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Accueil Rundfunk Jahr 2005 Emission de Juin 2005

Emission de Juin 2005

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(Pour des raisons indépendantes de notre volonté nous ne sommes pas en mesure de vous proposer l’écoute de l’émission audio, nous vous prions de nous en excuser.)

Invité : Serge Aizenfisz


Au micro : Marc Henry, Grande Loge de France.
À mes côtés Guy Gentil.
Nous recevons aujourd’hui Serge Aizenfisz

Marc Henry  : Bonjour Serge, vous êtes responsable du groupe de réflexion sur l’Éthique, au sein de la Grande Loge de France. Pour commencer cette émission, pouvez-vous nous expliquer, comment est née cette idée d’un groupe de Réflexion sur l’Éthique ?
Serge Aizenfisz  : Je voudrais vous remercier de m’avoir invité ; c’est une forme de « reconnaissance » du travail que nous avons effectué depuis le mois d’octobre 2004.
Comment est née cette idée ? Vous savez que depuis 1994 et les premières lois bioéthiques, la réflexion éthique s’est mise un petit peu au goût du jour, à la mode, et l’on parle beaucoup d’éthique, dans bien des domaines, en dehors de la médecine.
Devant ces progrès extraordinaires de la biologie, de la médecine, des sciences en général, des techniques, devant l’accélération des connaissances, il nous est apparu, à un certain nombre de Frères, que les Francs-maçons de la Grande Loge de France ne pouvaient rester étrangers aux problèmes éthiques qui se posent au monde dans lequel nous vivons.
L’idée même du groupe de réflexion éthique est née d’un échange que j’ai eu avec notre actuel Grand Maître Alain Pozarnik. Il m’a chargé en 2003, de réfléchir à la faisabilité d’une Commission qui s’intéresserait à l’éthique à la Grande Loge de France.
Le projet lui a été présenté, à l’époque il n’était que Responsable de la Communication de la Grande Loge de France, le projet a été jugé tout à fait intéressant et mis dans un tiroir, dans le Bureau du Grand Maître.
Et puis Alain Pozarnik a été élu Grand Maître, et, à ce moment-là, nous avons mis en route la réalisation d’un groupe de réflexion éthique, qui a officiellement démarré ses travaux en octobre 2004.
Depuis octobre 2004, ce groupe de réflexion s’est réuni une fois par mois. Nous étions très peu nombreux au départ. De nombreux Frères se sont joints à nous et maintenant nous avons un groupe homogène qui travaille à Paris mais également en province dans différentes régions, en particulier sur la région lyonnaise, sur la région marseillaise.
Nous avons aujourd’hui, au bout de neuf mois de travail, très sérieux, à peu près une centaine de correspondants qui travaillent dans les régions de France.

M.H. : J’ai une deuxième question qui me brûle les lèvres parce que les Francs-maçons de la Grande Loge de France ont des textes constitutifs et vous en citez un, dans un article que vous avez écrit dans notre Journal, je cite : « un maçon est obligé par sa tenure d’obéir à la loi morale qui consiste à être des hommes bons et loyaux ou hommes d’honneur et de probité. » l’Article I, des anciennes obligations des Francs-maçons.
A partir de là, est-ce que nous avons encore besoin d’une éthique ?
S.A. : Je ferai une réponse personnelle et je ferai la réponse, que notre Grand Maître nous a faite quand nous nous sommes posé cette question.
Il nous a dit la chose suivante : La morale est une obligation pour vivre ensemble. Si nous étions tous des hommes responsables, l’Éthique n’aurait plus de raison d’être, elle s’imposerait d’elle-même. Or, nous n’en sommes pas tout à fait là.
Il nous semble que la réflexion n’est pas inutile.

