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Accueil Rundfunk Jahr 2008 Emission de février 2008 - 17/02/08

Emission de février 2008 - 17/02/08

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Invité : le Grand Maître de la GLDF

Dimanche 17 février 2008 :
Divers aspects de la pensée contemporaine
« La Grande Loge de France »

Pour écouter l'émission cliquer sur le triangle : 

Au micro : Marc Henry, Grande Loge de France.
Bonjour à toutes et à tous.
Nous avons le plaisir de recevoir aujourd’hui Alain Graesel, Grand Maître de la Grande Loge de France.

Marc Henry : La première question que j’ai envie de vous poser c’est : comment va la Grande Loge de France, en cette deuxième année de grande maîtrise ?
Alain Graesel : La Grande Loge de France se porte très bien. Nous sommes au nombre de 780 Loges, en comptant celles de l’hexagone mais également celles des territoires d’outre-atlantique, Caraïbes : La Guyane, Guadeloupe, Martinique, l’Océan Indien : La Réunion, Île Maurice mais également La Nouvelle Calédonie, ce qui fait un ensemble de 28 000 Frères.
Notre progression annuelle est de 1500 à 1800 en nombre d’initiations, c’est-à-dire de nouveaux entrants. C’est un chiffre qui est, je crois, significatif et j’ai le sentiment que de ce point de vue-là tout marche très bien pour nous.

M.H. : Comment la Grande Loge de France se distingue, à vos yeux, parmi les autres Obédiences françaises ?
A.G. : Vous faites allusion, je pense, à ce qui caractérise spécifiquement notre démarche. Nous faisons référence au Rite qui est le nôtre, le Rite Écossais Ancien et Accepté – je précise qu’il existe plusieurs Rites en maçonnerie –  notre Rite est un Rite très symboliste qui se réfère aux origines traditionnelles de la maçonnerie. Nous nous caractérisons comme une Obédience à la fois engagée dans des valeurs humanistes et ouvrant sur une démarche spirituelle.
Très brièvement, l’humanisme c’est quoi ?
C’est une prise de position qui vise à mettre l’être humain dans sa dimension universelle – au sens majuscule en quelque sorte – et les être humains au sens particulier que nous sommes tous, vous, moi, au centre de leur projet de construction. Considérant que ces êtres humains ont une dignité et que cette dignité fait d’eux une source de sens et de valeurs.
Nous ne sommes pas les inventeurs de l’humanisme, c’est évident. L’humanisme on le trouve déjà chez les Grecs par exemple les stoïciens, il existe également un humanisme chrétien, il y a celui de la Renaissance, il y a celui du XVIIIe siècle. Nous nous inspirons d’un humanisme qui est en quelque sorte un composé de ces différentes influences et qui nous porte à défendre ces valeurs, je le redis : dignité de l’être humain, quelles que soient ses origines ethniques, culturelles, ses croyances religieuses ou philosophiques et puis le respect non négociable de ces êtres humains. L’ensemble peut être décliné, je pense que nous n’aurons pas le temps de le faire mais voilà ce qui concerne les valeurs.
Quant à la démarche spirituelle, elle se caractérise par la volonté de construire du sens à sa vie. Nous considérons que la construction du sens de la vie ne s’épuise pas dans la seule démarche de l’intelligence rationnelle, celle de la science par exemple ou de la philosophie qui se caractérisent l’une et l’autre par l’utilisation de concepts. Qu’elle ne s’épuise pas non plus dans la seule démarche éthique ou morale qui règle la vie des relations entre les êtres humains mais qu’elle se caractérise pour chacun en soi-même mais aussi avec les autres, puisque c’est une construction à la fois individuelle et collective, par la volonté de donner un sens à l’aventure humaine qui dure entre soixante et quatre-vingt-dix ans pour chacun d’entre nous. Eh bien c’est une spécificité de notre Obédience.

M.H. : La quête du sens justement passe, pour beaucoup, par une démarche religieuse, un engagement religieux. Est-ce une nécessité, pour devenir Maçon de la Grande Loge de France, d’être croyant par exemple ?
A.G. : La religion peut être, en effet, une manière de donner du sens à sa vie. Je ne le conteste absolument pas, les Maçons de la Grande Loge de France ne sauraient contester ce principe. En revanche, ce n’est pas la démarche dans laquelle ils sont engagés.
Encore une fois, quand je fais allusion à la spiritualité, je fais allusion à cette volonté d’élévation de l’être humain vers une dimension qui en quelque sorte le dépasse. Mais elle ne trouve pas son aboutissement dans une expression religieuse. Je dis souvent que la spiritualité est un genre dont les religions différentes sont des espèces et qu’il est faux de dire que c’est la religion qui est un genre dont les spiritualités sont une espèce particulière. Par conséquent, la démarche initiatique en Grande Loge de France se caractérise par une spiritualité non religieuse, certains disent adogmatique, en tout cas elle n’est référée à aucune religion particulière. Elle les respecte toutes mais ce n’est pas son propos.

