’ils viennent et de quelques pays qu’ils viennent, quelles que soient leurs origines ethniques.
Notre chaîne d’union, par laquelle nous concluons nos travaux, le précise de manière claire, parce que nous considérons que l’initiation où qu’elle ait eu lieu, dès lors qu’elle se fait par une transmission de véritables valeurs, vaut dès le départ autorisation d’entrer dans les loges. D’ailleurs le mot de maçon était, dès l’origine le signe de reconnaissance qui avait valeur universelle partout.
Donc je ne pense pas que la mondialisation ait systématiquement un aspect négatif. Quand vous créez une imprimerie par exemple c’est un acte de commerce, de globalisation, et de mondialisation, et pourtant cela permet la liberté, la libération des esprits, la transmission des écritures. Créer des écritures, c’est créer le doute, et qui crée le doute crée la liberté.
Je crois donc qu’il faut être attentif à ces questions.
Montrer les mauvaises dimensions des excès de la mondialisation, notamment de l’absence de contrôle et d’équilibre dans le pouvoir du " tout économique " et du " tout spéculatif ", puisque l’on est aujourd’hui plus dans la création de bulles financières que d’investissements productifs. Il faut donc, parce que nous sommes maçons, éviter de hurler avec les loups, mais simplement prendre le temps de l’analyse, dire ce qui est et se donner un environnement rationnel en s’écoutant les uns les autres, en évitant de nous interrompre, bref en appliquant à nous-mêmes les règles maçonniques, pour que la société se les applique elle-même et considère qu’il faut aller au fond des choses.
B.P. : Clair !
Jean-Claude Bousquet ?
J.C. B. : Je dirais que le thème de la Dignité humaine résume parfaitement tout ce que nous avons dit au cours de ces minutes. La dignité humaine est dans le prolongement des droits de l’homme. Elle n’est pas en opposition ; il ne pourrait pas en être question, mais elle va à plusieurs égards plus loin que les droits de l’homme. D’abord parce que les droits de l’homme c’est une revendication. C’est une revendication de droits alors que la dignité humaine c’est plutôt l’affirmation d’une appartenance.
De l’appartenance à l’humanité et par conséquent de tout ce qui nous rapproche, qui fait que nous faisons tous partie d’une même catégorie. Et en même temps la dignité humaine c’est quelque chose qui va tout à fait au fond de la nature humaine car il s’agit de savoir pourquoi existe cette dignité humaine. Ce qui fait de chaque Homme un être totalement unique, totalement particulier, différent des autres et qui justifie ce respect.
Eh bien ! par là, il me semble que nous sommes à la fois dans une démarche de société et dans une démarche initiatique. Je crois qu’on peut dire ainsi que la maçonnerie spéculative est véritablement un trait d’union entre une tradition initiatique ancestrale et un humanisme qui porte la marque de la modernité. C’est ce qu’il faudra que nous nous efforcions de démontrer au cours de ce colloque.
B.P. : Merci Jean-Claude Bousquet., merci Alain Bauer.
Je rappelle à nos auditeurs que le 19 mai prochain - je le répète au moins pour la quatrième fois - au Palais des Congrès à la Porte Maillot à Paris, XVII° arrondissement, se tiendra un Colloque sur "La Dignité humaine, un droit inaliénable" qui rassemblera les obédiences maçonniques françaises..
Les inscriptions peuvent être retirées, à la Grande Loge de France, 8, rue Puteaux Paris XVIII° arrondissement ou sur le "net" This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it .
Par ailleurs vient de sortir un livre "Mieux connaître la Grande Loge de France" dont je dirai juste deux mots. C’est un livre remarquable avec des photos extraordinaires ; c’est véritablement une essence de notre Musée Maçonnique : " Mieux connaître la Grande Loge de France" " est publié par les Editions Ivoire-Clair.







Radio