G.G. : Serge, personnellement, je voudrais revenir à la base, il n’est pas toujours aisé de faire la différence entre Éthique et morale.
Éthique cela rime avec chic, est-ce qu’éthique ce n’est pas le mot chic pour dire morale !
S.A. : C’est un peu cela. Si l’on voulait reprendre un philosophe très à la mode, André Comte-Sponville, il a écrit dans un des ouvrages que l’éthique c’est souvent un synonyme de morale effectivement en plus chic.
Il a même ajouté - mais comme tout ce que les philosophes écrivent cela peut être pris à la lettre ou discuté, nous avons plutôt l’habitude de discuter - « la morale commande, l’éthique recommande » .
On pourrait très bien prendre cette affirmation à l’envers et elle serait tout aussi intéressante.

G.G. : Si je vous proposais, l’éthique comme une intime conviction, alors que la morale pourrait être une conviction transmise, quelle serait, pour vous, et en fonction du groupe que vous animez, la sensibilité, l’écho que ces mots recueilleraient ?
S.A. : Je dois dire une chose que je répéterai peut-être au cours de cet entretien, c’est que pour nous, et quand je dis nous c’est le groupe et les groupes régionaux, l’éthique doit être et doit rester un questionnement permanent.
Alors que bien souvent et depuis l’antiquité, depuis Aristote, qui est présenté comme le père de l’éthique, la différence entre morale et éthique a toujours été dans le sens que je disais à l’instant, c’est-à-dire que l’éthique est une interrogation, un questionnement permanent, alors que la morale ou les morales sont souvent des affirmations qui risquent si elles sont trop péremptoires ou dictées par des sociétés religieuses, politiques etc. d’être plus considérées comme des dogmes.
Or l’éthique veut être tout sauf une affirmation dogmatique. L’Éthique est un questionnement permanent.

G.G. : J’entends bien que nous sommes dans cette sensibilité d’ouverture universelle qui correspond à l’éthique.

M.H. : A propos d’ouverture universelle, nos textes fondateurs, encore eux, disent que les Francs-maçons et cela concerne tous les Francs-maçons et maçonnes, travaillent au progrès spirituel, moral et matériel de l’humanité, est-ce qu’ils faisaient déjà de l’éthique sans le savoir ?
S.A. : Nous n’allons pas reprendre le plagiat de Molière et de Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir. Mais je pense que nous, Francs-maçons de la Grande Loge de France, nous devons nous interroger sur le fait qu’effectivement nous faisons de l’éthique, nous pensons éthique parce que nous sommes essentiellement de formations diverses et variées et parce que nous sommes Francs-maçons et que ce en quoi on peut tous se reconnaître, c’est dans cette volonté d’affirmer que nous travaillons pour le bien-être de l’humanité et donc notre réflexion éthique coule de source.
S’il y a eu quelques exemples récents, trop malheureux que nous ne développerons pas, si des Francs-maçons manquent à ce devoir d’éthique, à ce respect de la loi morale, eh bien, on sait quelles sont les façons de faire. Ils sont sanctionnés, ils sont exclus !
Il est dommage de penser que certains Frères dévient mais d’un autre côté, les Francs-maçons sont des hommes ordinaires, et comme les hommes ordinaires certains font des fautes de parcours.

M.H. : Quel est le champ commun à notre démarche - qui est une démarche initiatique - et à cette réflexion sur l’éthique ? Comment l’une ou l’autre inclut-elle la précédente ?
S.A. : A mon sens, et le groupe que j’anime a beaucoup réfléchi sur ces problèmes, les points essentiels sont la notion de devoir et la notion de responsabilité.
Nous sommes une alliance, comme le disent aussi nos textes fondateurs, d’hommes libres et de femmes libres et de bonnes mœurs, de toutes races - je n’aime pas ce mot et j’espère qu’un jour nos Constitutions changeront ce mot pour le mot ethnie - de toutes origines, de toutes nationalités, de toutes croyances.
Mais nous avons un but commun, que ce soit les maçons de la Grande Loge de France ou les maçons d’Amérique du Sud, ou les maçons de n’importe quel endroit dans le monde, c’est ce sens de la responsabilité, ce sens du devoir et cela fait partie des véritables mouvements fondateurs de cette association qui a maintenant 300 ans, qui continue d’évoluer, qui continue de réfléchir, qui continue surtout d’essayer de transmettre et il me semble que c’est pour moi le point le plus important de notre démarche.