M.H. : Autrement dit, il n’est pas nécessaire de croire en Dieu pour entrer à la Grande Loge de France.
A.G. : Absolument pas. Il n’est pas nécessaire de croire en Dieu, il n’est pas nécessaire non plus d’être athée. Je dirai à la limite, cette question ne se pose même pas. Pour donner un exemple personnel, je suis membre de deux Loges, dans ma région en Lorraine, je suis incapable aujourd’hui de dire parmi la cinquantaine de Frères qui composent chacune de ces Loges lesquels sont référés à une démarche religieuse ou non car, pour nous, ce n’est pas la question.

M.H. : Et pourtant la question a été soulevée, il y a peu, au plus haut niveau de l’État avec le Latran, avec un voyage de notre Président dans les Etats arabes, de la laïcité, au sens large. Vous avez d’ailleurs vous-même écrit un texte à ce propos pour bien positionner la Grande Loge de France par rapport à cette question ? Pouvez-vous nous en dire deux mots ?
A.G. : Oui, tout à fait. Je précise que la Grande Loge accueille en son sein, comme je le précisais à l’instant, des croyants et des non croyants. Elle ne se préoccupe pas, en réalité, de cette question et elle considère que la liberté de chacun est au cœur de la démarche de laïcité comme condition de la liberté de tous. C’est la raison pour laquelle nous n’imposons dans nos Loges aucune conviction politique ou religieuse quelles qu’elles soient. Nous les acceptons toutes à condition qu’elles respectent toutes la dignité de l’être humain et le respect non négociable, je l’évoquais tout à l’heure, de l’être humain. C’est la raison pour laquelle nous sommes favorables au dialogue de toutes les formes de pensée que constituent par exemple la philosophie, par exemple la science, par exemple l’éthique et la morale, mais également les spiritualités mais également les religions pour autant que toutes ces formes de pensée se respectent entre elles et respectent les êtres humains. C’est la raison pour laquelle nous sommes les tenants d’une laïcité accueillante, ouverte et partagée. Je vais expliciter parce que le terme fait un peu débat. Quand je dis laïcité ouverte, accueillante et partagée, je ne conteste évidemment en aucun cas et au contraire, je m’inscris absolument dans cette perspective, laïcité comme étant un cadre juridique institutionnel, référé à la Loi de décembre 1905 et à l’article 2 de la Constitution de 1958. Mais quand je dis qu’elle est un cadre juridique, j’aime préciser qu’elle est ouverte, accueillante et partagée parce que tout simplement on peut imaginer une laïcité qui serait une prise de position idéologique agressive qui viserait à contester aux religions et aux spiritualités le droit à leur expression. Il ne s’agit par pour nous de cela. Nous considérons que cette expression doit être libre, doit rester respectueuse de la liberté de tous mais lorsqu’elle est accueillante, ouverte et partagée, cela signifie aussi que cette laïcité constitue pour nous un principe et une valeur et que le fait de partager cette valeur interdit à quelque religion que ce soit de vouloir prendre le pas sur d’autres formes de pensée. Nous sommes, par conséquent, parfaitement inscrits dans ce cadre d’une laïcité absolument respectueuse de toutes les formes de pensée sous réserve qu’elles soient, elles-mêmes, respectueuses de la liberté des êtres humains.

M.H. : Comme vous aimez à le dire parfois, cela est non négociable. Dans ce cadre, vous avez d’ailleurs organisé à la Grande Loge de France, il y a quelques semaines, un grand rassemblement dont d’aucuns auraient pu penser que cela ne serait jamais possible et pourtant ce le fut. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
A.G. : Vous évoquez le colloque du 20 janvier.

