Pessac
Contre les déviances
«Gérard Benichou préside un groupe de réflexion sur l'éthique, vous organisez ce soir un colloque ouvert au public (1) sur le thème « Entreprise et éthique ». Peut-on concilier l'économique et l'éthique ? Et vous présidez le groupe de travail Grethique Aquitaine de la Grande Loge de France. Quel est le rapport ?
L'association présente des propositions pour retrouver l'éthique dans le monde économique.
GB :En 2008, à Paris, nous avons été un certain nombre à beaucoup travailler sur la bioéthique ou la loi Léonetti concernant la fin de vie. Mais concernant la crise morale et spirituelle sans précédent que vit le monde occidental, nous avons pensé mener une réflexion sur un mode décentralisé et inter obédientiel. C'est ainsi que la commission se réunit tous les mois à Bordeaux et accueille des frères de la Grande Loge et du Grand Orient, mais aussi des sœurs du Droit humain et de la Grande Loge féminine.
De quels constats partez-vous ?
GB: Notre siècle est marqué par la fin des valeurs morales traditionnelles, qui ne jouent plus leur rôle de régulation. À cela s'ajoute l'imposture des élites politiques et économiques dans leurs attitudes et les dérives liées au culte de l'argent. Enfin, les entreprises internationales poursuivent de leur côté des buts contraires à l'intérêt général (corruption, prédation des ressources). Les États ne pouvant intervenir, il en résulte une déviance éthique majeure, la perte du respect de la valeur travail. Et les opinions publiques commencent par percevoir ces déviances comme injustes et insupportables.
Cela vous paraît-il dangereux ?
GB: Tout à fait, car faute de solutions crédibles, c'est la porte ouverte aux démagogies ou aux extrêmes qui peuvent conduire à la dictature, à la pauvreté, voire, comme dans le passé, à des conflits entre nations.
De quelles démarches vous inspirez-vous ?
GB: Nous voulons agir au mieux en nous gardant de deux écueils. Obtenir immédiatement l'idéal. Confondre ce qu'il convient de faire avec faire le bien qui peut être compris dans un sens moralisant ou dans un sens économique.
Mais comment ne pas confondre morale et éthique ?
GB: La conscience morale est notre guide intérieur qui nous oriente dans notre recherche d'une conduite éthique, par opposition à la morale qui, elle, vient de l'extérieur par l'éducation ou la contrainte sociale.
Quelles sont vos propositions ?
GB: Un énorme effort en matière d'éducation. La mise en place d'un tribunal pénal économique international qui sanctionnerait les déviances. L'instauration d'une taxe pour décourager les spéculations financières. L'encouragement de comportements éthiques.
Recueilli par Hélène Rouquette-Valeins







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