M.H. : Une autre question, avant que Guy n’en pose une, je crois que c’était le terme d’Edgar Morin, quelle est la reliance ou le lien qu’il pourrait y avoir entre cette réflexion éthique, cette démarche éthique et la spiritualité ? Est-ce que l’une ne va pas à l’encontre de l’autre.
S.A. : Edgar Morin que vous avez reçu à ce micro il y a quelques mois propose deux pistes que j’ai retenues essentiellement, je le cite : « d’une part de régénérer, solidariser et responsabiliser l’individu, la société et le monde ».
La deuxième piste c’est de ne pas séparer l’éthique de la démocratie, je le cite toujours :
« c’est notre droit et notre devoir de contrôler la vie de la cité en respectant les minorités et la pluralité ».
Je ne sais pas si j’ai répondu à votre demande mais je pense que la recherche de spiritualité et en particulier la notion, qui est maintenant relativement répandue, de spiritualité laïque, hors de tout dogme religieux, hors de toutes croyances, la méthode maçonnique est une des façons d’atteindre cette spiritualité laïque.

G.G. : Personnellement, Serge je voulais rebondir sur la question de Marc Henry. Est-ce qu’effectivement la démarche initiatique n’est pas la démarche initiatique vers l’Éthique ?
En quoi est-ce qu’une démarche initiatique pourrait ne pas être une démarche éthique ?
S.A. : Je serais tenté de répondre brièvement, vous avez raison et je suis d’accord avec vous, mais je ne pense pas que cela satisferait nos auditeurs.
Effectivement, rappelons que l’initiation veut dire mettre sur le chemin. On dit souvent que la méthode maçonnique n’est pas une école mais une façon d’apprendre à apprendre. Ce que nous faisons dans nos Loges, ce que nous faisons dans nos réunions, ce que nous faisons entre nous, ce que nous faisons même maintenant, c’est de donner envie aux auditeurs, qui ne sont pas Maçons de nous rejoindre. On leur donne envie de réfléchir et la méthode maçonnique c’est essentiellement une méthode pour apprendre non pas des choses toutes faites et toutes dites mais pour apprendre à réfléchir et à intérioriser et ensuite éventuellement, puisque c’est notre destination, essayer d’agir sur la société et sur les humains qui nous entourent.