M.H. : Oui, tout à fait.
A.G. : Oui, nous avons effectivement et ce fut un énorme succès, rassemblé au cours de ce colloque du 20 janvier dernier, en trois tables rondes, une le matin, deux l’après-midi. Elles ont eu différents thèmes, la première était : « Quel dialogue aujourd’hui entre les spiritualités et les religions » ; celle de l’après-midi était tout d’abord : « les fondamentalismes quel avenir ? Les fondamentalismes et les intégrismes » et puis pour terminer : « La laïcité, les religions et la Grande Loge de France ». Ce fut un succès et nous nous en réjouissons car les intervenants furent de très haute qualité. Nous avions pour les différentes religions monothéistes : le rabbin Ryvon Kriegier, le rabbin Haim Korsia ; pour les représentants de l’Islam : Ghaleb Bencheikh ; pour l’église catholique et le christianisme en général Jérôme Rousse-Lacordaire et Alain de La Morandais et pour les Francs-maçons moi-même ainsi que d’autres Frères et ce fut un échange extrêmement fructueux. Il en est ressorti qu’en effet, nier le fait religieux, vouloir le réduire aux ténèbres de l’erreur est une véritable erreur car il existe absolument et il nous semble beaucoup plus respectueux pour l’intelligence de chacun de le prendre en son entier, de le respecter et, plutôt que de le nier, de favoriser le dialogue entre les différentes formes de religion. Et, pour être très franc, voir à la fin de cette manifestation, avec la participation, laquelle je ne veux pas oublier, de Tarek Oubrou, qui est imam de la mosquée de Bordeaux, voir à la fin de cette manifestation un imam embrasser un rabbin, eh bien je vous garantis que cela avait de la « gueule ». J’ai trouvé cette manifestation formidable pour cette raison aussi.

M.H. : On peut retrouver des éléments sur notre site gldf.org.
A.G. : Nous allons mettre en ligne environ 1 h / 1 h 30 de l’ensemble de ces 5 à 6 heures d’échanges de manière à en sortir les moments forts et cela sera sur le site de la Grande Loge de France.

M.H. : Cela, c’était au mois de janvier et puis vous nous préparez un grand événement à nouveau qui aura lieu au mois d’avril. Nous en parlerons longuement dans notre prochaine émission, cela sera d’ailleurs le cœur du sujet mais pourriez-vous déjà nous en donner les grandes lignes ?
A.G. : Le 12 avril, précisément, au Palais de la Mutualité, le thème ne sera plus le dialogue inter religieux et inter spirituel cela sera une manifestation qui portera sur la question de gérer sur le plan éthique les conséquences du progrès scientifique et technique exponentiel de nos sociétés. Son titre sera : « De la vérité des Savoirs à la vérité des Actes », et là aussi nous aurons trois tables rondes. La première, le matin, sera consacrée à une réflexion sur « les dérives antiscientifiques actuelles, les dogmatismes antiscientifiques actuels » tels que l’on peut les voir se développer et pour être précis on évoquera la question du créationnisme et nous appellerons pour cela parmi les plus grands spécialistes par exemple Pascal Pique, qui est un connaisseur de cette question, l’expert en la matière. Il sera bien entendu accompagné par d’autres intervenants. La deuxième table ronde portera sur la question : « Faut-il avoir peur de la science ? », seront évoquées les questions de la convergence technologique entre les nanotechnologies et les biotechnologies, les sciences cognitives et les techniques de l’information. Seront évoquées également les questions tournant autour de l’association post-humaniste et nous aurons pour ces questions-là un homme comme Jean-Pierre Dupuy, Professeur à Stanford, Ingénieur Général des Mines qui est un spécialiste mondial des nanotechnologies mais également Yves Carré, Académicien des Sciences. La dernière table ronde sera consacrée à la question de savoir comment on peut enseigner la dimension éthique à nos jeunes ingénieurs et nos jeunes scientifiques de façon à ce qu’ils prennent cette dimension éthique en compte au moment même où ils s’engagent dans la démarche de recherche, laquelle démarche de recherche leur donne un pouvoir absolument exceptionnel aujourd’hui sur le réel, naturel et humain. Il nous semble intéressant dans ce domaine de faire intervenir là aussi non seulement des spécialistes mais également des hauts responsables. J’ai sollicité personnellement Monsieur Xavier Darcos, ministre de l’Éducation Nationale, Madame Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et Madame Nathalie Kosciusco-Morizet qui est secrétaire d’État à l’Ecolologie. Ils se sont montrés les uns et les autres parfaitement intéressés par ces questions. Nous pouvons probablement envisager leur participation à cette journée.

