Dignité, droit de vivre, droit à la vie.
Conférence du Docteur Gilbert Schulsinger du 21 avril 2002
En l’espace de quarante ans, les progrès de la biologie ont été considérables. Les découvertes spectaculaires de la génétique ont ouvert des perspectives jusqu’alors impensables.
Mais à côté des possibilités immenses qui s’ouvrent ainsi dans le domaine de la santé, des aspects négatifs apparaissent qui peuvent conduire à altérer gravement l’individualité, les droits et la dignité de la personne humaine.
La science, par les problèmes qu’elle pose, doit prendre aujourd’hui une dimension éthique. Elle s’inscrit plus que jamais dans son histoire au cœur d’un véritable débat de société.
Le progrès scientifique doit obéir à une finalité éthique. Sans cette avance parallèle, on ne saurait envisager avec optimisme l’avenir de l’humanité.
La personne humaine est donc aujourd’hui la référence majeure de la bioéthique. Elle a été l’objet depuis la nuit des temps de mille et une interprétation de la part des théologiens et des philosophes. La personne, c’est l’individu, c’est l’être humain, homme ou femme, quelques soient ses caractéristiques ethniques ou sociales, avec le droit au respect, toute personne étant existentiellement respectable. C’est cette dignité qui fonde la personne. Kant précise : « les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi ». Et c’est sur cette définition qu’il formulera son impératif catégorique : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne queque dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen. »
D’où découle un second principe : aucune théorie, aucune action ne peut être considérée, si les idées qui l’inspirent et les conséquences qui en découlent ne peuvent être appliquées à la communauté humaine toute entière. Ainsi tout ce qui peut s’appliquer à l’homme grâce au progrès médical n’est légitime qu’en vertu de ces deux principes.
On comprend qu’à partir de là, parler de la dignité de la personne humaine, c’est ouvrir le débat sur l’éthique de responsabilité. Etre responsable, c’est décider, c’est faire des choix en toute connaissance de cause. L’intolérance génère nécessairement des fanatismes et face à la génétique, les fantasmes ne manquent pas. La génétique fait peur :
-Peur de toucher à la nature des êtres et des choses,
-Peur d’un pouvoir scientifique qui pourrait fonder un nouvel impérialisme économique et accroître la domination des pays riches sur les pays pauvres.
Car le génie génétique semble en effet actualiser les rêves de l’apprenti sorcier :
Celui qui connaît le mystère de la vie,
Celui qui prédit l’avenir,
Celui qui transforme les êtres
Et peut-être demain – le mythe des mythes- celui qui crée la vie…
Un gène correspond à un facteur de détermination biologique, dont l’expression et la signification fonctionnelle dépendent souvent de l’influence des autres gènes et de l’environnement lui-même imprévisible à long terme. La personne humaine est par conséquent inéluctible à cet élément de son corps, le génome. Cela dit, même si la possibilité de prédire reste limitée, le pouvoir de la génétique reste comme on va le voir important.
(l’intégralité de cette conférence est disponible auprès de la Commission des droits de l’Homme et du citoyen)