M.H. : Pour nous tous au départ, en tout cas, il y a quelques années, le terme éthique a tout de suite été accolé à celui de bioéthique, puisqu’il y avait une grande réflexion, vous l’évoquiez tout à l’heure dans les années 1990, sur cette question, j’imagine que d’autres champs sont ouverts à cette réflexion éthique. Sur lesquels avez-vous travaillé dans ce groupe de réflexion ?
S.A. : Avant de répondre précisément à la question, je voudrais que l’on revienne quelques années en arrière si j’ai encore quelques instants.
En fait la réflexion éthique est née après la guerre. A la suite de la découverte des expériences qu’avaient faites les médecins dans les camps nazis.
Après cette réflexion, après le procès de Nuremberg, de nombreux pays, de nombreux organismes internationaux ont voulu doter les instances internationales de bases de réflexion pour dire ce que l’on pouvait ou ce que l’on ne pouvait pas faire.
Avant de parler des lois bioéthiques de 1994, il faut citer aussi une Institution qui a été créée en 1983 qui était pour les sciences de la vie, le Comité consultatif national d’éthique.
Ils ont fêté leurs 20 ans, il y a deux ans et ils continuent de travailler très sérieusement.
Pour en venir à la fin de la réflexion, bien sûr, nous n’avons pas voulu au départ créer une commission de bioéthique, il en existe d’autres, dans d’autres obédiences amies, qui s’appellent commission bioéthique.
Nous, nous avons voulu créer, d’abord nous l’avons appelé groupe de réflexion éthique, nous avons voulu créer une commission ouverte à tous les problèmes, aussi bien les problèmes d’écologie, que les problèmes de l’environnement, que les problèmes des droits de l’homme bien qu’il existe chez nous une commission des droits de l’homme, je pense que cela se rejoint mais également parler de la bioéthique.
Des lois viennent d’être votées fin 2004. Elles seront à réviser dans cinq ans ; elles prendront peut-être dix ans comme les précédentes de 1994. Nous devons nous intéresser à ce qui va être fait.
Et enfin, je ne crois pas que cela soit de la bioéthique pure mais de l’éthique en général, il est un problème que je voudrais évoquer c’est le problème de la fin de vie.
Le problème de la fin de vie parce que la loi qui a été votée, après la mission parlementaire Léonetti, en 2004, a été une loi certes qui a fait avancer un peu les choses mais qui n’a pas résolu tous les problèmes.
Dernier point que nous évoquerons aussi dans notre groupe de réflexion c’est le problème des handicapés. Car même si là encore une loi récente a fait avancer un petit peu le problème les avancées sont encore très insuffisantes.
Je pense que l’éthique est un champ qui englobe l’ensemble de la réflexion et nous ne souhaitons pas nous cantonner à un domaine trop restreint qui serait la bioéthique.

M.H. : Vous avez évoqué là divers groupes qui déjà réfléchissent en dehors de la maçonnerie, pourquoi nous les Francs-maçons pensons-nous avoir quelque chose de plus à dire que tous ceux spécialistes, médecins, ou autres ont à dire sur ces grands sujets de société ?
S.A. : Notre grande idée c’est qu’il ne faut surtout pas que notre Commission éthique de la Grande Loge de France soit une Commission d’experts. Les experts travaillent très bien, publient et nous sommes très attentifs à leurs publications. Nous, ce que nous voulons essayer de faire c’est à partir de ces expertises donner le sentiment de la réflexion de la base des Frères de la Grande Loge de France qui ainsi peuvent s’exprimer sur tous les sujets de la société.
Les experts nous donnent des pistes et ensuite nous nous allons essayer de donner notre point de vue de maçons de la Grande Loge de France qui avons un outil de travail, cet outil de travail cela s’appelle le Rite Ecossais Ancien et Accepté, c’est une méthode très particulière qui a je crois été déjà exposée dans certaines de vos émissions qui permet d’avancer progressivement et qui permet à travers des réflexions des uns et des autres d’analyser le travail des experts et d’en proposer une sorte d’application dans la vie de tous les jours.
De même que l’on disait tout à l’heure que l’on faisait de l’éthique tous les jours, on doit avoir cette réflexion tous les jours pour faire avancer la société.

M.H. : Si je vous ai bien entendu Serge, ce groupe de réflexion sur l’Éthique ne fait que traduire une des phrases de nos rituels : « poursuivre au dehors l’œuvre commencée dans le Temple ».
S.A. : C’est tout à fait cela. Si nous devions résumer notre conversation ce serait cela. Notre but c’est effectivement, d’essayer par notre méthode et non pas en s’extériorisant sur le plan politique ou sur le plan des prises de parole à la Télévision, à la Radio sur tous les sujets y compris sur un sujet très brûlant et très récent qui était l’Europe par exemple. Notre méthode permet de donner un avis sur les problèmes de la Société et ensuite chacun dans son univers, qu’il soit professionnel, syndical ou autre peut appliquer ce qu’il a dégagé de ses réflexions et faire avancer.

M.H. : Merci Serge d’avoir répondu à notre invitation.
Merci Guy.

 

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