M.H. : Eh bien, c’est une excellente nouvelle. On a le sentiment à vous entendre, Alain Graesel que vous avez souhaité, vous me corrigerez si je me trompe, mettre votre mandat de Grand Maître dans le sens à la fois de l’approfondissement de notre Rite et en même temps d’une ouverture sur les grandes questions que notre société se pose ?
A.G. : Oui, tout à fait. Approfondissement de notre Rite, c’est évidemment en interne qu’il s’agit de s’organiser et nous avons créé un certain nombre de manifestations qui ont permis aux différents responsables, c’est-à-dire les Présidents des Loges de la Grande Loge de France, je citais le nombre tout à l’heure 780, de mieux maîtriser les aspects spécifiques du Rite Écossais Ancien et Accepté qui est un véritable outil de la tradition initiatique. Mais ceci ne peut se faire qu’en interne, car il faut en posséder les bases et les bases on ne peut les posséder que si l’on est initié à la Grande Loge de France.
Quant à cette ouverture que vous évoquez, elle ne vise pas à ouvrir le fonctionnement de nos temples, ou à ouvrir nos tenues rituelles à des caméras, bien entendu. En revanche, elle fonctionne sur un principe qui est le suivant, nous voulons, dit un de nos textes fondamentaux, datant de 1875, en tant que Maçon de Rite Écossais Ancien et Accepté contribuer à l’émancipation progressive et pacifique de l’humanité. Eh bien, je crois qu’une manifestation comme le colloque de janvier : « Dialogue entre les spiritualités et les religions », qu’une manifestation comme le colloque du 12 avril : « De la vérité des Savoirs à la vérité des Actes » sont des manifestations qui nous permettent d’approfondir ce volet de notre démarche qui consiste à contribuer à l’émancipation progressive et pacifique de l’humanité en l’aidant à aller vers plus de connaissance et de conscience, à la fois individuelle et collective.

M.H. : Dans ce même ordre d’idée, sous votre présidence et pour la première fois, l’Hôtel de la Grande Loge de France, rue Puteaux s’est ouvert au monde profane, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas des initiés, à trois reprises : Nuit des Musées, Nuit Blanche et Journées du Patrimoine. Est-ce que c’est une manifestation que vous souhaitez voir reconduite et est-ce que vous souhaitez l’élargir à d’autres Temples, à d’autres orients, comme nous disons, de la Grande Loge de France ?
A.G. : En effet cela sera reconduit. Les dates ont déjà été arrêtées et lorsque nous aurons bien maîtrisé ce type d’organisation eh bien nous transférerons ce savoir-faire aux différents orients dans lesquels nous sommes présents et dans lesquels de grands temples peuvent accueillir un public nombreux. Nous verrons alors à démultiplier ces manifestations, en effet, aux grandes métropoles de nos régions.

M.H. : Une dernière question, puisque nous sommes dans ce vaste chantier que sont nos régions, quel est votre agenda, Alain Graesel, pour les semaines à venir, de façon à ce que nos auditeurs puissent éventuellement venir vous entendre, parce que je crois vous avez de nombreuses conférences publiques dans votre petit calepin.
A.G. : En effet, j’étais la semaine dernière, vendredi dernier à Louviers, dans un amphithéâtre pour une conférence publique de plus de 400 personnes dont une grande majorité de non Maçons qui se sont manifestement intéressés à la démarche parce que les questions auraient pu continuer jusqu’à minuit si on n’y avait pas mis fin. Je serai à Montauban le 22 février, je serai à Toulon le 1er mars, je serai à Paris, le lundi 3 mars au soir pour une conférence devant de jeunes étudiants et de jeunes cadres, à Montpellier à la fin du mois de mars, le 29, pour rendre un hommage à l’ancien Grand Maître Henri Tort-Nouguès, je serai à Fontainebleau le 4 avril, à Lorient le 10 avril, à Tours le 19 avril, à Saint Quentin le 25 avril, à Rochefort le 3 mai à Carcassonne le 22 mai et à Valence le 23 mai. Il y a encore d’autres dates prévues mais elles ne sont pas confirmées.

M.H. : Merci Alain Graesel, on ne peut que vous souhaiter force et courage devant un tel emploi du temps.

A.G. : Merci à vous.

 

Nos conférences publiques sont filmées.

Vous pouvez retrouver les interventions de Monique Castillo, André Combes, André Comte-Sponville, Roger Dachez, Régis Debray, Luc Ferry, Jean-Claude Guillebaud, Eric de Montgolfier, Pascal Picq, Gérard Rabinovitch, et bien d’autres…

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